Œuvres posthumes, 1900‑1910· Avant la commune
Rouget de Lisle
Passons, passons les mers,‖ passons les noirs vallons,Passons ! que les blés mûrs‖ tombent dans les sillons !
Dans le Champ de Mars solitaire,La grande foule arrive à flots ;L’image d’un homme de guerreSe dresse à l’ombre des drapeaux.Comme le vent frémit dans l’arbre,Un souffle passe sur les fronts,Dans l’air, sur la cime des monts,C’est la voix du soldat de marbre.
Passons, passons les mers,‖ passons les noirs vallons,Passons ! que les blés mûrs‖ tombent dans les sillons !
Cette voix, c’est la Marseillaise,Bouche d’airain, souffle de feu :La Révolution françaiseQui frémit et gronde en tout lieu.Ce soldat, c’est Rouget de Lisle !Il n’eut jamais de monumentPour que son ombre allât, errantDans l’air et sur le flot mobile.
Passons, passons les mers,‖ passons les noirs vallons,Passons ! que les blés mûrs‖ tombent dans les sillons !
L’heure du triomphe est venue,Il faut que, fantôme ou vivant,Il apparaisse sous la nue,Disant : « Peuple, sois fort et grand !Plus de larmes, le monde est libre,L’esclavage s’est effacé.Car la Marseillaise a passéDe l’Orénoque jusqu’au Tibre. »
Passons, passons les mers,‖ passons les noirs vallons,Passons ! que les blés mûrs‖ tombent dans les sillons !
Paris, 1865.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 3{1(aa) 1(ababcddc)} 1(aa)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (24 de 8, 8 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 4 distiques, 3 huitains
- Mots à la rime
- a vallons / sillons masculine, classiquea solitaire / guerre féminine, classiqueb flots / drapeaux masculine, classiquec l’arbre / marbre féminine, classiqued fronts / monts masculine, classiquea Marseillaise / française féminine, classiqueb feu / lieu masculine, classiquec Lisle / mobile féminine, classiqued monument / errant masculine, classiquea venue / nue féminine, classiqueb vivant / grand masculine, classiquec libre / Tibre féminine, classiqued effacé / passé masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres posthumes, Alfortville, Librairie internationaliste, 1900-1910· numérisation Bibliothèque numérique romande· Sources