Œuvres poétiques de malherbe, 1630· Pièces dont la date est incertaine.
CVII. Chanson (1630)
Mes yeux, vous m’êtes superflus ;Cette beauté qui m’est ravieFut seule ma vue et ma vie ;Je ne vois plus, ni ne vis plus.Qui me croit absent, il a tort,Je ne le suis point, je suis mort.
O qu’en ce triste éloignement,Où la nécessité me traîne,Les Dieux me témoignent de haine,Et m’affligent indignement !Qui me croit absent, il a tort,Je ne le suis point, je suis mort.
Quelles flèches a la douleurDont mon âme ne soit percée ?Et quelle tragique penséeN’est point en ma pâle couleur ?Qui me croit absent, il a tort,Je ne le suis point, je suis mort.
Certes, où l’on peut m’écouter,J’ai des respects qui me font taire ;Mais en un réduit solitaireQuels regrets ne fais-je éclater ?Qui me croit absent, il a tort,Je ne le suis point, je suis mort.
Quelle funeste libertéNe prennent mes pleurs et mes plaintes,Quand je puis trouver à mes craintesUn séjour assez écarté ?Qui me croit absent, il a tort,Je ne le suis point, je suis mort.
Si mes amis ont quelque soinDe ma pitoyable aventure,Qu’ils pensent à ma sépulture :C’est tout ce de quoi j’ai besoin.Qui me croit absent, il a tort,Je ne le suis point, je suis mort.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources