Œuvres poétiques de malherbe, 1630
LXXIV. Sur le mariage du roi et de la reine
Mopse entre les devins l’Apollon de cet âgeAvoit toujours fait espérerQu’un soleil qui naîtroit sur les rives du TageEn la terre du lis nous viendroit éclairer.
Cette prédiction sembloit une aventureContre le sens et le discours,N’étant pas convenable aux règles de nature,Qu’un soleil se levât où se couchent les jours.
Anne, qui de Madrid fut l’unique miracle,Maintenant l’aise de nos yeux,Au sein de notre Mars satisfait à l’oracle,Et dégage envers nous la promesse des cieux.
Bien est-elle un soleil ; et ses yeux adorablesDéjà vus de tout l’horizon,Font croire que nos maux seront maux incurables,Si d’un si beau remède ils n’ont leur guérison.
Quoi que l’esprit y cherche, il n’y voit que des chaînesQui le captivent à ses lois ;Certes c’est à l’Espagne à produire des reines,Comme c’est à la France à produire des rois.
Heureux couple d’amants, notre grande MarieA pour vous combattu le sort ;Elle a forcé les vents, et dompté leur furie ;C’est à vous à goûter les délices du port.
Goûtez-les, beaux esprits, et donnez connoissance,En l’excès de votre plaisir,Qu’à des cœurs bien touchés tarder la jouissance,C’est infailliblement leur croître le desir.
Les fleurs de votre amour dignes de leur racine,Montrent un grand commencement ;Mais il faut passer outre, et des fruits de LucineFaire avoir à nos vœux leur accomplissement.
Réservez le repos à ces vieilles annéesPar qui le sang est refroidi ;Tout le plaisir des jours est en leurs matinées ;La nuit est déjà proche à qui passe midi.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources