Vers de circonstance, 1881‑1898
Dédicaces, autographes, envois divers
Aux encans où l’or aime braire,Le prodigue Darzens a beauS’exténuer comme un libraireJe lui signe, moi, ce Corbeau.
Mes vers joyeux dans tout ceciDe briller par l’or de ta rente,O Rodolphe Darzens merci,Te proclament un des Quarante.
Paon, je n’aurais pas osé croireQue cet été-ci m’octroyâtO délice mieux que la gloireDe porter ce livre à Royat.
Paon, du souci qui m’éloignaitJe suis quitte aujourd’hui Dimanche,Et je vous baise le poignetSi vous écartez votre manche.
Muse, qui le distinguas,Si tu savais calmer l’ireDe mon confrère Degas,Tends-lui ce discours à lire.
Louÿs ces vers recopiésO svelte enchantement, la StanceFleurit et rit mieux de ses piedsQue dans une autre circonstance.
Louÿs, ta main frappe auSépulcre d’Edgar Poe.
Sois, Louÿs, l’aile qui propagesA quelque altitude ces Pages.
Attendu qu’elle y met du sienVous feuillets de papier frigideExaltez moi musicienPour l’âme attentive de Gide.
O Muse pas plus au jardinNatal tu n’es ensevelieQue chez le très cher Frantz JourdainIl lit les vers et les relie.
Vous me prêtâtes une ouïeFameuse et le temple ; si duSoir la pompe est évanouieEn voici l’humble résidu.
Livre, fusses-tu somnifèreNe change en Belle au bois dormantCelle qui ne saura mieux faireQue rester Madame Normant.
Exultez le temps mes versQue vous accorde une œilladeBénigne et pas de traversLe princier Laurent Tailhade.
Mars vient ou tantôt pleut et neigeLa lune au carreau minaudaitJ’écris avec le privilègeDe Madame Alphonse Daudet.
Gracieuseté touchanteQue soit gardé comme sienCe livre qui tout bas chantePar Fabre, musicien.
Offre à sa vision amie un promenoirMainte Page du livre illustré par Renoir
Livre tu t’en vas parmiLes nymphes chez Franc Lamy.
Amusez-vous du Conte ArabeMoi, me voici devenu crabe.
O fin de siècle, Hiver ! qui truquesTout, excepté le sentiment,J’aime quand tu mets gentimentAux camélias des perruques.
Scribe élégant mais trahi, j’enRessens du noir et le triture,Et montre pour vous ici, JeanAjalbert, ma vraie écriture.
Fortune, entre les hourisPour le seul rimeur salaudeBientôt si tu me sourisJ’irai voir Monsieur Grosclaude
Si l’on baille ainsi souventDe matines jusqu’à laudesC’est que dans notre couventSe trouvent peu de Grosclaudes.
Golconde illumina toute l’Inde, mais l’AudeA Carcassonne ; ici je rencontre Grosclaude.
Lettre, il faut que tu t’antidatesPour ne trop tard conter qu’on n’estAvec ou sans caisse de dattesPas plus charmant que Baronet
J’ai misma chatte ronronnaitCe mot pour le cher Baronet.
J’ai mis.que n’est-ce dans l’airainCe mot au cher chanoine Rain.
J’ai misAquilon sois clémentCe mot-ci pour Pierre Normant.
Je discomme gentlemanSpeakerA Monsieur Metman.
Le pleur qui chante au langageDu poète, ReynaldoHahn tendrement le dégageComme en l’allée un jet d’eau.
Il obtient ce Charles MoricePar les appartements diversQu’un plafond seul n’endolorisseL’aile qui lui dicte ses vers.
Nom comme pour étincelerAux immortels dos de basaneTard avec mon laisser allerJe vous salue, Octave Uzanne.
Un rêve m étreint sous sa griffeEt j’ai, toujours sans dormir beauCajoler ce vain hippogriffeIl m’éloigne des chers Mirbeau.
Quelque an vierge se fait attendreDécembre seul cessevoiciQue j’embrasse comme pain tendreLes deux bonnes gens de Poissy.
Le doigt levant une tentureDe soie heureuse ou de damasJ’écoute la bonne aventureQue vous chuchote ce Christmas.
J’atteste ici pour votre œil enchantéQue James est en parfaite santé.
