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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

XI. Consolation a monsieur du Périer, gentilhomme d’Aix en Provence, sur la mort de sa fille

François de Malherbe· STANCES (1607).· 84 vers

Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,Et les tristes discoursQue te met en l’esprit l’amitié paternelleL’augmenteront toujours ?

Le malheur de ta fille au tombeau descenduePar un commun trépas,Est-ce quelque dédale, où ta raison perdueNe se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance étoit pleine,Et n’ai pas entrepris,Injurieux ami, de soulager ta peineAvecque son mépris.

Mais elle étoit du monde, où les plus belles chosesOnt le pire destin ;Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,L’espace d’un matin.

Puis quand ainsi seroit, que selon ta prièreElle auroit obtenuD’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,Qu’en fût-il advenu ?

Penses-tu que plus vieille en la maison célesteElle eût eu plus d’accueil ?Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste,Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon du Périer, aussitôt que la ParqueOte l’âme du corps,L’âge s’évanouit au deçà de la barque,Et ne suit point les morts.

Tithon n’a plus les ans qui le firent cigale ;Et Pluton aujourd’hui,Sans égard du passé, les mérites égaleD’Archémore et de lui.

Ne te lasse donc plus d’inutiles complaintes ;Mais sage à l’avenir,Aime une ombre comme ombre, et des cendres éteintesÉteins le souvenir.

C’est bien, je le confesse, une juste coutume,Que le cœur affligé,Par le canal des yeux vidant son amertume,Cherche d’être allégé.

Même quand il advient que la tombe sépareCe que nature a joint,Celui qui ne s’émeut a l’âme d’un barbare,Ou n’en a du tout point.

Mais d’être inconsolable, et dedans sa mémoireEnfermer un ennui,N’est-ce pas se haïr pour acquérir la gloireDe bien aimer autrui ?

Priam, qui vit ses fils abattus par Achille,Dénué de support,Et hors de tout espoir du salut de sa ville,Reçut du réconfort.

François, quand la Castille, inégale à ses armes,Lui vola son Dauphin,Sembla d’un si grand coup devoir jeter des larmes,Qui n’eussent point de fin.

Il les sécha pourtant, et comme un autre AlcideContre fortune instruit,Fit qu’à ses ennemis d’un acte si perfideLa honte fut le fruit.

Leur camp, qui la Durance avoit presque tarieDe bataillons épais,Entendant sa constance eut peur de sa furie,Et demanda la paix.

De moi, déjà deux fois d’une pareille foudreJe me suis vu perclus,Et deux fois la raison m’a si bien fait résoudre,Qu’il ne m’en souvient plus.

Non qu’il ne me soit grief que la terre possèdeCe qui me fut si cher ;Mais en un accident qui n’a point de remède,Il n’en faut point chercher.

La Mort a des rigueurs a nulle autre pareilles ;On a beau la prier,La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,Est sujet a ses lois ;Et la garde qui veille aux barrières du LouvreN’en défend point nos rois.

De murmurer contre elle, et perdre patience,Il est mal à propos ;Vouloir ce que Dieu veut, est la seule scienceQui nous met en repos.

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources