Œuvres complètes, 1888‑1920· Astarté
La nuit
Là, dans cette niche splendide d’une
croisée, c’est bien comme une statue que
je te vois apparaître…STÉPHANE MALLARMÉ.
C’est l’argent bleu qui‖ luit sur les lacsDans le crépuscule‖ de la luneC’est l’encens rare et‖ l’irréel nardSaphir et lapis‖ d’eau et de brumeC’est le geste des‖ peupliers noirsAu vol des blancheurs‖ que l’ombre azureLents éventer‖ les cheveux des parcsC’est l’air inconnu,‖ l’été nocturneEt la clarté‖ du ciel sidéral.
Du haut du chœur‖ les grands rayons pâlesTombent allongés‖ au pied des mursLa nuit limpide‖ aux lueurs bleuâtresPure comme une aube‖ au mois d’élulGlisse et descend‖ du haut des vitragesTandis qu’au dehors‖ les arcturusFont la nuit claire et‖ les brises calmesTout au haut des nefs‖ dans l’air du sudLes vitraux peints filtrent‖ les étoiles.
Tu scintilles. Tes‖ yeux sont très pursÉtoile qui vis,‖ et tes mains chastes !Sus-je autrefois quel‖ éternel fluxVague avec lenteur‖ en tes cils graves ?Jusqu’à tes pieds‖ de hauts plis obscursPlongent agrandis‖ dans l’ombre largeEt le Psalmiste‖ un doigt sur le luthÉpie en extase‖ au ras des dallesL’astral rayon‖ de tes longs yeux nus,
De tes yeux nus où‖ la nuit diffuseÉclaircit un peu‖ d’air vespéralOù vaguement‖ s’exalte et fulgureUn reste de gloire‖ et d’or lilasReflets errants que‖ le noir divulgueCharmes lumineux‖ aux nuls regardsVers qui si calme et‖ si répandueAvec les encens‖ monte la foiÔ Constellée‖ aux yeux taciturnes !
Versification
- Mètre
- Ennéasyllabes· profil 5÷4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 — 1931, tome 13, Genève, SLATKINE REPRINTS, 1973· numérisation wikisource.org· Sources