Poésies, 1801‑1815· Élégies· Livre premier
La chute des feuilles
DEUXIÈME VERSION
De la dépouille de nos boisL'automne avait jonché la ferre,Et sur la branche solitaireLe rossignol était sans voix.Mourant à la fleur de son âge,Un jeune habitant du vallonParcourait un jour le bocageOù sifflait le triste aquilon :
« Doux bocage ! adieu… je succombe.Tu m'avertis de mon destin ;De ma mort la feuille qui tombeEst le présage trop certain.Fatal oracle d'Épidaure,Tu l'as dit : « Les feuilles des bois» A ses yeux jauniront encore ;» Et c'est pour la dernière fois.» Rien de sa languissante vie» Ne peut ranimer le flambeau.» Sa jeunesse sera flétrie» Avant l'herbe de la prairie,» Avant le pampre du coteau. »Et je meurs ! de sa froide haleineUn vent funeste m'a touché ;Mon printemps commençait à peine,Et mon hiver s'est approché.Tombez, tombez, feuilles légères !Et pour la plus tendre des mèresCouvrez quelque temps ce chemin ;Qu'elle ne puisse reconnaîtreLe funèbre asile où peut-êtreSon fils reposera demain.Mais si, d'un long crêpe voilée,Mon amante dans la valléeVenait pleurer quand le jour fuit,Éveillez par un faible bruitMon ombre un instant consolée.Et le lendemain, vers la nuit,Son âme s'était exhalée.Sa mère (peu de temps, hélas ! )Vint tous les soirs dans la valléeVisiter la tombe isolée ;Et son amante ne vint pas.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[abba] 4[abab] 1[abaab] 2[aa] 1[aabab]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a bois / voix masculine, classiqueb ferre / solitaire féminine, classiquec âge / bocage féminine, classiqued vallon / aquilon masculine, classiquea succombe / tombe féminine, classiqueb destin / certain masculine, classiquec d'Épidaure / encore féminine, classiqued bois / fois masculine, équivalentee vie / flétrie / prairie féminine, classiquef flambeau / coteau masculine, classiqueg haleine / peine féminine, classiqueh touché / approché masculine, classiquei légères / mères féminine, classiquej chemin / demain masculine, classiquek reconnaître / peut-être féminine, classiquel voilée / vallée féminine, classiquem fuit / bruit / nuit masculine, classiquen consolée / exhalée féminine, classiqueo hélas / pas masculine, classiquep vallée / isolée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources