Œuvres poétiques de malherbe, 1630
II. Stances (1611)
Si des maux renaissants avec ma patienceN’ont pouvoir d’arrêter un esprit si hautain,Le temps est médecin d’heureuse expérience ;Son remède est tardif, mais il est bien certain.
Le temps à mes douleurs promet une allégeance,Et de voir vos beautés se passer quelque jour ;Lors je serai vengé, si j’ai de la vengeancePour un si beau sujet pour qui j’ai tant d’amour.
Vous aurez un mari sans être guère aimée,Ayant de ses désirs amorti le flambeau ;Et de cette prison de cent chaînes ferméeVous n’en sortirez point que par l’huis du tombeau.
Tant de perfections qui vous rendent superbe,Les restes du mari, sentiront le reclus ;Et vos jeunes beautés floriront comme l’herbe,Que l’on a trop foulée et qui ne fleurit plus.
Vous aurez des enfants des douleurs incroyables,Qui seront près de vous et crieront à l’entour ;Lors fuiront de vos yeux les soleils agréables,Y laissant pour jamais des étoiles autour.
Si je passe en ce temps dedans votre province,Vous voyant sans beauté et moi rempli d’honneur,Car peut-être qu’alors les bienfaits d’un grand PrinceMarieront ma fortune avecque le bonheur,
Ayant un souvenir de ma peine fidèle,Mais n’ayant point à l’heure autant que j’ai d’ennuis,Je dirai : « Autrefois cette femme fut belle,Et je fus d’autre fois plus sot que je ne suis. »
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources