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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Autres poèmes, 1895

Ïambes

(Variantes D’Adrastée, Neue rheinische Zeitung de 1850)

Louis Ménard· 26 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 104 vers

Quand le jour espéré,‖ le jour inévitableDes justes expiationsViendra pour balayer‖ une race coupableAu vent des révolutions ;

Alors, tous les pleureurs‖ qui parlent de clémence.Ceux à qui le bourreau fait peur,Ceux pour qui la justice‖ est colère et vengeance,Le crime faiblesse et malheur.

Reviendront nous crier‖ que la peine est impie,qu’il faut pardonner, non punir.Et, quand le sang versé‖ veut du sang qui l’expie,on parlera de repentir.

Déesse qu’invoquaient‖ les siècles forts et rudes,Par qui tout meurtre était vengé,O Sainte Némésis,‖ vois nos décrépitudes,Ton glaive en férule est changé.

Philosophes profonds,‖ déclamateurs sublimesQui jetez un regard d’amourSur l’assassin maudit,‖ que le sang des victimesSur vous retombe aux derniers jours.

Pas de grâce, pensons‖ à la mort de nos frères,A tant de maux inexpiés,Et que leur souvenir‖ en profondes colèresTransforme les lâches pitiés

Pensons aux jours de sang,‖ de pillage et de ruineOù dans nos faubourgs bombardésLe canon répondait‖ aux cris de la famineA nos murs de sang inondés.

Au viol impur, souillant‖ la vierge à l’agonieQui lutte et maudit sa beauté.Quand sur les corps sanglants‖ aux râlements unieHurle l’immonde volupté ;

Aux vaincus désarmés‖ dont la foule sanglanteSous le feu se crispe et se tord ;Le sang ruisselle a flots‖ sur la chair pantelante.Cris de meurtre et plainte de mort !

Aux applaudissements‖ des femmes, sur les places.Les corps tombèrent par milliers.Et quand les massacreurs‖ dont les mains étaient lassesEurent tué trois jours entiers.

Vous couronniez leur fronts,‖ et vos femmes si fièresBattaient des mains et croyant voirCes cosaques sanglants,‖ chers jadis à leurs mèresAgitaient vers eux leur mouchoir.

Et puis le lendemain‖ de la victoire impie,La hideuse délation.Après l’assassinat,‖ la froide calomnie,L’implacable proscription ;

Puis les cachots sans air,‖ dont les voûtes obscuresDes mourants étouffaient les crisOù les bourreaux rouvraient‖ les récentes blessuresEt broyaient les membres meurtris.

Oh qu’ils ont bien d’avance‖ absous nos représailles !Quand nos bras seront déchaînés.Pensons aux morts : il faut‖ de grandes funéraillesA nos frères assassinés.

A notre tour enfin,‖ à vous d’abord, nos maîtres,Nos représentants, nos élus.Vil troupeau d’assassins,‖ de lâches et de traîtres,A genoux ! malheur aux vaincus !

Le jour de la justice‖ est venu, pas de grâce,Ni prières ni repentirsNe vous empocheront‖ de baiser chaque placeOù coula le sang des martyrs.

Toi, l’aveugle Instrument‖ de leur froide colère.Vis, d’exécration chargé ;Pourvu qu’à ton chevet‖ le spectre de ton frèreSe lève, le Peuple est vengé.

Vous qui nés dans nos rangs‖ avez trahi vos frères,des Peuples éternels fléaux.Du pouvoir qui vous paie‖ implacables sicaires,Esclaves, valets de bourreaux.

Et vous, vils trafiquants,‖ race basse et rampante,Qui, dans ces jours maudits, alliezSoûlant d’or et de vin‖ la horde rugissanteDes égorgeurs stipendiés.

Loin d’ici, vous souillez‖ l’air pur de la patrie !Déjà, terrible et menaçantLe Peuple est la qui veille ;‖ oh fuyez, qu’il oublieQue le sang seul lave le sang.

Pour moi, si j’ai rêvé‖ le sceptre et la puissance.C’est pour le bonheur de tenirL’impassible couteau‖ de la sainte vengeance,Et le droit sacré de punir.

Mais au crime partout‖ j’égalerais la peine ;Le crime est prompt, le remords lent.Et souvent l’assassin‖ ronge et brise sa chaînePendant que la victime attend.

J’irais sur le cadavre‖ épeler les tortures :Au jour de l’expiation.Œil pour œil, dent pour dent,‖ blessure pour blessure.L’antique loi du talion.

Et je voudrais aussi‖ secouant la poussièreDes siècles dans l’oubli plongés.Évoquer leur douleur‖ muette, et satisfaireTous les morts qu’on n’a pas vengés.

Car l’expiation‖ est chose grande et sainte,Et comme un reproche éternelLes douleurs sans vengeance‖ élèvent une plainteQui monte de la terre au ciel.

Et de peur qu’il fut dit‖ que cette loi suprêmePut être oubliée une fois,Pour absoudre le ciel,‖ l’homme a cru que Dieu-mêmeDut expirer sur une croix.

Versification

Forme
26 quatrains (quatrains)
Rimes
26(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (52 de 8, 52 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
26 quatrains
Mots à la rime
a inévitable / coupable féminine, classiqueb expiations / révolutions masculine, classiquea clémence / vengeance féminine, classiqueb peur / malheur masculine, classiquea impie / l’expie féminine, classiqueb punir / repentir masculine, classiquea rudes / décrépitudes féminine, classiqueb vengé / changé masculine, classiquea sublimes / victimes féminine, classiqueb d’amour / jours masculine, non classiquea frères / colères féminine, classiqueb inexpiés / pitiés masculine, classiquea ruine / famine féminine, classiqueb bombardés / inondés masculine, classiquea l’agonie / unie féminine, classiqueb beauté / volupté masculine, classiquea sanglante / pantelante féminine, classiqueb tord / mort masculine, classiquea places / lasses féminine, classiqueb milliers / entiers masculine, classiquea fières / mères féminine, classiqueb voir / mouchoir masculine, classiquea impie / calomnie féminine, classiqueb délation / proscription masculine, classiquea obscures / blessures féminine, classiqueb cris / meurtris masculine, classiquea représailles / funérailles féminine, classiqueb déchaînés / assassinés masculine, classiquea maîtres / traîtres féminine, classiqueb élus / vaincus masculine, classiquea grâce / place féminine, classiqueb repentirs / martyrs masculine, classiquea colère / frère féminine, classiqueb chargé / vengé masculine, classiquea frères / sicaires féminine, classiqueb fléaux / bourreaux masculine, classiquea rampante / rugissante féminine, classiqueb alliez / stipendiés masculine, classiquea patrie / oublie féminine, classiqueb menaçant / sang masculine, non classiquea puissance / vengeance féminine, classiqueb tenir / punir masculine, classiquea peine / chaîne féminine, classiqueb lent / attend masculine, classiquea tortures / blessure féminine, non classiqueb l’expiation / talion masculine, classiquea poussière / satisfaire féminine, classiqueb plongés / vengés masculine, classiquea sainte / plainte féminine, classiqueb éternel / ciel masculine, classiquea suprême / Dieu-même féminine, classiqueb fois / croix masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

104 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Rèveries d’un Paien mystiqe, Paris, Librairie de "l’ART NDÉPENDANT", 1995· numérisation poesies.net· Sources