Poésies complètes III, 1916· Lauriers et feuilles d’érable 1912-1922· Iv. les images du pays.
La montagne
Je t’admire, verte montagne,Plus que tout somptueux jardinDe Perse, de France ou d’Espagne,Ô Paradis du citadin !
Ta masse à la ligne onduleuseSe découpe sur fond d’azur,Et dans la ville populeuseOffre au rêve un asile sûr.
Bien avant les feuilles venues,Par les vents encor violents,Vers toi s’avancent dans les nuesLes corneilles, par groupes lents.
En battant lourdement des ailes,Elles descendent dans tes bois,Croassant au soleil, fidèlesÀ leur retraite d’autrefois.
De jour en jour ta couleur change,La cime des arbres rougit,Puis un matin, comme une frange,La verdure neuve surgit.
Quels tons clairs, délicats et tendresDiversifient ta frondaison,Le long des routes en méandres,Des chemins bordés de gazon !
Sous les branches chantent des sources ;Les oiseaux bâtissent leurs nidsAprès de longues, longues coursesDans le bleu des cieux infinis.
Le chêne étale son ombrage,Royalement, avec orgueil ;Dans l’épaisseur de son feuillageOn voit fuir l’agile écureuil,
Les sveltes bouleaux à l’écorceBrune qu’entoure un cercle blanc,Déjà fiers de leur jeune force,Font de la lumière en tremblant.
Et tous sont vraiment admirables,Sombres, clairs, grands, petits, moyens !Mais les plus beaux sont les érables :Vous avez bon goût, Canadiens !
Ceux-là prodiguent leur richesse,Car toute la splendeur des orsEt des rouges est en promesseDans leurs rameaux souples et forts.
Quand octobre lève sa brume, –Voile par la nuit déployé, –Voyez l’érable qui s’allume,Voyez l’érable flamboyer !
Il éclate en mille féeriesAu premier rayon de soleil, –Vif chatoiement de pierreriesDans le matin frais et vermeil !…
Et la montagne a ses fougèresQui croissent à l’ombre, ses fleursSauvages, ses mousses légères,Ses herbes de toutes couleurs.
Dans sa vieille terre françaiseOn creuse un lit aux trépassés,Pour qu’ils puissent dormir à l’aise,Au bruit des prières bercés.
Ainsi, la montagne partageSa paix à l’un et l’autre sort :Ses versants étant l’héritage,L’un, du vivant, l’autre, du mort.
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a montagne / d’Espagne féminine, classiqueb jardin / citadin masculine, classiquea onduleuse / populeuse féminine, classiqueb d’azur / sûr masculine, classiquea venues / nues féminine, classiqueb violents / lents masculine, classiquea ailes / fidèles féminine, classiqueb bois / d’autrefois masculine, classiquea change / frange féminine, classiqueb rougit / surgit masculine, classiquea tendres / méandres féminine, classiqueb frondaison / gazon masculine, classiquea sources / courses féminine, classiqueb nids / infinis masculine, classiquea ombrage / feuillage féminine, classiqueb orgueil / écureuil masculine, classiquea l’écorce / force féminine, classiqueb blanc / tremblant masculine, classiquea admirables / érables féminine, classiqueb moyens / Canadiens masculine, classiquea richesse / promesse féminine, classiqueb ors / forts masculine, classiquea brume / s’allume féminine, classiqueb déployé / flamboyer masculine, non classiquea féeries / pierreries féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea fougères / légères féminine, classiqueb fleurs / couleurs masculine, classiquea française / l’aise féminine, classiqueb trépassés / bercés masculine, classiquea partage / l’héritage féminine, classiqueb sort / mort masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Montréal, Montréal, 1925-1926· numérisation La Bibliothèque électronique du Québec· Sources