Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers de circonstance, 1881‑1898

Autres dons de nouvel an

Stéphane Mallarmé· strophes régulières, octosyllabes, 142 vers

Éva, princesse ou métayèreAllumeuse du divin feuEn y posant cette théièreSaura le modérer un peu.

Clair regard furtif sur soi-mêmeCe miroir vous l’enfouirezDans quelque robe rose ou crèmeSitôt vos cheveux admirés.

Cet humble miroir s’ennuyaitDe ne refléter ton visageOu, par la fenêtre, en JuilletQuelque autre moins doux paysage.

Ta lèvre contre le cristalGorgée à gorgée y composeLe souvenir pourpre et vitalDe la moins éphémère rose.

Lilith confie à votre soinCe rejeton qu’elle fit naîtrePour qu’assis en un petit coinAinsi vous revoyiez son maître.

Mon très vieux cœur ne dissimuleIci l’espoir que vous groupiezAu gré de l’une ou l’autre muleLa braise éparse sous vos pieds

Dons de mouchoirs

Acclamez d’un petit bruit d’aileSon nez qui jamais ne prisa,Mouchoirs, sans cacher le fidèleSourire de notre Élisa.

Quand s’approchera de son nezLa batiste qu’elle déploie,Mouchoirs, pour Élisa sonnezToute une fanfare de joie.

Si vous faites naufrage, Élisa tout nous sert,Agitez ces mouchoirs sur un îlot désert.

Celle ici qui ne prisaQue l’amitié simple et francheVeut pour son nezÉlisaUne pure toile blanche

Mieux vaut sécher le coryzaQue des larmes, bonne Élisa

Lisaque votre nez répèteLe salut dans chaque mouchoirD’une impartiale trompetteA l’an qui se lève ou va choir

Quoique à ses pieds une sultaneEnsemble n’en voie autant choirLisa, recevez de StéphaneMallarmé maint et maint mouchoir.

Ces mouchoirs un peu trop donnésLisa souriante sans cesseNe les approchez pas du nezQui manque à la jeune Princesse

Respirer à chaque bouchéeDe ce gâteau qu’on entamaSi l’on ne veut être couchéeAvec du mal à l’estomac

Livres aux Étrennes

Ce poème devenu prose,Comme tout se passe à l’envers !Moi qui devrais pour chaque roseNe vous envoyer que des vers

Sur Pégase si bien en selleOù que vous jette son élanRestez Bibi, MademoiselleJulie, avec le nouvel an

Ici même l’humble greffierAtteste la mélancolieQui le prend d’orthographierJulie autrement que Jolie

Julie ou Bibi du MesnilRêvant à l’endroit nommé cieuxNe méprisez ni le nez ni l’Hommage ému de vieux messieurs.

Le rire trop prompt à se taireDont votre air grave est divertiL’ombrage d’un autre mystèreQue le seul chapeau Liberty.

Celle qui sous le ciel si viteAtteint une exacte hauteur,Fleurit, svelte lys et n’éviteQu’à son pied reste le tuteur.

Sois correct une étude sûreY mène, Jacques, ô farceurTu tireras avec mesureLes cheveux naissants de ta sœur

Jacques le compagnon, superbe, aîné, chasseurNe médis pas du Ciel qui commande : Et ta sœur ?

Je te donne, Jacques, l’amiLes premiers ans de Franc Lamy

L’an a changé de chemiseAinsi dans un geste fierMéry garde la main miseSur tous ses trésors d’hier

Tu changes d’an comme de robeA ta toilette met la mainCe quatre-vingt-seize dont l’aubeN’est pas celle d’un lendemain

Sans les mettre dans vos souliersComme Noël aux châtelainesDéesse, il sied que vous fouliezPlutôt d’un pas nu ces fleurs vaines.

Ne t’inquiète pas ! souciHasard, tout un an je souhaiteQue rien n’étonne ton sourcilVaste comme un vol de mouette

Sois chez Madame NormantPeut-être un parfum qu’elle aimeHumble bouquet ne formantCe souhait que pour toi-même

L’an s’en va quoique Whistler nieOu par Vous on sache oublierSouriregrâceautre génieDe renverser le sablier.

Nos vœuxflûte vaine ou le ventJe les tairaiWhibley préfèreVous veniez joyeuse au devantDu seul souhait que je peux faire

Quelque hiver sur mon front moroseUn flocon de neige crevaQue de l’ongle mutin et roseVous seule dispersez. Éva

Année attends pour y naîtreSes mains réchauffant ton volMadeleine à la fenêtreDu somptueux entresol.

Sourire et jeunes parfumsVous dites très haut : Que n’ai-je ?Et des almanachs défuntsAussi faites une neige.

Qui vogue sur le flots ? ohé !C’est l’Arche de Monsieur Noé.

Roses, je deviens CéladonAux pieds de Madame Redon

Chaque fleur rêve que Madame AliceCazalis va respirer son calice

Je fais ce don, si votre amitié l’accueillaitQue mon sourire ici brille dans chaque œillet

1895.

1894.

1898.

1895.

1896.

1897.

1898.

1889.

1890.

1891.

1892.

1895.

1893.

1895.

1892.

1893.

1895.

1895.

1897.

Versification

Forme
Strophes régulières
Rimes
2(abab)
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a métayère / théière féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquea même / crème féminine, classiqueb l’enfouirez / admirés masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 3.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

142 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers de circonstance, ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, 1920· Sources