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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1888‑1920· Premiers vers

Le soir à la campagne

Pierre Louÿs· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Tout est silence et calme,‖ et les vents sont tombés.Les arbres onduleux‖ ont étendu leurs branches,Et le soleil, dardant‖ ses rayons orangés,Incendie au couchant‖ les longues fermes blanches.

Les ombres sur le sol‖ rampent démesurées ;Et les filles des champs,‖ revenant du lavoir,Foulent de leurs pieds nus‖ les terres labourées,Alanguissant le pas‖ dans le calme du soir.

Les humides prairies‖ au couchant étenduesSe voilent de vapeurs‖ qui montent lentementEt vont couvrir bientôt‖ les terres disparuesSous les brouillards bleuis‖ qui tremblent faiblement.

Le ciel est rose tendre‖ et l’azur sans frissons.Au ras du sol mouillé‖ l’ardent soleil flamboie,Et la nuit toute grise‖ envahit les sillonsEt atteint chaque chose‖ et la baigne et la noie.

Oh ! quel bonheur tranquille !‖… Hélas ! est il possibleQue ce que je sens là‖ se soit toujours senti,Que tous les jeunes gens‖ au cœur tendre et sensibleAu spectacle du soir‖ se soient émus aussi !

Que mon enthousiasme‖ ardent et poétiquePour tout ce que je sens‖ ne soit pas même à moi,S’étant développé‖ de manière identiqueChez tous les jeunes gens‖ d’après la même loi !

Oh ! rien d’original !‖ Rien de nouveau !… J’enrage !Rien qui ne se soit vu !‖ Rien qui ne se soit dit !Et pas un sentiment‖ qui n’ait eu son langage !Pas un état d’esprit‖ qu’un penseur n’ait traduit !

Hélas ! Je suis banal‖ quand je veux exprimerQue le printemps est doux,‖ que les filles sont belles,Que j’ai besoin de jouir,‖ que j’ai besoin d’aimer,Et que les nuits d’été‖ semblent surnaturelles !

L’amour, brutalité !‖ Le printemps, lieu commun !Eh bien ! moi, j’ai besoin‖ de parler de ces choses,Des immenses forêts,‖ de leur âcre parfum,De la nuit et du soir,‖ des femmes et des roses !

Et je veux découvrir‖ des accents inconnusPour peindre les bonheurs‖ énormes de la vieEt pour chanter enfin‖ mes désirs éperdus,Mes enthousiasmes fous‖ et ma joie infinie.

La jeunesse et l’amour‖ débordent de mon âme,Et la sève envahit‖ mon corps de dix-sept ans,Et j’ai besoin d’aimer,‖ d’adorer une femme,Car mon âme s’emplit‖ des souffles du printemps !

Dizy, 6 avril 1888.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a tombés / orangés masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquea démesurées / labourées féminine, classiqueb lavoir / soir masculine, classiquea étendues / disparues féminine, classiqueb lentement / faiblement masculine, classiquea frissons / sillons masculine, classiqueb flamboie / noie féminine, classiquea possible / sensible féminine, classiqueb senti / aussi masculine, classiquea poétique / identique féminine, classiqueb moi / loi masculine, classiquea J’enrage / langage féminine, classiqueb dit / traduit masculine, classiquea exprimer / d’aimer masculine, classiqueb belles / surnaturelles féminine, classiquea commun / parfum masculine, classiqueb choses / roses féminine, classiquea inconnus / éperdus masculine, classiqueb vie / infinie féminine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb ans / printemps masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 — 1931, tome 13, Genève, SLATKINE REPRINTS, 1973· numérisation wikisource.org· Sources