Œuvres poétiques de malherbe, 1630
LXXVII. Stances (1620)
Enfin ma patience, et les soins que j’ai pris,Ont selon mes souhaits adouci les espritsDont l’injuste rigueur si longtemps m’a fait plaindre ;Cessons de soupirer ;Grâces à mon destin, je n’ai plus rien à craindre,Et puis tout espérer.
Soit qu’étant le soleil, dont je suis enflammé,Le plus aimable objet qui jamais fut aimé,On ne m’ait pu nier qu’il ne fût adorable ;Soit que d’un oppresséLe droit bien reconnu soit toujours favorable,Les Dieux m’ont exaucé.
Naguère que j’oyois la tempête souffler,Que je voyois la vague en montagne s’enfler,Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille ;A peu près englouti,Eussé-je osé prétendre à l’heureuse merveilleD’en être garanti ?
Contre mon jugement les orages cessésOnt des calmes si doux en leur place laissés,Qu’aujourd’hui ma fortune a l’empire de l’onde ;Et je vois sur le bordUn ange dont la grâce est la gloire du monde,Qui m’assure du port.
Certes c’est lâchement qu’un tas de médisans,Imputant à l’amour qu’il abuse nos ans,De frivoles soupçons nos courages étonnent ;Tous ceux à qui déplaîtL’agréable tourment que ses flammes nous donnent,Ne savent ce qu’il est.
S’il a de l’amertume à son commencement,Pourvu qu’à mon exemple on souffre doucement,Et qu’aux appâts du change une âme ne s’envole,On se peut assurerQu’il est maître équitable, et qu’enfin il consoleCeux qu’il a l’ait pleurer.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources