Poésies complètes II, 1912· Le miroir des jours (1907-1912)· I La ville et les bois
À l’aventure
Déjà des feuilles qui jaunissent !C’est l’automne avançant un peuAvec les nuages qui glissentDans l’immensité du ciel bleu.
L’air est tiède, le vent tranquille,Et l’on dirait qu’un grand reposEnveloppe soudain la villePour préparer des temps nouveaux.
Je n’entends plus mes hirondellesÀ l’harmonieux gazouillis :Peut-être, ce matin, sont-ellesEn route pour de chauds pays…
Qu’elles y rencontrent bon gîte,Insectes à leurs appétits,Et qu’elles reviennent bien viteRecommencer d’autres petits !
Autour de leurs maisons désertesL’hiver glacial soufflera ;Sur les frêles toitures vertes,Des jours entiers il neigera.
Puis, avril ramènera l’heureAccueillante du gai retour,Et la familière demeureReconnaîtra leurs chants d’amour !
Mais les fleurs sont belles encore ;Les troupeaux broutent dans les champs,Et la campagne se décoreDe paysages attachants.
Partons ! Le lointain nous appelle !Allons regarder pour l’aimerLa bonne terre maternelle :Va, mon cœur, va t’en embaumer !
Que de longues routes ombreuses,Épousant les courbes de l’eau,Offrent les surprises heureusesD’un même objet toujours nouveau !
Septembre est propice au voyage ;L’air est si doux, si beau le bois,Si charmeur le petit villageQuand il semble encor d’autrefois !
Dans les chemins grattent les poules,Ayant pour chef de file un coqApte à la conduite des foules,Le port fier, et l’ergot en croc !
Et devant la demeure ancienne,On aperçoit de vieilles gensQui tricotent des bas de laineDe leurs doigts encor diligents.
Antiques foyers, maisons chères,Les seules où vivent vraimentLes traditions séculaires !Chacune est comme un monument.
La voiture file ; on respireL’odeur du fleuve à pleins poumons ;On s’extasie, et l’on admireLe profil gracieux des monts…
Voici l’ombre qui se propage ;Mon plaisir exquis va finir :L’inconvénient du voyage,C’est qu’il faut toujours revenir !
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a jaunissent / glissent féminine, classiqueb peu / bleu masculine, classiquea tranquille / ville féminine, classiqueb repos / nouveaux masculine, classiquea hirondelles / sont-elles féminine, classiqueb gazouillis / pays masculine, classiquea gîte / vite féminine, classiqueb appétits / petits masculine, classiquea désertes / vertes féminine, classiqueb soufflera / neigera masculine, classiquea l’heure / demeure féminine, classiqueb retour / d’amour masculine, classiquea encore / décore féminine, classiqueb champs / attachants masculine, classiquea appelle / maternelle féminine, classiqueb l’aimer / embaumer masculine, classiquea ombreuses / heureuses féminine, classiqueb l’eau / nouveau masculine, classiquea voyage / village féminine, classiqueb bois / d’autrefois masculine, classiquea poules / foules féminine, classiqueb coq / croc masculine, classiquea ancienne / laine féminine, classiqueb gens / diligents masculine, classiquea chères / séculaires féminine, classiqueb vraiment / monument masculine, classiquea respire / admire féminine, classiqueb poumons / monts masculine, classiquea propage / voyage féminine, classiqueb finir / revenir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Montréal, ?, 1925· numérisation La Bibliothèque électronique du Québec· Sources