Avant que six heures ne sonneA la gaîne du corridorJ’apparaîtrai chez la personneQui porte une coiffure d’or
Feuilletez, et l’un comme l’uneAvouez que je m’y connais,Moi, personne peu clair de luneEn très-vieux albums japonais.
Vous n’avez pas su nosExclamations : Qu’est-ce ?Avant tant de pruneauxSavourés dans leur caisse.
N’allez pas, je le dis en vers,Éva, rose qu’on ne cueilleRegarder la vie à traversLa fumée acre du Bird’seye.
Tout en les éternisantBracquemond ici fait vivreLes traits d’Alidor DelzantA nous ouvert comme un livre
J’ai comme on se livre à des vinsPuissants, négligé maint vieux tomeAvec les roses de ProvinsQue me donne Louis Antheaume.
Contre de l’huile de marsouinOu même un peu de goudron, vais-jeExporter par un touchant soinMes deux fillettes en Norvège ?
Aujourd’hui ce militaireProdigue les noms de nomsVerbalise et réitèreQu’à dîner nous vous tenons.
Pleureur moins que chantant victoireCe toast venu d’un du old staffExprime que j’aimerais boireAvec tous et même être paf.
Ma sagesse vis-à-visDe vous les deux se condenseToute en ce nouvel avisRiez et même qu’on danse.
Montargis, séjour, au buffetDe qui le ciel à flots s’épancheJe mets comme le chien eût faitMon museau sur votre main blanche
Au solennel champ de bléQuand la brise se dérouleSourit l’espoir assembléDe pain pour toute la foule
Notre ami Monsieur de JouySur qui les ans ne peuvent mordre,O mes chers hôtes ! qu’ai-je ouï,Est nommé Conseiller de l’Ordre
Tant que tarde la saisonDe juger ce qu’on fait rance,Je voudrais à sa maisonRendre cette conférence.
Orateur, comme à mes débutsVous tendîtes un charmant piège !Je rêvai, je parlai, je busAvant que d’endoctriner Liège.
Amandine envers vous ou JeanneComme je me sens endettéQue nul de mes vers n’enrubanneL’Ouvreuse du Cirque d’Été.
Sur des livres de prières
Ceci, Seigneur, est mon livre de messeOù je vous nomme et vous prie en latinAfin qu’au ciel, dont je fus la promesseTriomphe tard mon regard enfantin.
Pieux livre qui ne sermonneMais il dit : Priez et joignezVos mains de petite SimoneVers les cieux jamais éloignés.
Ployé devant la Vierge élueUn ange autrefois la priaAvec ces mots je vous salueMarie, en latin Maria.
Mon regard songeur au-dessusDu saint texte qu’il abandonnePour séduire l’enfant JésusJe lève un profil de madone.
C’était un très bon petit chatJoueur à la prunelle bleueIl n’en voulait pas, qu’on marchâtUn peu brusquement sur sa queue.
L’une au bois accompagnant l’autrePrincess, je crois que vous menezEn l’absence exquise du vôtreMadame Laurent par le nez.
Le petit SaladinDevient un citadin
Toi qui soulages ta tripeTu peux dans cet acte obscurChanter ou fumer la pipeSans mettre tes doigts au mur
Polichinelle danse avec deux bosses, maisL’une touche le sol et l’autre l’Empyrée :Par ce double désir âme juste inspirée,Vois-le qui toujours tombe et surgit à jamais.
… Ainsi qu’une fontaine à la fois gaie et noireÉtincelle de feux, se cache sous le pinCoule et veut être celle où la brise ira boire,Un sanglot noté par Chopin.
Ici le feu pour renaîtreTantôt durable ou charmantComme l’amitié du maîtreMêle le chêne au sarment.
Ci-gît le noble vol humainCendre ployée avec ces livresPour que toute tu la délivresIl faut en prendre un dans ta main.
