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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le bonheur de l’étude :, 1817· Odes

ODE VII. Le jeune poète au lit de mort

Charles Loyson· 20 quatrains, alexandrins, 80 vers

Cessez de me flatter‖ d'une espérance vaine,Cessez, ô mes amis,‖ de me cacher vos pleurs.La sentence est portée ;‖ oui, ma mort est certaine,Et je ne vivrai plus‖ bientôt que dans vos cœurs.

Pour la dernière fois‖ j'ai vu briller l'aurore,Pour la dernière fois‖ ce beau soleil m'a lui :Votre ami succombant‖ au mal qui le dévore,Sur le déclin du jour,‖ va s'éteindre avec lui.

Mais demain, quand, paré‖ d'une splendeur nouvelle,Le soleil triomphant‖ rentrera dans les cieux,Votre ami dormira‖ dans la nuit éternelle,Et l'éclat du matin‖ n'ouvrira plus ses yeux.

Déjà tout s'obscurcit,‖ tout s'efface à ma vue,Tout m'échappe, entraîné‖ par d'invisibles mains ;Et seule s'offre à moi‖ cette route inconnueDont le terme se cache‖ aux regards des humains.

Eh bien ! ces noirs sentiers,‖ ces régions obscures,Cette nuit du trépas,‖ n'étonnent point mon cœur.Vers le Dieu qui m'attend‖ je lève des mains pures ;Ennemi du méchant,‖ il est mon protecteur.

Couvrez mon lit de fleurs,‖ couronnez-en ma tête ;Placez, placez ma lyre‖ en mes tremblantes mains.Je salûrai la mort‖ par une hymne de fête :Vous, de mes derniers chants‖ répétez les refrains.

Mais quel trouble s'élève‖ en mon ame affaiblie ?Pourquoi tombent soudain‖ ces transports généreux ?Mes regards, malgré moi,‖ se tournent vers la vie,Et ma lyre ne rend‖ que des sons douloureux.

Malheureux que je suis !‖ je n'ai rien fait encoreQui puisse du trépas‖ sauver mon souvenir !J'emporte dans la tombe‖ un nom que l'on ignore,Et tout entier la mort‖ m'enlève à l'avenir !

Malfilâtre ! Gilbert !‖ trop heureuses victimes,Vous mourutes frappés‖ dans la fleur de vos ans ;Mais, ravie au tombeau par quelques vers sublimes,Votre gloire survit,‖ et triomphe du tems !

Hélas ! plus jeune encore‖ et bien plus déplorable,Sans pouvoir m'illustrer‖ par de nobles efforts,Sans laisser après moi‖ nulle marque durable,Je vais me réunir‖ à la foule des morts.

Ah ! si du moins ces sons‖ d'une boucle expirante ;Ces accens d'une voix‖ qui s'éteint pour jamais,Si ces chants échappés‖ à la Parque impuissante,De l'avenir un jour‖ excitaient les regrets !

Si, grâce à ces débris,‖ sauves de mon naufrage,De la mort qui m'atteint,‖ mon nom victorieux,Sur l'abîme des tems‖ surnageait d'âge en âge,Et bravait de l'oubli‖ l'effort injurieux !…

O, mes amis ! à tout‖ j'ai préféré la gloire.La gloire ! cet espoir‖ fit mes jours les plus beaux,Qu'importe que notre ombre‖ ait franchi l'onde noire,Quand l'immortalité‖ consacre nos tombeaux !

Trop vaine illusion‖ de mon âme charmée !Pour les siècles futurs‖ je n'aurai point daté !Ma mémoire en vos cœurs‖ doit périr enfermée !C'est là mon univers‖ et ma postérité !

Eh bien ! écoutez donc‖ mes paroles dernières ;Approchez : sur ce lit,‖ témoin de mes tourments,Jurez à votre ami‖ d'accomplir ses prières !Mais, non, je vous connais ;‖ retenez vos serments.

Au moment oit la mort‖ va frapper ma jeunesse,Par ce coup imprévu,‖ des parents adorésPerdront l'unique appui‖ qu'attendait leur vieillesse ;Je vous lègue le soin‖ de ces gages sacrés.

Qu'ils vont pleurer ce fils,‖ que la Parque inhumaineSur des bords étrangers‖ aura frappé loin d'euxCombien ils maudiront‖ cette terre lointaine,Qui me prive en mourant‖ de leurs derniers adieux !

Qu'ai-je fait en quittant‖ leur modeste chaumière ?J'ai dérobé ma cendre‖ à leurs justes douleurs.Je suis venu chercher‖ une tombe étrangèreQu'ils ne pourront, hélas !‖ arroser de leurs pleurs.

Ah ! je m'en séparai‖ dans une autre espérance.Je voulais quelque jour,‖ près de leurs cheveux blancs,Leur rendant tous les soins‖ qu'en reçut mon enfance,D'amour et de bonheur‖ entourer leurs vieux ans.

Pourquoi vous retracer‖ à ma triste mémoire,Doux rêves dont mon cœur‖ en vain fut occupé ?Et mes rêves d'amour,‖ et mes rêves de gloire,Tout fuit : toi seule, ô mort,‖ ne m'auras pas trompé !

Versification

Forme
20 quatrains (quatrains)
Rimes
20(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
20 quatrains
Mots à la rime
a vaine / certaine féminine, classiqueb pleurs / cœurs masculine, classiquea l'aurore / dévore féminine, classiqueb lui masculine, classiquea nouvelle / éternelle féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea vue / inconnue féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquea obscures / pures féminine, classiqueb cœur / protecteur masculine, classiquea tête / fête féminine, classiqueb mains / refrains masculine, classiquea affaiblie / vie féminine, classiqueb généreux / douloureux masculine, classiquea encore / ignore féminine, classiqueb souvenir / l'avenir masculine, classiquea victimes / sublimes féminine, classiqueb ans / tems masculine, classiquea déplorable / durable féminine, classiqueb efforts / morts masculine, classiquea expirante / impuissante féminine, classiqueb jamais / regrets masculine, classiquea naufrage / âge féminine, classiqueb victorieux / injurieux masculine, classiquea gloire / noire féminine, classiqueb beaux / tombeaux masculine, classiquea charmée / enfermée féminine, classiqueb daté / postérité masculine, classiquea dernières / prières féminine, classiqueb tourments / serments masculine, classiquea jeunesse / vieillesse féminine, classiqueb adorés / sacrés masculine, classiquea inhumaine / lointaine féminine, classiqueb d'eux / adieux masculine, classiquea chaumière / étrangère féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquea espérance / enfance féminine, classiqueb blancs / ans masculine, classiquea mémoire / gloire féminine, classiqueb occupé / trompé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le bonheur de l’étude : discours en vers et autres poésies, Paris, Guillaume et Cie, 1817· numérisation books.google.fr· Sources