Le bonheur de l’étude :, 1817· Odes
ODE V. Le commencement d’amour
Jadis je n'aimais que ma lyre,Le repas, la gloire et les arts.Souvent dans un docte délireJe célébrais les fils de Mars.Souvent je chantai sa nature,Ou, formant de plus nobles sons,De la vertu sublime et pureMa voix retraçait les leçons.
O Dieu des vers ! qu'avec ivresseJe m'essayais à tes accords !Quel enthousiasme, ô Permesse !J'allais respirer sur tes bords.Maintenant un triste silenceSuccède à des transports si doux ;Vous que j'aimai dès mon enfance,O Muses ! m'abandonnez-vous ?
Si du matin, sur la colline,Je vais respirer la fraîcheur,Au fond de la forêt voisineSi du Midi je fuis l'ardeur,Dans ces bois dont l'ombre m'attireSur ces coteaux, dans ce vallon,Ce n'est plus vous que je désire,Je ne cherche plus Apollon.
Où sont ces fils de Polymnie,Qui m'enflammaient de leurs transports ?Où sont ces dieux de l'harmonieQui m'en ouvraient tous les trésors ?Horace, Pindare, Virgile,J'oublie, hélas ! jusqu'à vos noms.De l'amant même de BathylleJe lis à peine les chansons.
Un autre démon me possède,Tyran de ma faible raison,Qui d'un long ennui sans remèdeNourrit en mon sein le poison.Une inquiétude profondeM'entraîne aux lieux les plus secrets ;Je voudrais échapper au monde,Et seul errer dans les forêts !
Pénétrons sous ces bois antiques,Suivons ces sentiers retirés,Dans ces labyrinthes rustiquesEnfonçons nos pas égarés.Forêts, épaisissez vos ombres,Entourez-moi de vos rameaux.Eh bien ! dans ces asiles sombres,Mon cœur, êtes-vous en repos ?,
Quelle est donc l'humeur inquièteQui me suit en ces lieux déserts ?Je cherchais l'ombre et la retraite…Me voilà seul dans l'univers !Mon âme doit être contente,Et n'a plus rien à désirer.Pourtant je ne sais quelle attenteMe force encore à soupirer.
C'est trop, c'est trop perdre ma vieAu sein d'une obscure langueur.Je'veux de mon âme asservieRanimer l'antique vigueur.Compagne jadis assidue,Viens, ma lyre, reprends tes droits :Long-tems muette et détendue,Viens t'unir encore à ma voix.
Déja d'un généreux délireJe sens mon esprit agité.Quels rois, quels héros, Ô ma lyre,Nous devront l'immortalité ?La gloire a déployé ses ailes,Chantons… mais pourquoi ces soupirs ?Est-ce ainsi, cordes infidelles,Que vous secondez mes désirs ?
De la destinée inflexibleJe reconnais enfin la loi,A son ascendant invincibleIl faut me rendre malgré moi.O ma lyre ! il faut te suspendre,Reçois mes adieux en ce jour.Mes mains ne doivent te reprendreQue par les ordres de l'Amour.
Versification
- Forme
- 10 huitains (huitains)
- Rimes
- 10(ababcdcd)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 huitains
- Mots à la rime
- a lyre / délire féminine, classiqueb arts / Mars masculine, classiquec nature / pure féminine, classiqued sons / leçons masculine, classiquea ivresse / Permesse féminine, classiqueb accords / bords masculine, classiquec silence / enfance féminine, classiqued doux / m'abandonnez-vous masculine, classiquea colline / voisine féminine, classiqueb fraîcheur / l'ardeur masculine, classiquec m'attire / désire féminine, classiqued vallon / Apollon masculine, classiquea Polymnie / l'harmonie féminine, classiqueb transports / trésors masculine, classiquec Virgile / Bathylle féminine, classiqued noms / chansons masculine, classiquea possède / remède féminine, classiqueb raison / poison masculine, classiquec profonde / monde féminine, classiqued secrets / forêts masculine, classiquea antiques / rustiques féminine, classiqueb retirés / égarés masculine, classiquec ombres / sombres féminine, classiqued rameaux / repos masculine, classiquea inquiète / retraite féminine, classiqueb déserts / l'univers masculine, classiquec contente / attente féminine, classiqued désirer / soupirer masculine, classiquea vie / asservie féminine, classiqueb langueur / vigueur masculine, classiquec assidue / détendue féminine, classiqued droits / voix masculine, classiquea délire / lyre féminine, classiqueb agité / l'immortalité masculine, classiquec ailes / infidelles féminine, classiqued soupirs / désirs masculine, classiquea inflexible / invincible féminine, classiqueb loi / moi masculine, classiquec suspendre / reprendre féminine, classiqued jour / l'Amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le bonheur de l’étude : discours en vers et autres poésies, Paris, Guillaume et Cie, 1817· numérisation books.google.fr· Sources