Le bonheur de l’étude :, 1817· Odes
ODE I. La restauration
MORTELS, assis au rang suprême,Pour régner respectez nos droits ;Les vrais appuis du diadêmeSont dans la justice et les lois.En vain la force et le génieSemblent faire à la tyrannieUn insurmontable rempart ;Rien n'est durable avec le crime,Et tout empire illégitimeTombe et s'abîme tôt ou tard.
Qu'est devenu le sceptre inique,Le sceptre, instrument de forfaits,Sous lequel un bras despotiqueFit gémir dix ans les Français ?Insensé ! qui crus en esclavePouvoir traiter un peuple brave,Qu'on ne soumet que par l'amour !Sous tes pieds en vain terrassée,La Liberté s'est redressée,Et te foule aux pieds à son tour,
Heureux, quand le sort l'abandonne,Le tyran qui, privé d'espoir,Perd la vie avec la couronne,Et meurt ainsi que son pouvoir !Du moins l’éternelle justiceNe lui fait pas de son suppliceSubir le plus affreux tourment :Et ses innombrables victimesDu bruit de leurs cris unanimesN'insultent que son monument.
Tu vis, despote sans courage,Que les Français ont rejeté !Tu vis, échappé du naufrageOù périt ton autorité.Vois tes images abattues,Vois le peuple sur tes statuesPoursuivre encor ton souvenir,De l'indignation publique,Entends le concert véridiqueCommencer pour ne plus finir.
Puisqu'à tout prix ton âme vaineVoulut du bruit et du renom,Repose-toi sur notre haineDu soin d'éterniser ton nom,De l'oubli bravant les ténèbres,Les noms des criminels célèbresOnt aussi leur éternité.Nous maudissons encor Tibère ;Et Néron, bourreau de sa mère,Subit son immortalité,
Oui, nos campagnes convertiesEn théâtres sanglans de Mars ;Nos richesses anéanties ;Le deuil du commerce et des arts ;Tant de races exterminées,Tribut affreux que dix annéesLa mort leva sur tes succès ;Voilà des traits ineffaçables,Des monumens impérissables,Par qui tu dois vivre à jamais.
Gloire impie ! ô combien diffèreLa paisible célébritéDes rois que le monde révèreEt que bénit l'humanité,Des rois dont la sollicitudeFit toujours sa plus chère étudeDe se rendre utile aux mortels ;Monarques vraiment héroïques,Et dont les vertus pacifiquesMéritent seules nos autels !
O noms d’immortelle durée,Marc-Aurèle, Antonin,, Titus !O gloire innocente et sacréeQui ne coûtas que des vertus !De ta mémoire florissante,La splendeur toujours renaissanteIra croissant de jour en jour ;Et, recueillant tous les hommages,Elle traversera les âges,Sous la garde de notre amour.
Oui, ce sont là les dignes marquesQu'il faut laisser à l'avenir !Voilà comme un grand cour aux ParquesSait dérober son souvenir !Voilà les invincibles charmesQui font encor couler nos larmesAu nom du héros adoré,Qui dans sa bonté paternelle,A sa propre cause infidèle,Nourrissait un peuple égaré.
Oh ! qui de ces belles annéesNous rendra les jours bienheureux,Quand nos tranquilles destinéesCoulaient sous des rois généreux ?Reviens, race de ces bons princes,Reviens ; tes antiques provincesSous tes lois veulent refleurir ;Viens, après vingt ans de souffrance,Rendre à ta malheureuse FranceDes rois qu'elle puisse chérir.
Ah ! si des erreurs déplorablesOnt pu séduire nos esprits,Ceux qui nous rendirent coupablesNous en ont fait payer le prix.Oui, la vengeance est épuisée ;Que ton ombre soit appaisée,O toi, que je n'ose nommer !De nos fureurs noble victime ;Toi, dont l'âme tendre et sublime,Même en mourant, sut nous aimer.
Louis, si tu chéris encoreCe peuple dont tu fus le Roi ;Si de notre voix qui t'implore,Les accens montent jusqu'à toi,Du haut des sphères éternelles,Séjour des âmes immortelles,Vois-tu toute la France en pleurs,Tendre les bras à ta famille,Et conjurer enfin ta filleDe lui pardonner tes malheurs ?
Mais tu m'entends, ombre royale,Tous nos souhaits sont accomplis.Sur ton antique capitaleMes yeux ont vu flotter les lis.Plus de larmes, plus de tristesse ;Que mille concerts d'allégresseJusques au ciel soient entendus !Enfin, des vengeances célestes,Nos pleurs ont conjuré les restes :Français, nos Rois nous sont rendus.
Courez, peuples : Louis s'avance ;Il arrive ; il est parmi nous.Je lis le bonheur de la FranceDans ses regards nobles et douxÉbranlez-vous, sacrés portiques,Tressaillez, ô temples antiques,Secondez l'effort de nos voix !Dans la religieuse enceinte,Pontife, apprêtez l'huile sainteQui consacre le front des rois.
