Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1801‑1815· Élégies· Livre premier

Les regrets d’un infidèle

Charles Millevoye· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 54 vers

Oui, c'en est fait, Isore,‖ un sentiment vainqueurTriomphe du nœud qui nous lie !Pauvre Isore ! j'ai vu Délie :Délie a tous mes vœux,‖ Délie a tout mon cœur.Et, tandis que la nuit obscureProtége, loin de toi,‖ nos muets entretiens ;Tandis que ma bouche parjureAppelle des baisers‖ qui ne sont plus les tiens,Aux tremblantes lueurs‖ d'une lampe affaiblieTu relis le dernier sermentDe l'infidèle qui t'oublie ;Tu songes à l'amour,‖ et tu n'as plus d'amant !Je suis déjà puni.‖ Ta rivale a des charmes…Eh bien ! ton souvenir‖ est encor plus puissant.Je te pleure en te trahissant :La légère inconstance‖ a donc aussi des larmes !

Jamais, hélas ! oh ! non, jamaisL'orgueilleuse beauté‖ que malgré moi j'adoreN'aimera comme tu m'aimais ;Je le sais, et pourtant‖ je le fuis, pauvre Isore !

Ta confiance encore‖ ajoute à mon malheur.Parfois, sortant des bras‖ de la rivale heureuse,Fatigué des transports‖ d'une nuit amoureuse,Je t'aborde, l'air vague‖ et le front sans couleur :N'importe ! Loin de toi‖ toute crainte est bannie ;Tu ne soupçonnes pas‖ l'infidèle insomnieQui sur mes traits changés‖ imprime la pâleur ;Seulement ta bouche m'accuseDe consumer ma vie‖ au sein des longs travaux,Et de consacrer à ma museL'heure où le doux sommeil‖ balance ses pavots.Je souris tristement‖ à l'erreur qui t'abuse.Mais lorsque tu me dis :‖ « Je compte sur ta foi ;Ne m'abandonne pas,‖ je me confie à toi, »Alors mon cœur succombe‖ au trouble qui l'oppresse ;Je sens l'aveu cruel‖ s'échapper à moitié ;Et toi, tu crois à ma tendresse,Qui n'est plus que de la pitié.

Quand finira l'erreur‖ dont tu jouis encore,Combien de larmes vont couler !Je plaindrai tes douleurs.‖ et, sans les consoler,Je répéterai : « Pauvre Isore !… »Périsse, périsse le jourOù la fière Délie‖ usurpa ton empire !Périssent ses attraits‖ et son fatal sourire !Périsse même son amour !Qu'ai-je dit ? Peut-être DélieUn jour d'Isore en pleurs‖ vengera l'abandon :Oublié comme je t'oublie,Je viendrai, douce Isore,‖ implorer un pardon ;Mais en vain : le dieu qui console,Le temps aura donné ton cœurA quelque autre amant moins frivole,Et plus digne de son bonheur.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
4[abba] 6[abab] 1[abbacca] 1[ababa] 1[aa]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (31 de 12, 23 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a vainqueur / cœur masculine, classiqueb lie / Délie féminine, classiquec obscure / parjure féminine, classiqued entretiens / tiens masculine, classiquee affaiblie / t'oublie féminine, classiquef serment / d'amant masculine, classiqueg charmes / larmes féminine, classiqueh puissant / trahissant masculine, classiquea jamais / m'aimais masculine, classiqueb j'adore / Isore féminine, classiquea malheur / couleur / pâleur masculine, classiqueb heureuse / amoureuse féminine, classiquec bannie / insomnie féminine, classiqued m'accuse / muse / t'abuse féminine, classiquee travaux / pavots masculine, classiquef foi / toi masculine, classiqueg l'oppresse / tendresse féminine, classiqueh moitié / pitié masculine, classiquea encore / Isore féminine, classiqueb couler / consoler masculine, classiquec jour / amour masculine, classiqued empire / sourire féminine, classiquee Délie / t'oublie féminine, classiquef l'abandon / pardon masculine, classiqueg console / frivole féminine, classiqueh cœur / bonheur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources