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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres posthumes, 1900‑1910· Avant la commune

Sylva

Louise Michel· quatrains, octosyllabes et pentasyllabes, 63 vers

À ceux de la Haute-Marne.

Il est nuit, la lune se lève ;Dans l’ombre montent des concerts ;Le vent agite comme un rêveLa cime des peupliers verts.

Des chemins creux et des ravinesSortent de naïves chansons,Et dans la mousse des ruinesBruissent des chœurs de grillons.

De la profondeur des feuillées,Le rossignol, à pleine voix,Lance des notes par voléesSous la voûte ombreuse des bois.

Rossignols et brises,Fleurs d’or, mousses grises,Lierre verdoyant,C’est fête dans l’herbe ;L’été fait sa gerbe,Chantez doucement.

Bientôt toutes les herbes follesTomberont devant les faucheurs ;Peur eux sont les fraîches corollesComme l’oiseau pour les chasseurs.

Sous les grands hêtres, sous les chênes,On entend un crépitement :C’est la sève qui, dans leurs veines,Circule et bout comme du sang.

La nuit, la bête est moins timide ;Et la biche, au bord de l’étang,Les pieds légers dans l’herbe humide,Va boire avec son jeune faon.

Elle reverra cette riveQuand on sonnera l’hallali !Son sang coulera, source vive,Sous le couteau d’acier poli.

Rossignols et brises,Fleurs d’or, mousses grises,Lierre verdoyant,C’est fête dans l’herbe ;L’été fait sa gerbe,Chantez doucement.

Dans un trou, sous la roche sombre,La louve allaite ses petits ;Elle les fait cacher dans l’ombre !Les chasseurs fouillent tous les nids.

Elle sait qu’on poursuit sa race,Sans savoir pourquoi, toutefois,Ni pourquoi, quand l’hiver nous glace,La faim chasse le loup des bois.

Triste, la bête se lamente ;Elle hurle, et ses petits, tremblants,Innocents de l’œuvre sanglante,Poussent de longs gémissements.

Pleurent-ils l’étrange natureQui fait tout vivre de la mort ?Chaque être n’est qu’une pâture,Et tout subit le même sort.

Rossignols et brises,Chantez doucement ;Fleurs d’or, mousses grises,Coteau verdoyant,C’est fête dans l’herbe ;L’été fait sa gerbe.Chantez doucement.

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
11(abab) 2(aabccb) 1(ababccb)
Mètre
Octosyllabes et pentasyllabes (44 de 8, 19 de 5)· profil 5, 8
Strophes
11 quatrains, 2 sizains, 1 septain
Mots à la rime
a lève / rêve féminine, classiqueb concerts / verts masculine, classiquea ravines / ruines féminine, classiqueb chansons / grillons masculine, classiquea feuillées / volées féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea brises / grises féminine, classiqueb verdoyant / doucement masculine, classiquec l’herbe / gerbe féminine, classiquea folles / corolles féminine, classiqueb faucheurs / chasseurs masculine, classiquea chênes / veines féminine, classiqueb crépitement / sang masculine, non classiquea timide / humide féminine, classiqueb l’étang / faon masculine, non classiquea rive / vive féminine, classiqueb l’hallali / poli masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb petits / nids masculine, classiquea race / glace féminine, classiqueb toutefois / bois masculine, classiquea lamente / sanglante féminine, classiqueb tremblants / gémissements masculine, classiquea nature / pâture féminine, classiqueb mort / sort masculine, classiqueb doucement / verdoyant masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

63 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres posthumes, Alfortville, Librairie internationaliste, 1900-1910· numérisation Bibliothèque numérique romande· Sources