Œuvres complètes, 1888‑1920· Astarté
Une allégorie
GLAUCÉ
À Albert Besnard.
Elle se baigneAu marais des iris et des grands lys d’eauElle se baigne comme un nénufar blancComme un nénufar rouge qui saigneElle est toute en or avec des taches de sangComme un soleil du soir qui baigne dans l’eauMiroitante et merveilleuse.
Le marais verdâtre et si lourd d’orL’étang putride et vert de soirEst le miroirDe ses hanchesBlanchesÔ qui chantera l’enfant glauque et d’orDans ses mares mordorées.
Son fin buste émerge de l’eauComme un nénufar chevelu d’or rougeSes yeux sont comme deux flammes sur l’eauVertes étoiles ses yeux doux d’AsieMais sa bouche est un coquillage de pourpreEt sa chevelure est sur sa boucheSa chevelure cramoisie.
Ses cheveux longs où sont des algues vaguesEt des crabes verts aux crocs des bouclesEt l’écume des basses vaguesEt des gouttes d’escarbouclesOù les lumières ont des vervesÔ comme au front des roches d’orSes cheveux dissolus couronnés de conferves
Ses cheveux, ah ! défleuris ! ses cheveux dévêtus et nus…
« IrisMarécageux irisMes cheveux sous-marins mêlés d’algues languidesTe veulent, triste irisEt l’iris de mes yeux. »
Voici trouer la frêle eau d’orSes doigts luxurieuxVers les iris, vers les irisFleurs droites à fleurir derrière ses oreillesLarges yeux des étangs, fleurs obscures, bleus iris,Lèvres molles en fleur sur les eauxBleus baisers de la nuit dans ses mains nonpareilles.
41 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 — 1931, tome 13, Genève, SLATKINE REPRINTS, 1973· numérisation wikisource.org· Sources