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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1888‑1920· Astarté

Émaux sur or et sur argent

Pierre Louÿs· strophes variées, alexandrins, 45 vers

I

Ô gloire et nuit des eaux !‖ mare aux lueurs livides !Vol de nénufars blancs‖ entre deux ciels de soirImmobiles, crépusculaires…‖ Ô miroirOrageux du soleil‖ couchant sur les champs vides.Ombre d’eau corrompue,‖ éblouissement noir…

Ô fauve amas‖ d’inextricables longues pailles.Lumière en floraison‖ dans la lumière. EssorD’aurore foisonnante‖ aux flammes des broussaillesÉcumantes parmi‖ la sueur de messidor.

Ô, silence ! — rayons‖ dardés hors du mirageOù des éclats d’étoile‖ ont gravé leur sillageCar c’est l’immense paix‖ du ciel nocturne, encor.

Et voici qu’en mes bras‖ de brume, soulevée,Réfléchissent la gloire‖ et l’étoile arrêvée

Tes longs yeux verts stagnants‖ sous des frondaisons d’or.

II

C’est un lys, une fleur‖ vivante, une corolleChaude, et qui respire, et‖ qui palpite, et qui bat.Ô rougeur que‖ nul midi de feu n’étiole !C’est la fleur turgescente‖ et jeune qui tombaDes cheveux de la Nuit‖ sur ta beauté d’Idole.

Sa volupté nocturne‖ a gardé pour les sensLa féminine odeur‖ des corolles sacréesEt dans l’air où fraîchit‖ la douceur des soiréesJe rêve errer sur elle‖ un bleu brumeux d’encens.

C’est pourquoi de ta fleur‖ de chair endolorieJe veux faire un lys froid‖ comme une pierrerie,Pourpre comme la lune‖ à l’horizon naissant

Calice de rubis‖ comme une fleur d’étoileChair de vierge fouettée‖ avec des flots de sang

Ta bouche rouge et blanche‖ et toute liliale.

III

Pour cuirasser ton cœur‖ contre ma faible main,Telle que les Vertus‖ des hautes mosaïquesTu dresses fortement‖ sur ton torse hautainDeux grands casques de guerre‖ aux crêtes héroïquesEt ton poitrail surgit‖ comme bardé d’airain.

Mais parfois tes fureurs‖ durant les nuits cruellesSe couchent au niveau‖ de mes lèvres d’enfant,Et tu daignes fléchir‖ sur ton corps triomphantL’éclosion sereine‖ et vaste des mamelles.

Je te regarde alors‖ sous ton bras indolent,Et je cherche, étendu‖ devant tes chairs païennes,Vierge ! quelle Amphitrite‖ aux mains céruléennes,

Quelle Thétis distraite,‖ avec un geste lent, —De ses doigts bleus encor‖ des glauques empyrées

Stria l’or de tes seins‖ d’artères azurées.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
1[abbab] 2[abab] 3[aa] 4[abba] 2[ababa]
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a livides / vides féminine, classiqueb soir / miroir / noir masculine, classiquea pailles / broussailles féminine, classiqueb Essor / messidor masculine, classiquea mirage / sillage féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquea soulevée / arrêvée féminine, classiquea corolle / n’étiole / d’Idole féminine, classiqueb bat / tomba masculine, classiquea sens / d’encens masculine, non classiqueb sacrées / soirées féminine, classiquea endolorie / pierrerie féminine, classiqueb naissant / sang masculine, classiquea d’étoile / liliale féminine, classiquea main / hautain / d’airain masculine, non classiqueb mosaïques / héroïques féminine, classiquea cruelles / mamelles féminine, classiqueb d’enfant / triomphant masculine, classiquea indolent / lent masculine, classiqueb païennes / céruléennes féminine, classiqueb empyrées / azurées féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 — 1931, tome 13, Genève, SLATKINE REPRINTS, 1973· numérisation wikisource.org· Sources