Musique dedans endormieIl suffit pour te rendre aux cieuxQue la lèvre de cette amieOuvre son baiser gracieux
Quand au dining car dîne AliceQu’elle penche son front têtuSur ce petit livre vêtuTout de rouge cardinalice
Nous tous, la rue avec les numéros —Et d’autres noms que ta pudeur reculeWilly Ponsot, tendre et discret hérosA marquer mieux que parla majuscule
Cousin Victor MargueritteSonge à moi dans ta guérite
O Victor, nous extravaguonsQue tu sois parmi les dragons
Un appétit d’alligatorUne force de jeune butorUn chapeau en poils de castorAvec une voix de stentorC’est tout craché Monsieur Victor
Ayez l’authenticité d’un chèqueTous mes chers souhaits de Tan pour Becque
Mademoiselle MorenoVenez ici même en traîneau
Que ce cher Monsieur Marcel SchwobÉperonne vers nous son cob
Ma sympathie anticipaSur notre rencontre Cipa
Je crois bien que dans ce temps-ciIl n’est de bonté qu’à Nancy
Alice Lavigne, ô grappe folle ! est la vigneQui nous fait oublier Casimir Delavigne
Les demoiselles CazalisL’autre une rose et l’une un lys.
Mignonne, sachez que même pour plaireEn tant que la Lune, il faut rester Claire.
Je vous rends, Claire de ParisLe filet, mais j’y reste pris.
Je souhaite que ce buvardSous tes doigts devienne bavard
Avant l’aube si tu m’enCrois, écris à ta maman.
J’ajoute mon souhait, voilàLequel : Écris peu, mais sois là
Il ne faut pas serrer les nœuds de ton hymenAvant d’avoir passé le sinistre examen.
Tends-nous aujourd’hui comme joueCette rose où l’aube se joue.
Je n’ai de rêve que selonLes images de Madelon
Ce que votre sourire avec grâce rêvaVous l’avez dans Willie ainsi que dans Éva.
A la propension bachiqueChez Willy, succède la chique.
Monsieur Kinon je suis trop hommeDe goût pour dédaigner la pomme.
Reçois à ciel ouvert, foin du qu’en dira-t-on !Les vives amitiés de Monsieur Miraton.
Belle, ne laissez jamais choirDe larmes sur ce fin mouchoir.
Son doux œil est agrandiAprès le cherry-brandy.
A tant manger, je seraisNon Diane, mais Cérès.
J’ai cueilli, pour que tu me crussesGalant, ces violettes russes.
J’ai mal à la dentD’être décadent !
Elle a ce mignon traversDe comprendre un peu mes vers.
Voici pour que vous chantiezCes vers de petit rentier.
Votre voix unira nosSonges et les pianos.
Ce point, Dujardin, on le metAfin d’imiter un plumet.
Salut ô passant qui te fichesDe lire en été les affiches !
Quand je passe qui rit àMes caresses, toi, Rita
L’oncle de Vèvette et TitiLeur semble un très-vieux ouistiti.
Je garde pieux sur ma trogneCe baiser qui vient de Pologne.
Je ferais même à quatre pattesLe voyage des monts Carpathes.
Pas au hasard, en s’informantVoyage Madame Normant.
La lune argenté sur le môleJulie et Jeannie avec Paule.
Chaque autre fleur ne saurait méconnaîtreQue Missia fit gentiment de naître.
Que de bonté dans son calice abriteNotre lointaine et tendre Marguerite.
1890.
1888.
1895.
1873.
1892.
1897.
1896.
1895.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 35((aa))
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a braire / beau masculine, classiqueb libraire / Corbeau féminine, non classiquea ceci / rente masculine, classiqueb merci / Quarante féminine, classiquea croire / m’octroyât masculine, classiqueb gloire / Royat féminine, classiquea m’éloignait / Dimanche masculine, classiqueb poignet / manche féminine, classiquea distinguas / l’ire masculine, classiqueb Degas / lire féminine, non classiquea recopiés / Stance masculine, classiqueb pieds / circonstance féminine, classiquea au / Poe masculine, classiquea propages / Pages féminine, classiquea sien / frigide masculine, classiqueb musicien / Gide féminine, classiquea jardin / ensevelie masculine, classiqueb Jourdain / relie féminine, classiquea ouïe / du masculine, classiqueb évanouie / résidu féminine, classiquea somnifère / dormant masculine, classiqueb faire / Normant féminine, classiquea vers / œillade masculine, classiqueb travers / Tailhade féminine, classiquea neige / minaudait masculine, classiqueb privilège / Daudet féminine, classiquea touchante / sien masculine, classiqueb chante / musicien féminine, classiquea promenoir / Renoir masculine, classiquea parmi / Lamy féminine, classiquea Arabe / crabe masculine, classiquea truques / sentiment féminine, classiqueb gentiment / perruques masculine, classiquea j’en / triture féminine, classiqueb Jean / écriture masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
329 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers de circonstance, ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, 1920· Sources