Et nous, livrons-nous à la joieQue nous offre un meilleur destin ;Des maux dont nous fumes la proie,Ce grand jour a marqué la fin.Sous la douceur héréditaireD'un gouvernement salutaire,Oublions des tems désastreux ;Mais profitons de leurs orages ;Rendus au calme, soyons sages,Si nous voulons rester heureux.
Ah ! laissons s'enivrer le Tibre,De l'orgueil de ses vieux Romains ;Si le Français doit être libre,C'est en servant ses souverains.Instruits au milieu des tempêtes,Abaissons, sans rougir, nos têtesSous un sceptre antique et chéri ;Et, quittant de folles chimères,Servons, comme servaient nos pères,Sous les Louis et les HENRI.
Ainsi, Dieu bienfaisant et juste,Puisse parmi nous ta bontéProtéger l'alliance augusteDu trône et de la liberté !Ainsi, puisse ton assistanceNous dispenser avec constance,Des jours heureux et triomphans !Et que le joug intolérableQu'a brisé ta main secourable,Et que le joug intolérableN'opprime jamais nos enfans !
Versification
- Forme
- Dizains
- Rimes
- 16(ababccdeed) 1(ababccdeeed)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 dizains, 1 onzain
- Mots à la rime
- a suprême / diadême féminine, classiqueb droits / lois masculine, classiquec génie / tyrannie féminine, classiqued rempart / tard masculine, classiquee crime / illégitime féminine, classiquea inique / despotique féminine, classiqueb forfaits / Français masculine, classiquec esclave / brave féminine, classiqued l'amour / tour masculine, classiquee terrassée / redressée féminine, classiquea l'abandonne / couronne féminine, classiqueb d'espoir / pouvoir masculine, classiquec justice / supplice féminine, classiqued tourment / monument masculine, classiquee victimes / unanimes féminine, classiquea courage / naufrage féminine, classiqueb rejeté / autorité masculine, classiquec abattues / statues féminine, classiqued souvenir / finir masculine, classiquee publique / véridique féminine, classiquea vaine / haine féminine, classiqueb renom / nom masculine, classiquec ténèbres / célèbres féminine, classiqued éternité / immortalité masculine, classiquee Tibère / mère féminine, classiquea converties / anéanties féminine, classiqueb Mars / arts masculine, classiquec exterminées / années féminine, classiqued succès / jamais masculine, classiquee ineffaçables / impérissables féminine, classiquea diffère / révère féminine, classiqueb célébrité / l'humanité masculine, classiquec sollicitude / étude féminine, classiqued mortels / autels masculine, classiquee héroïques / pacifiques féminine, classiquea durée / sacrée féminine, classiqueb Titus / vertus masculine, classiquec florissante / renaissante féminine, classiqued jour / amour masculine, classiquee hommages / âges féminine, classiquea marques / Parques féminine, classiqueb l'avenir / souvenir masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiqued adoré / égaré masculine, classiquee paternelle / infidèle féminine, classiquea années / destinées féminine, classiqueb bienheureux / généreux masculine, classiquec princes / provinces féminine, classiqued refleurir / chérir masculine, classiquee souffrance / France féminine, classiquea déplorables / coupables féminine, classiqueb esprits / prix masculine, classiquec épuisée / appaisée féminine, classiqued nommer / aimer masculine, classiquee victime / sublime féminine, classiquea encore / t'implore féminine, classiqueb Roi / toi masculine, classiquec éternelles / immortelles féminine, classiqued pleurs / malheurs masculine, classiquee famille / fille féminine, classiquea royale / capitale féminine, classiqueb accomplis / lis masculine, classiquec tristesse / d'allégresse féminine, classiqued entendus / rendus masculine, classiquee célestes / restes féminine, classiquea s'avance / France féminine, classiqueb nous / doux masculine, classiquec portiques / antiques féminine, classiqued voix / rois masculine, classiquee enceinte / sainte féminine, classiquea joie / proie féminine, classiqueb destin / fin masculine, classiquec héréditaire / salutaire féminine, classiqued désastreux / heureux masculine, classiquee orages / sages féminine, classiquea Tibre / libre féminine, classiqueb Romains / souverains masculine, classiquec tempêtes / têtes féminine, classiqued chéri / HENRI masculine, classiquee chimères / pères féminine, classiquea juste / auguste féminine, classiqueb bonté / liberté masculine, classiquec assistance / constance féminine, classiqued triomphans / enfans masculine, classiquee intolérable / secourable féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
171 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le bonheur de l’étude : discours en vers et autres poésies, Paris, Guillaume et Cie, 1817· numérisation books.google.fr· Sources