Poèmes Mobiles, 1886· Poèmes mobiles
Le loup
A M.E. Larcher.
Dans mon village,‖ un jour, le tocsin sonne.Je crie : « Au feu !‖ » sur-le-champ, comme un fou .« Oh ! ce n'est pas‖ le feu, mais bien le loup !Me dit quelqu'un.‖ — Où ça ? — Chez la baronne,Dans la forêt‖ que vous voyez là-bas.C'est un fléau,‖ tant il fait de dégâts !On ne sait plus‖ le nombre de ses crimes.Ce maudit loup‖ dépeuple le canton :Quatre dindons,‖ deux poules, un mouton,Ce matin même,‖ ont été ses victimes.Si le berger‖ ne s'était pas sauvé,Sans aucun doute‖ il l'aurait enlevé.Quels noirs forfaits !‖ ces loups n'en font pas d'autresNous le traquons…‖ et vous êtes des nôtres ! »
Nous étions dix‖ des plus déterminés,Aux grands exploits‖ tous dix prédestinés !L'occasion‖ était des plus propices,Et nos grands cœurs,‖ doublés d'un bon fusil,Accoutumés‖ à tous les sacrifices,Ne demandaient‖ qu'à braver le péril.
Suivis des vœux‖ de la commune entière,Enthousiasmés,‖ nous partîmes au pas.
Chemin faisant,‖ pris d'une ardeur guerrière,Un grand gaillard‖ me racontait tout basQu'étant pompier,‖ il avait dans les flammesPensé périr,‖ en secourant deux femmes.Un autre avait,‖ au risque de sa peau,Gagné la croix‖ en sauvant son drapeau.Pas un qui n'eût‖ au moins vu trois batailles,Qui n'eût au moins‖ repêché cinq noyés ;Le plus vaillant,‖ tout couvert de médailles,Nous raconta‖ tant d'exploits variés,Nous montra tant‖ de nobles cicatrices,Bref, étala‖ tant d'états de services,Qu'on lui promit‖ la peau du louveteau.
Or, à cent pas‖ à peine du hameau,L'un de nous dix‖ (c'était l'homme aux médailles)Pâlit soudain,‖ puis, s'arrêtant, se plaintD'un mal subit‖ qui trouble ses entrailles.Du même mal‖ un deuxième est atteint.Il se trouva‖ qu'un autre en sa demeureAvait laissé‖ cartouches, poudre et plomb.« Allez toujours,‖ ce ne sera pas long,Nous vous joignons,‖ disent-ils, tout à l'heure ! »Bref, au moment‖ de charger nos fusils,Tout compte fait,‖ nous n'étions plus que six.
Notre valeur‖ n'en était pas moins grande !Ce que voyant,‖ le plus fort de la bandePensa tout haut‖ que six, c'était beaucoupPour attaquer‖ un misérable loup !« Si nous n'allions‖ que trois à sa tanière ?Seul contre trois,‖ il n'échappera guère.Si le danger‖ doit en être doublé,Notre courage‖ en sera décuplé,
Et nous aurons‖ cent fois plus de mérite ! »Puis, souhaitant‖ bonne chance, il nous quitte.Il ne fut pas‖ le seul de son avis :De tels conseils‖ seront toujours suivis !Mais, en partant,‖ ils nous encouragèrentA bien viser.‖ — En outre, deux jugèrentFort peu prudent‖ de s'embarquer à jeun.Par quoi, bientôt,‖ nous ne fûmes plus qu'un…
En arrivant‖ au bois de la baronne,Foi de Gascon,‖ nous n'étions plus personne !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[abba] 18[aa] 4[abab]
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Mots à la rime
- a sonne / baronne féminine, classiqueb fou / loup masculine, non classiquec là-bas / dégâts masculine, classiqued crimes / victimes féminine, classiquee canton / mouton masculine, classiquef sauvé / enlevé masculine, classiqueg d'autres / nôtres féminine, classiquea déterminés / prédestinés masculine, classiqueb propices / sacrifices féminine, classiquec fusil / péril masculine, classiquea entière / guerrière féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquec flammes / femmes féminine, classiqued peau / drapeau masculine, classiquee batailles / médailles féminine, classiquef noyés / variés masculine, classiqueg cicatrices / services féminine, classiqueh louveteau / hameau masculine, classiqueb médailles / entrailles féminine, classiquec plaint / atteint masculine, classiqued demeure / l'heure féminine, classiquee plomb / long masculine, non classiquef fusils / six masculine, classiquea grande / bande féminine, classiqueb beaucoup / loup masculine, classiquec tanière / guère féminine, classiqued doublé / décuplé masculine, classiquea mérite / quitte féminine, classiqueb avis / suivis masculine, classiquec encouragèrent / jugèrent féminine, classiqued jeun / qu'un masculine, classiquea baronne / personne féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes Mobiles, Paris, Léon Vanier, Éditeur des Modernes, 1890· numérisation archive.org· Sources