Le sang des dieux, 1882· III Le sang des dieux
La princesse Audovère
A THÉODORE DE BANVILLE
DANS le calme des bois,‖ auprès du cloître austère,Où dorment des rois francs‖ les tombeaux vénérés,Voici venir, pensive‖ et les cheveux dorés,La princesse Audovère.
Plus blanche qu'une perle,‖ au fond des bois sacrés,Elle passe à pas lents ;‖ sa lèvre un peu sévèreGarde le fier secret‖ des rêves ignorés,Audovère est sans mère.
Blanche dans les plis blancs‖ de sa robe de laineDont l'ourlet est brodé‖ de larges trèfles d'ors,Audovère sourit‖ dans l'ombre des grands chênes ;Et les vieux arbres morts.Dont les rameaux séchés‖ trempent dans les fontaines,Reverdissent dans l'herbe‖ et les menthes du bord,Quand vient à les frôler‖ dans sa blancheur hautaineL'ample robe de laine,Dont l'ourlet est brodé‖ de larges trèfles d'or.
Au fond du cloître obscur,‖ dans le bois séculaire,Calme et le cœur empli‖ d'un retour annoncé,Elle attend, comme une autre‖ attend un fiancé,Un roi sexagénaire.
Entre les hauts talus‖ fleuris de primevèreElle va, souriante‖ et les yeux enivrés,Rêvant de la bataille‖ et des rois massacrés.Dont triomphe son père.
Elle cueille en passant‖ les rouges digitalesDe pourpre et les lys blancs,‖ dont le pistil est d'ors !Un sourire cruel‖ ouvre ses lèvres pâles.Elle songe aux rois morts :« L'éclat neigeux des lys‖ est moins blanc que leur corps,
« Leur sang est plus vermeil‖ que vos rouges pétales,« Fleurs de pourpre, » dit-elle,‖ et ses lèvres royalesBaisent les digitales,Tandis que ses doigts blancs‖ effeuillent les lys d'ors.
Car les champs de bataille‖ et les rouges clairières,Où râlent, soulevés‖ sur deux poings empourprés,Les princes expirant‖ sous leurs chevaux cabrés,Plaisent aux vierges fières.
Les vierges pour le sang‖ n'ont pas l'horreur des mèresFrissonnantes toujours‖ pour un fils adoré ;Leur cœur n'a pas souffert,‖ leurs yeux n'ont pas pleuréAux vierges solitaires.
Blanche dans les plis blancs‖ de sa robe de laine,Dont l'ourlet est brodé‖ de larges trèfles d'ors,Audovère sourit‖ dans l'ombre des grands chênes ;Et les beaux princes morts,Dont les fauves cheveux‖ trempent dans les fontaines,Saignent dans la grande herbe‖ et les menthes du bord,Quand passe au fond des bois‖ dans sa robe qui traîneLa blonde et jeune reine,Dont l'ourlet est brodé‖ de larges trèfles d'or.
Dans le calme des bois,‖ au fond du cloître austère,Où dorment des rois francs‖ les tombeaux vénérés,Elle dort, elle aussi,‖ dans ces cheveux dorésLa princesse Audovère.
Plus blanche qu'une perle,‖ au fond du bois sacré,Elle dort à jamais ;‖ sa lèvre un peu sévèreA gardé le secret‖ de son rêve ignoré,Cruel et solitaire.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 6[abba] 5[abab] 2[abaab] 1[abbba]
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (45 de 12, 14 de 6)· profil 6, 6+6
- Mots à la rime
- a austère / Audovère féminine, classiqueb vénérés / dorés masculine, classiquea sacrés / ignorés masculine, classiqueb sévère / mère féminine, classiquea laine / chênes féminine, non classiqueb d'ors / morts masculine, classiquec fontaines / hautaine / laine féminine, non classiqued bord / d'or masculine, non classiquea séculaire / sexagénaire féminine, classiqueb annoncé / fiancé masculine, classiquea primevère / père féminine, classiqueb enivrés / massacrés masculine, classiquea digitales / pâles féminine, classiquec corps / d'ors masculine, classiquea pétales / royales / digitales féminine, classiquea clairières / fières féminine, classiqueb empourprés / cabrés masculine, classiquea mères / solitaires féminine, classiqueb adoré / pleuré masculine, classiquec fontaines / traîne / reine féminine, non classiquea sacré / ignoré masculine, classiqueb sévère / solitaire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 1.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
59 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des dieux, Paris, EDOUARD-JOSEPH, ÉDITEUR, 1920· numérisation archive.org· Sources