La forêt bleue, 1883· La forêt bleue
Clair de lune
A VICTOR HUGO
A l'heure, ou les bois d'aubépines,De combe en combe au loin neigeant,Apparaîtront dans les ravinesComme un léger brouillard d'argent,
Nous irons dans la forêt brune,Dans l'ombre, écouter les récits,Que fait aux bois le clair de lune,Ce bleuâtre amant des taillis :
Contes païens, récits épiques,Dont les combats, tragique enfer,Surgissent parfois noirs de piquesAu ciel brouillé des nuits d'hiver ;
Quand dans les brumes écrouléesLa bise à l'horizon frileuxEntasse de pâles mêléesD'escadrons d'astres fabuleux…
Mais'ta marche hésite et tressailleEn m'écoutant, va, ne crains rien.Le ciel d'Avril est sans bataille,Le bois moderne est bon chrétien.
Un chasseur nimbé d'or l'habite ;Les chênes en Mai sont bénis.Un souffle innocent y palpite,Le souffle adorable des nids.
La chasse errante sous la luneDe Diane et du roi païenS'est perdue au loin sur la duneAux sons du cor de Saint Julien
Heureux si dans cette déroute,Qui fait hélas ! le bois désert,Il nous reste au bord de la routeLe grand cerf blanc de Saint Hubert,
Pourtant je me suis laissé direQue les nains rieurs des talusÉtaient fils du vieux dieu SatyreEt des faunes aux reins velus.
On veut aussi que la ruine,Pour garder un ancien trésor.Ait dans la mousse et la bruineDes gnomes verts couronnés d'or…
Rêve ou non ! libre à toi d'y croire.Le bois nocturne a ses rayonsMêlés de légende et d'histoireEt des fables pour papillons.
Qui sait ? Dans l'herbe lumineuseTraînant des encensoirs d'argent,Verrons nous passer sous l'yeuseLe cortège de la Saint Jean ?
Avec ses basses, ses violesFredonnant dans l'air tiède et pur,Et ses diacres en étoles,Tachant d'or clair le bois obscur ;
Ses vierges d'iris bleus coiffées,Portant des rameaux de buis vert,Dont Shakespaere eut fait des fées,Platon des nymphes à l'œil clair.
Écartant sur leurs pas les branches,Nous verrons leurs manteaux de linEt l'ourlet de leurs robes blanchesSe perdre au tournant du chemin,
Et, dans la clairière irisée,Le long des verts taillis mouillés,Nous reviendrons dans la rosée,De notre rêve émerveillés !
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a d'aubépines / ravines féminine, classiqueb neigeant / d'argent masculine, classiquea brune / lune féminine, classiqueb récits / taillis masculine, classiquea épiques / piques féminine, classiqueb enfer / d'hiver masculine, classiquea écroulées / mêlées féminine, classiqueb frileux / fabuleux masculine, classiquea tressaille / bataille féminine, classiqueb rien / chrétien masculine, classiquea l'habite / palpite féminine, classiqueb bénis / nids masculine, classiquea lune / dune féminine, classiqueb païen / Julien masculine, classiquea déroute / route féminine, classiqueb désert / Hubert masculine, classiquea dire / Satyre féminine, classiqueb talus / velus masculine, classiquea ruine / bruine féminine, classiqueb trésor / d'or masculine, classiquea croire / d'histoire féminine, classiqueb rayons / papillons masculine, classiquea lumineuse / l'yeuse féminine, classiqueb d'argent / Jean masculine, non classiquea violes / étoles féminine, classiqueb pur / obscur masculine, classiquea coiffées / fées féminine, classiqueb vert / clair masculine, non classiquea branches / blanches féminine, classiqueb lin / chemin masculine, classiquea irisée / rosée féminine, classiqueb mouillés / émerveillés masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La forêt bleue, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1883· Sources