Poésies complètes II, 1912· Le miroir des jours (1907-1912)· I La ville et les bois
À l’automne
Par la couleur du ciel‖ et les plaintes du vent,Par les tons nuancés‖ du feuillage mouvant,Par mon désir de rêve‖ et mon cœur qui frissonne,J’ai senti de là-bas‖ venir vers nous l’automne.Dans la sérénité‖ profonde des beaux soirsOù la lune apparaît‖ bleue au firmament noir,Malgré les astres clairs,‖ on l’aperçoit qui rôdeSur le gazon, ou dans‖ les coins des chambres chaudes.Il émane de lui‖ je ne sais quoi de douxQui frôle notre chair‖ et qui pénètre en nous,Qui nous change, on dirait,‖ en une autre substance,Comme si l’on était‖ de l’air ou du silence !Il semble que l’on ait‖ des ailes ; que le poidsDe notre corps se fonde‖ et renaisse à la fois ;Qu’un bonheur à travers‖ notre âme triste passe,Qu’on n’ait plus qu’un degré‖ pour atteindre à l’extase !Ô volupté de vivre,‖ ô charme alanguissant !– Automne qui nous mets‖ du plaisir dans le sang,Qui nous berces, pareil‖ à la bonne nourrice,Jusqu’à ce que notre âme‖ en tes bras s’assoupisse,Je t’aime d’un amour‖ sensuel et païen !Et je t’élève, ô dieu,‖ fait de songe ancien,Un temple au clair autel‖ entouré de balustres,Où mon cœur balancé‖ brûle comme un grand lustre !
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 12((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a vent / mouvant masculine, classiqueb frissonne / l’automne féminine, classiquec soirs / noir masculine, non classiqued rôde / chaudes féminine, non classiquee doux / nous masculine, classiquef substance / silence féminine, classiqueg poids / fois masculine, classiqueh passe / l’extase féminine, classiquei alanguissant / sang masculine, non classiquej nourrice / s’assoupisse féminine, classiquek païen / ancien masculine, classiquel balustres / lustre féminine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 1.7
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Montréal, ?, 1925· numérisation La Bibliothèque électronique du Québec· Sources