Poésies complètes II, 1912· Le miroir des jours (1907-1912)· I La ville et les bois
Musique dans la nuit
Tout ce que la musique‖ au cœur sensible inspireAvec les mots trop lourds‖ ne se peut jamais dire,Qui traduira l’émoi‖ que les fins violons,Sous le magique archet‖ aux rythmes lents et longs,Font naître dans le cœur‖ que la souffrance incline ?L’accord s’enfonce ainsi‖ qu’une subtile épine,Ou caresse pareil‖ à de chers doigts frôleurs,Et quand la passion‖ s’exprime par des pleurs,Sanglote, se lamente,‖ impérieuse et forte,Comme un grand vent nous souffle‖ en l’âme et nous transporte !Et l’on sent, angoissés,‖ frissonnants et nerveux,Monter subitement‖ des larmes dans nos yeux…
C’est une voix étrange‖ et lointaine que celleQui chante humainement‖ en toi, violoncelle,Qui tremble, sourde et douce,‖ et vibre longuementEt qui ne paraît pas‖ venir d’un instrument !Claire et voilée, intime‖ et large, elle ressembleAux arbres des forêts‖ qui murmurent ensembleEt qui, mêlant leurs bras‖ et leurs voix sous les cieux,Font un grand bruit ému‖ qui monte harmonieux !Son accord vaste et doux‖ emprisonne l’espace ;Toute la profondeur‖ est dans sa note basse ;Et toute la tendresse‖ et la suavité, –Brises de mai, ruisseaux‖ errants, soupirs de femme, –Passent comme un bonheur‖ fragile dans notre âme,Lorsque la corde claire‖ et sonore a chanté !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 6((aa)) 1(aabbccddeefggf)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques, 1 quatorzain
- Mots à la rime
- a inspire / dire féminine, classiqueb violons / longs masculine, classiquec incline / épine féminine, classiqued frôleurs / pleurs masculine, classiquee forte / transporte féminine, classiquef nerveux / yeux masculine, classiquea celle / violoncelle féminine, classiqueb longuement / instrument masculine, classiquec ressemble / ensemble féminine, classiqued cieux / harmonieux masculine, classiquee l’espace / basse féminine, classiquef suavité / chanté masculine, classiqueg femme / âme féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Montréal, ?, 1925· numérisation La Bibliothèque électronique du Québec· Sources