Œuvres poétiques de malherbe, 1630
C. Paraphrase du psaume Cxlv
(1627.)
N’espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ;Sa lumière est un verre, et sa faveur une ondeQue toujours quelque vent empêche de calmer.Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre ;C’est Dieu qui nous fait vivre,C’est Dieu qu’il faut aimer.
En vain pour satisfaire à nos lâches envies,Nous passons près des rois tout le temps de nos viesA souffrir des mépris et ployer les genoux.Ce qu’ils peuvent n’est rien ; ils sont comme nous sommes,Véritablement hommes,Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l’esprit, ce n’est plus que poussièreQue cette majesté si pompeuse et si fièreDont l’éclat orgueilleux étonne l’univers ;Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hautainesFont encore les vaines,Ils sont mangés des vers.
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre,D’arbitres de la paix, de foudres de la guerre ;Comme ils n’ont plus de sceptre, ils n’ont plus de flatteurs ;Et tombent avec eux d’une chute communeTous ceux que leur fortuneFaisoit leurs serviteurs.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources