Œuvres, 1890· Poésie
La Reine De Saba
Sur les monts du Seigneur‖ blancs de clartés lustrales,Loin des palais souillés‖ de trésors et de vins,Ivre de nuit et de‖ tristesses sidéralesLe Roi songe et s’exile‖ en des déserts divins.
Là-bas, parmi les blés,‖ les palmes et les vignes,La ville des guerriers‖ dort son sommeil brutal ;Et des vaisseaux vainqueurs,‖ calmes comme des cygnes,Font glisser sur les eaux‖ de l’Océan natal
Leur carène gardant‖ des princesses captives ;Dans des plaines de fleurs‖ vaguent de doux bergersEt, sous le ciel troublé‖ d’étoiles fugitives,Des amants puérils‖ veillent dans les vergers.
Le Roi, fuyant les beaux‖ jardins des amoureusesEt les riches pays‖ où triomphe l’été,Regarde au loin vers des‖ planètes douloureusesQui pleurent dans la nuit‖ leurs larmes de clarté.
« Autrefois, autrefois,‖ à genoux dans ces herbes,O mon Dieu ! j’ai levé‖ les yeux vers les cieux froids ;J’ai commis le péché‖ des prières superbes,Et depuis lors je suis‖ le Sage entre les rois.
« De funèbres moissons‖ s’entassent dans mes grangesEt j’ai cueilli les fruits‖ amers des bois maudits,Et j’ai livré bataille‖ aux terribles archangesDevant la porte d’or‖ des profonds paradis.
« Et maintenant que du‖ pays des aromatesJe l’entends accourir‖ par delà l’horizon,Celle qui lavera‖ mes célestes stigmates,J’ai honte du bonheur‖ qui vient sur ma maison.
« La Reine du Midi‖ marche dans la lumièreEt m’apporte la joie‖ en d’impurs talismans ;Je vais dormir dans la‖ sérénité premièreParmi l’humble troupeau‖ des rois et des amants.
« Frappez cette étrangère,‖ ô mon Dieu ! qu’elle meureSans entrer dans la terre‖ auguste des Hébreux ;Qu’elle ne dise pas‖ au seuil de ma demeureLes paroles de nuit‖ qui me rendraient heureux. »
Or sous un tiède vent‖ la mer orientaleA roulé dans l’exil‖ les astres submergés ;Et tandis que l’aurore‖ impérieuse étaleSon orgueil enfantin‖ dans les cieux saccagés,
La Reine vient, portant‖ vers la montagne sainteLe talisman qui fait‖ fuir le rêve royal,Et ses hérauts vêtus‖ d’argent et d’hyacintheJettent dans la campagne‖ un appel nuptial.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a lustrales / sidérales féminine, classiqueb vins / divins masculine, classiquea vignes / cygnes féminine, classiqueb brutal / natal masculine, classiquea captives / fugitives féminine, classiqueb bergers / vergers masculine, classiquea amoureuses / douloureuses féminine, classiqueb l’été / clarté masculine, classiquea herbes / superbes féminine, classiqueb froids / rois masculine, classiquea granges / archanges féminine, classiqueb maudits / paradis masculine, classiquea aromates / stigmates féminine, classiqueb l’horizon / maison masculine, classiquea lumière / première féminine, classiqueb talismans / amants masculine, classiquea meure / demeure féminine, classiqueb Hébreux / heureux masculine, classiquea orientale / étale féminine, classiqueb submergés / saccagés masculine, classiquea sainte / d’hyacinthe féminine, classiqueb royal / nuptial masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres, Paris, édition Lemerre, 1890· numérisation poesies.net· Sources