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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres posthumes, 1900‑1910· Avant la commune

Chanson des flots

Louise Michel· septains, octosyllabes, 85 vers

I

L’Océan mugit et palpiteDans le vaste abîme des eaux,Et plus largement et plus viteLes fleuves courent vers les flots ;Du fond de la mer haletanteSortent de longs mugissements,Avec ces râles d’épouvante,Ô mer, pleures-tu tes enfants ?

Racontes-tu, mère géante,Comment tes fils des premiers joursOnt soulevé leur chair vivanteDans les éléments en amours ?Comment, dans les chaleurs énormes,Parurent les étranges formesDes monstres effrayants et lourds ?

II

La mer monte, le flot s’élève ;C’est l’heure où s’éteint le couchant,L’heure de la nuit et du rêveOù parlent les flots et le vent.D’hier ou bien des jours sans nombre,Voici tout le passé dans l’ombre,Tout, sans cesse, se transformant.

Voici la terre à son aurore,Ainsi qu’un soleil flamboyant ;Sur le cratère ardent encore,Le premier archipel flottant,Qui, sous la noirâtre buée,Entre la flamme et la nuée,Émerge pour l’effondrement.

Comme au four du potier l’argile,Les monstres au granit pareils,Les rochers, le sable fragile,Fondent, redevenant vermeils ;Les océans, coupes trop pleines,Se versent, recouvrant les plaines ;Tous les cratères sont soleils.

Enfin la plante ouvre la terreEt les grands monts sont soulevés,Jetant sur le fauve repaireLeurs abîmes bouleversés.Tout se dévore ! êtres et mondesEmplissent de gueules immondesLes continents bouleversés.

Enfin, les éléments s’apaisent ;Le sol mouvant peut s’affermir.Dans les tourmentes qui se taisent,Des races vont croître et mourir.À peine si, parfois encore,On voit à quelque rouge auroreLes vieux rivages s’engloutir.

Comme sur le hêtre ou le chêne,Par anneaux on compte les ans,Le sol a la trace lointaineDe tous ces profonds changements.Toujours, toujours les vastes ondes,Les antres, les forêts profondes,Fourmillent d’êtres dévorants.

Cependant, à chaque naufrage,Le progrès grandit lentement ;Et toujours on va d’âge en âgeÀ quelque épanouissement.On n’est rien que la brute humaine ;Mais la race haute et sereineAura son accomplissement.

Avant que la terre ne meure,L’homme qui nous succéderaTransfigurera sa demeure ;La nature le servira.Ère de héros, de poètes,Pour eux, au milieu des tempêtes,Tout élément travaillera.

III

Les gouttes d’eau sont bien des mondes,Elles ont leurs monstres flottants.Qui connaît leurs aurores blondes ?Qui sait leurs combats de géantsEt les splendeurs que la natureProdigue dans la moisissureQui leur forme des continents ?

Grondez, grondez, flots monotones !Passez, passez, heures et jours !Frappez vos ailes, noirs cyclones !Ô vents des mers, soufflez toujours !Emportez, houles monotones,Hivers glacés, pâles automnes,Et nos haines et nos amours !

Versification

Forme
Septains
Rimes
1(ababcdcd) 10(ababccb) 1(ababaab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
11 septains, 1 huitain
Mots à la rime
a palpite / vite féminine, classiqueb eaux / flots masculine, classiquec haletante / d’épouvante féminine, classiqued mugissements / enfants masculine, classiquea géante / vivante féminine, classiqueb jours / amours / lourds masculine, classiquec énormes / formes féminine, classiquea s’élève / rêve féminine, classiqueb couchant / vent masculine, classiquec nombre / l’ombre féminine, classiqued transformant / flamboyant masculine, classiquea aurore / encore féminine, classiquec flottant / l’effondrement masculine, classiqued buée / nuée féminine, classiquea l’argile / fragile féminine, classiqueb pareils / vermeils / soleils masculine, classiquec pleines / plaines féminine, classiquea terre / repaire féminine, classiqueb soulevés / bouleversés masculine, classiquec mondes / immondes féminine, classiquea s’apaisent / taisent féminine, classiqueb s’affermir / mourir / s’engloutir masculine, classiquec encore / aurore féminine, classiquea chêne / lointaine féminine, classiqueb ans / changements / dévorants masculine, classiquec ondes / profondes féminine, classiquea naufrage / âge féminine, classiqueb lentement / épanouissement / accomplissement masculine, classiquec humaine / sereine féminine, classiquea meure / demeure féminine, classiqueb succédera / servira / travaillera masculine, classiquec poètes / tempêtes féminine, classiquea mondes / blondes féminine, classiqueb flottants / géants / continents masculine, classiquec nature / moisissure féminine, classiquea monotones / cyclones féminine, classiqueb jours / toujours / amours masculine, classiquec monotones / automnes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

85 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres posthumes, Alfortville, Librairie internationaliste, 1900-1910· numérisation Bibliothèque numérique romande· Sources