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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1801‑1815· Chants élégiaques

Le pauvre nègre

Charles Millevoye· 7 huitains, décasyllabes, 56 vers

Ravi naguère‖ aux côtes de Guinée,Le pauvre Nègre,‖ accablé de ses maux,Pleurait un jour‖ sa triste destinée,Et de soupirs‖ accompagnait ces mots :« Qu'ai-je donc fait‖ au Dieu de la naturePour qu'il m'impose‖ esclavage et douleur ?Ne suis-je pas‖ aussi sa créature ?Est-ce forfait‖ que ma noire couleur ?

» Comme le blanc,‖ dont la rigueur m'oppresse,N'étais-je pas‖ formé pour le bonheur ?J'aimais Nelzi ;‖ seule, elle eut ma tendresse,Et son regard‖ faisait battre mon cœur.Heureux époux,‖ j'allais devenir père.O cher enfant,‖ gage de notre amour,Respires-tu‖ pour consoler ta mère ?As-tu péri‖ sans connaître le jour ?

» Je ne pourrai‖ te bercer dans ta couche,Enfant aimé,‖ que n'ont point vu mes yeux !Ni te sourire,‖ en pressant sur ta boucheDe l'oranger‖ les fruits délicieux ;Ni t'enseigner,‖ dès ta robuste enfance,L'art d'assoupir‖ un serpent venimeux,Ou de surprendre‖ un lion sans défense,Ou de plonger‖ sous les flots écumeux !

» Oh ! jamais plus‖ je ne verrai l'ombrageDes bananiers‖ que je plantai pour toi ;Ni l'antre sombre‖ où, par un jour d'orage,O ma Nelzi !‖ je te dis : « Sois à moi ! »Ni ma cabane,‖ à mon cœur toujours chère,Qu'en ses vieux ans‖ mon père me transmit ;Ni le ruisseau‖ de la roche où ma mèreDu grand sommeil‖ dans mes bras s'endormit !

« Un soir (c'était‖ à cette même source)Je reposais‖ sous le vert citronnier :Les blancs cruels‖ revinrent de leur course ;A mon réveil,‖ j étais leur prisonnier.Je résistais :‖ l'un d'eux fit sur ma tèteTomber les coups‖ de la verge de fer.Désespéré,‖ j'invoquai la tempête ;Et je pleurais‖ en regardant la mer. »

Comme il chantait‖ sa chanson d'esclavage,Le négrier sur ces bords descenditUn habitant‖ de son lointain rivage.Zabbi l'appelle,‖ et, l'embrassant, lui dit :« De ma Nelzi,‖ frère, quelle nouvelle ? »L'autre se tait,‖ mais il montre les cieux.« Je t'entends : morte.‖ Et l'enfant ?— Mort comme elle.— Bien. » Et la joie‖ éclata dans ses yeux.

Deux jours entiers,‖ jetant sa nourriture,Il haleta‖ sous un ciel embrasé ;Et, du matin‖ jusqu'à la nuit obscure,De ses sueurs‖ le sol fut arrosé.Vers le retour‖ de la troisième aurore,La verge en main,‖ le maître reparut :« Lève-toi ! — Non ; je puis dormir encore ;Je deviens libre.‖ Et sur l'heure il mourut.

Versification

Forme
7 huitains (huitains)
Rimes
6(ababcdcd) 1(ababcbcb)
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Strophes
7 huitains
Mots à la rime
a Guinée / destinée féminine, classiqueb maux / mots masculine, classiquec nature / créature féminine, classiqued douleur / couleur masculine, classiquea m'oppresse / tendresse féminine, classiqueb bonheur / cœur masculine, classiquec père / mère féminine, classiqued amour / jour masculine, classiquea couche / bouche féminine, classiqueb yeux / délicieux masculine, classiquec enfance / défense féminine, classiqued venimeux / écumeux masculine, classiquea l'ombrage / d'orage féminine, classiqueb toi / moi masculine, classiquec chère / mère féminine, classiqued transmit / s'endormit masculine, classiquea source / course féminine, classiqueb citronnier / prisonnier masculine, classiquec tète / tempête féminine, classiqued fer / mer masculine, classiquea d'esclavage / rivage féminine, classiqueb descendit / dit masculine, classiquec nouvelle / elle féminine, classiqued cieux / yeux masculine, classiquea nourriture / obscure féminine, classiqueb embrasé / arrosé masculine, classiquec aurore / encore féminine, classiqued reparut / mourut masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources