Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies complètes I, 1907· II Veilles du jour et de la nuit La chanson des heures ― La Chansons des mois· II La chanson des mois

Effets de neige et de givre

Albert Lozeau· 4 distiquess, alexandrins, 48 vers

I

Les arbres ont l’aspect‖ de blancs marbres qui poussentAu bord des blancs trottoirs‖ et des toits blancs qui moussent ;Il neige ! Tout se vêt‖ de divine blancheur.Pour couvrir le sol noir‖ du vieux monde pécheur,On dirait que la nue‖ au vent se désagrègeEt tombe par milliers‖ de flocons purs. Il neige !Les champs, sur qui tout un‖ long jour il a neigé,Semblent lointainement‖ des lacs de lait figé.Dans les chemins ouatés‖ où l’air froid souffle, il tinteUne argentine voix‖ de grelot, vite éteinte.Et les petits enfants‖ s’exclament, réjouisPar le poudroiement clair‖ du ciel de mon pays.

II

Un grain de neige fond‖ en larme sur ma vitre.Je referme mon livre‖ au milieu d’un chapitre,Pour regarder tomber‖ la neige du ciel blanc,Et la suivre en son vol‖ tourbillonnant et lent.Elle est molle, elle est vive,‖ elle est fantasque et folle ;Elle plane, elle flotte,‖ elle vogue, elle vole ;Elle est frivole et grave ;‖ elle a, comme un rimeurSensible, de soudains‖ revirements d’humeur,Selon qu’un petit vent‖ nonchalant se révèleOu qu’un souffle nouveau‖ soudain la renouvelle !Mais tout cela finit,‖ pour elle comme lui,Par de longs pleurs coulés‖ et par de l’eau qui fuit…

III

Ma vitre, ce matin,‖ est tout en feuilles blanches,En fleurs de givre, en fruits‖ de frimas fins, en branchesD’argent, sur qui‖ des frissons blancs se sont glacés.Des arbres de vermeil‖ l’un à l’autre enlacés,Immobiles, ont l’air‖ d’attendre qu’un vent passeTranquille, mol et blanc.‖ Calme petit espaceOù tout a le repos‖ profond de l’eau qui dort,Parce que tout cela‖ gît insensible et mort.Vision qui fondra‖ dès la première flamme,Comme le rêve pur‖ des jeunes ans de l’âme ;Espoirs, illusions‖ qu’on regrette tout bas :Sur la vitre du cœur,‖ frêles fleurs de frimas…

IV

Par ces longs soirs d’hiver‖ où, fatigués des livres,Les yeux suivent l’effet‖ sur la vitre des givresDessinant d’un pinceau‖ lent et mystérieux,Sous l’inspiration‖ des grands vents furieux,Des jardins, des forêts‖ blanches et toujours calmes,De fantastiques fleurs‖ et de bizarres palmes, –Ces soirs-là, comparant‖ l’ombre qui rôde en luiÀ la blanche splendeur‖ des choses de la nuit,Le poète isolé‖ du monde, dans sa chambre,Rêve à la grande paix‖ des tombes de décembreEt du linceul d’hermine‖ amoncelé sans bruitQui, sous le ciel empli‖ de clair de lune, luit…

Versification

Forme
4 distiquess (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
4 distiquess
Mots à la rime
a poussent / moussent féminine, classiqueb blancheur / pécheur masculine, classiquec désagrège / neige féminine, classiqued neigé / figé masculine, classiquee tinte / éteinte féminine, classiquef réjouis / pays masculine, classiquea vitre / chapitre féminine, classiqueb blanc / lent masculine, classiquec folle / vole féminine, classiqued rimeur / d’humeur masculine, classiquee révèle / renouvelle féminine, classiquef lui / fuit masculine, non classiquea blanches / branches féminine, classiqueb glacés / enlacés masculine, classiquec passe / espace féminine, classiqued dort / mort masculine, classiquee flamme / l’âme féminine, classiquef bas / frimas masculine, classiquea livres / givres féminine, classiqueb mystérieux / furieux masculine, classiquec calmes / palmes féminine, classiqued lui / nuit masculine, non classiquee chambre / décembre féminine, classiquef bruit / luit masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Montréal, ?, 1925· numérisation La Bibliothèque électronique du Québec· Sources