Contes Épiques, 1876
Les Fils Des Anges
Un jour, les fils du Ciel,‖ bravant la règle austère,S'unirent clandestins‖ aux filles de la Terre,Pendant que celles-ci‖ dormaient leur doux sommeil.
« Qui nous à mis, Seigneur,‖ ces flammes de soleilEt ces nimbes parmi‖ nos longues chevelures ?Quels étaient ces baisers‖ chauds comme des brûluresQue la nuit chaste a vus‖ se poser sur nos fronts ?C'est d'un mal inconnu,‖ divin, que nous souffrons,Et nous n'avons jamais‖ été comme nous sommes. »Ainsi dirent tout bas‖ les épouses des hommes,Le matin, en peignant leurs cheveux.
Et depuis,On les voyait rester‖ longtemps autour des puits,Immobiles, avec‖ la cruche de grès roseA l'épaule, disant‖ parfois : « C'est une choseGrave ! » et se concertant‖ jusqu'au soleil couché ;Hélas ! pendant la nuit‖ du mystique péché,Elles avaient conçu‖ sous le baiser des Anges !
« Holà ! femmes, voici‖ des rejetons étranges,Crièrent les époux‖ quand les fils furent nés,Et c'est mal à propos‖ que vous nous les donnez.Leur front a des lueurs‖ d'étoile qui se lève ;Leur œil jette l'éclair‖ comme l'acier du glaiveQue les jeunes guerriers‖ portent pour le combat ;Une aile impatiente‖ et grand ouverte batLeurs flancs, aile de cygne‖ ou de colombe ou d'aigle !Et quand leur chevelure‖ ardente se dérègle,C'est comme un bélier d'or‖ secouant sa toison !Voici le déshonneur‖ entré dans la maison ;Mais d'où qu'il soit venu,‖ nous voulons qu'il en sorte.Nous ne fîmes jamais‖ enfants de cette sorte,Les nôtres sont cagneux,‖ bossus, ils ont le piedDe travers et les yeux‖ sans flammes, comme il siedAux légitimes fils‖ des honnêtes familles. »
Là-dessus les époux‖ firent venir les fillesQue l'esclavage courbe‖ aux travaux les plus vils,« Vous allez emporter‖ ces bâtards, dirent-ils.Vous les exposerez‖ loin de toute citerne,Dans un bois que le cri‖ des lionnes consterne,Sans eau, sans fruits, sans pain,‖ et si l'un d'eux survit,Un seul ! vous périrez toutes. »
Alors on vitLes servantes verser‖ des larmes sur les langesEn emportant les fils‖ adorables des Anges !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a austère / Terre féminine, classiqueb sommeil / soleil masculine, classiqueb chevelures / brûlures féminine, classiquec fronts / souffrons masculine, classiqued sommes / hommes féminine, classiquea cheveux / depuis / puits masculine, classiqueb rose / chose féminine, classiquec couché / péché masculine, classiqued Anges / étranges féminine, classiqueb nés / donnez masculine, classiquec lève / glaive féminine, classiqued combat / bat masculine, classiquee d'aigle / dérègle féminine, classiquef toison / maison masculine, classiqueg sorte féminine, classiqueh pied / sied masculine, classiquei familles / filles féminine, classiqueb vils / dirent-ils masculine, classiquec citerne / consterne féminine, classiqued survit / toutes / vit masculine, classiqueb langes / Anges féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Conts épiques, Paris, Paul Ollendorf, 1885· numérisation poesies.net· Sources