Serres chaudes, 1889
Cloches de verre
Ô cloches de verre !Étranges plantes à jamais à l’abri !Tandis que le vent agite mes sens au dehors !Toute une vallée de l’âme à jamais immobile !Et la tiédeur enclose vers midi !Et les images entrevues à fleur du verre !
N’en soulevez jamais aucune !On en a mis plusieurs sur d’anciens clairs de lune.Examinez à travers leurs feuillages :Il y a peut-être un vagabond sur le trône,On a l’idée que des corsaires attendent sur l’étang,Et que des êtres antédiluviens vont envahir les villes.
On en a placé sur d’anciennes neiges.On en a placé sur de vieilles pluies.(Ayez pitié de l’atmosphère enclose !)J’entends célébrer une fête un dimanche de famine,Il y a une ambulance au milieu de la moisson,Et toutes les filles du roi errent, un jour de diète, à travers les prairies !
Examinez surtout celles de l’horizon !Elles couvrent avec soin de très anciens orages.Oh ! Il doit y avoir quelque part une énorme flotte sur un marais !Et je crois que les cygnes ont couvé des corbeaux !(On entrevoit à peine à travers les moiteurs)Une vierge arrose d’eau chaude les fougères,Une troupe de petites filles observe l’ermite en sa cellule,Mes sœurs sont endormies au fond d’une grotte vénéneuse !
Attendez la lune et l’hiver,Sur ces cloches éparses enfin sur la glace !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Serres chaudes suivies de Quinze chansons, Bruxelles, Paul Lacomblez, 1912· numérisation Bibliothèque numérique romande· Sources