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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Triolets des Parisiennes de Paris, 1900

Triolets des belles mortes ou des mortes d’amour

Albert Mérat· 8 triolets, octosyllabes, 64 vers

Elles fleurissaient de mon tempsEt c'étaient les belles des belles,Voici plus de quelques instants ;Elles fleurissaient de mon temps.Leur grâce, honneur de mes vingt ans,Ne connut pas de cœurs rebelles.Elles fleurissaient de mon tempsEt c'étaient les belles des belles.

La mort, épargnant la beauté,A pris beaucoup de ces chéries ;Comme on fauche les fleurs d'étéLa mort épargne la beauté.Trop, hélas ! n'ont pas hésité :Plutôt éteintes que flétries !La mort épargnant la beauté,A pris beaucoup de ces chéries.

Eurent-elles tort, celles-làQui nous firent beaucoup de peine ?L'oiseau qu'on aime s'envola.Eurent-elles tort, celles-là ?Mineur de la sonate en la,Mélancolique cantilène !Eurent-elles tort, celles-laQui nous firent beaucoup de peine ?

Mourir, durer, lequel vaut mieux ?Partir par un coup de folie,Dans sa gloire fermer les yeux ?Mourir, durer, lequel vaut mieux ?Sans l'horreur des derniers adieux,Avec des fleurs comme Ophélie !Mourir, durer, lequel vaut mieux ?Partir par un coup de folie !

Avec la fraise de son sein,Avec la rose de sa boucheQui souffle un souffle pur et sain ?Avec la fraise de son sein ?Pour rien, sans un autre desseinQue d'éviter l'âge farouche.Avec la fraise de son sein,Avec la rose de sa bouche.

Car le temps est vil et cruel :Il maltraite, blesse, estropieLa jeunesse qui vaut le ciel.Car le temps est vil et cruel.Aux beaux cheveux d'ambre et de mielIl mêle un jour sa neige impie.Car le temps est vil et cruel :Il maltraite, blesse, estropie.

Offensant ce qui nous est cher,Il ose un jour tracer des ridesSur la merveille de la chair,Offensant ce qui nous est cher.Il flétrit le sourire clairDe ses froides lèvres arides.Offensant ce qui nous est cher,Il ose un jour tracer des rides.

Que seraient-elles aujourd'huiLes belles qui tenaient nos âmesQuand leurs regards nous avaient lui ?Que seraient-elles aujourd'hui ?Vivre encore leur aurait nui,Mortes charmantes, pauvres femmes !Que seraient-elles aujourd'huiLes belles qui tenaient nos âmes ?

Versification

Forme
8 triolets (strophes variées)
Rimes
8(ABaAabAB)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
8 triolets
Mots à la rime
a temps / instants masculine, classiqueb belles / rebelles féminine, classiquec temps / ans masculine, classiquea beauté / d'été masculine, classiqueb chéries / flétries féminine, classiquec beauté / hésité masculine, classiquea celles-là / s'envola masculine, classiqueb peine / cantilène féminine, classiquec celles-là / la / celles-la masculine, classiquea mieux / yeux masculine, classiqueb folie / Ophélie féminine, classiquec mieux / adieux masculine, classiquea sein / sain masculine, classiqueb bouche / farouche féminine, classiquec sein / dessein masculine, classiquea cruel / ciel masculine, classiqueb estropie / impie féminine, classiquec cruel / miel masculine, classiquea cher / chair masculine, classiqueb rides / arides féminine, classiquec cher / clair masculine, classiquea aujourd'hui / lui masculine, classiqueb âmes / femmes féminine, classiquec aujourd'hui / nui masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Triolets des Parisiennes de Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1900· numérisation wikisource.org· Sources