Poésies diverses, 1672
La gloire du val-de-grace
Digne fruit de vingt ans‖ de travaux somptüeus ;Auguste Bastiment,‖ Temple majestüeus,Dont le Dôme superbe,‖ élevé dans la nue,Pare du grand Paris‖ la magnifique veue,Et, parmi tant d'objets‖ semez de toutes parts,Du Voyageur surpris‖ prend les premiers regards,Fais briller à jamais,‖ dans ta noble richesse,La splendeur du saint vœu‖ d'une grande Princesse,Et porte un témoignage‖ à la PostéritéDe Sa Magnificence‖ et de sa Piété ;Conserve à nos Neveux‖ une montre ridelleDes exquises beautez‖ que tu tiens de son zèle,Mais défens bien sur-tout‖ de l'injure des ansLe Chef-d'œuvre fameux‖ de ses riches Présens,Cet éclatant morceau‖ de sçavante Peinture,Dont elle a couronné‖ ta noble Architecture ;C'est le plus bel effet‖ des grands soins qu'Elle a pris,Et ton marbre et ton or‖ ne sont point de ce pris.Toy, qui dans cette Coupe,‖ à ton vaste génieComme un ample théâtre‖ heureusement fournie,Es venu déployer‖ les précieus trésorsQue le Tibre t'a veu‖ ramasser sur ses bords ;Dy-nous, fameux Mignard,‖ par qui te sont verséesLes charmantes beautez‖ de tes nobles pensées ;Et dans quel fonds tu prens‖ cette variété,Dont l'esprit est surpris,‖ et l'œil est enchanté.Dy-nous quel feu divin,‖ dans tes fécondes veilles ;De tes expressions‖ enfante les merveilles,Quels charmes ton pinceau‖ répand dans tous ses traits,Quelle force il y mesle‖ à ses plus doux attraits,Et quel est ce pouvoir,‖ qu'au bout des doigts tu portes,Qui fait faire à nos yeux‖ vivre des choses mortes,Et, d'un peu de mélange‖ et de bruns et de clairs,Rendre esprit la couleur,‖ et les pierres des chairs.Tu te tais, et prétens‖ que ce sont des matièresDont tu dois nous cacher‖ les scavantes lumières,Et que ces beaux secrets,‖ à tes travaux vendus,Te coustent un peu trop‖ pour estre répandus ;Mais ton Pinceau s'explique,‖ et trahit ton silence ;Malgré toy, de ton art‖ il nous fait confidence,Et, dans ses beaux efforts‖ à nos yeux étalez,Les mystères profonds‖ nous en sont révélez.Une pleine lumière‖ icy nous est offerte,Et ce Dôme pompeux‖ est une École ouverte,Où l'ouvrage, faisant‖ l'office de la voix,Dicte de ton grand Art‖ les souveraines loix.Il nous dit fortement les trois nobles PartiesQui rendent d'un Tableau‖ les beautés assorties,Et dont, en s'unissant,‖ les talens relevezDonnent à l'Univers‖ les Peintres achevez.Mais des trois, comme Reine, il nous expose celleQue ne peut nous donner‖ le travail, ny le zèle,Et qui, comme un présent‖ de la faveur des Cieux,Est du nom de Divine‖ appelée en tous lieux ;Elle, dont l'essor monte‖ au-dessus du tonnerre,Et sans qui l'on demeure‖ à ramper contre terre,Qui meut tout, règle tout,‖ en ordonne à son choix,Et des deux autres mène‖ et régit les emplois.Il nous enseigne à prendre‖ une digne matière,Qui donne au feu du Peintre‖ une vaste carrière,Et puisse recevoir‖ tous les grands ornemens,Qu'enfante un beau Génie‖ en ses accouchemens,Et dont la Poésie‖ et sa Sœur, la Peinture,Parent l'instruction‖ de leur docte imposture ;Composent avec art‖ ces attraits, ces douceurs,Qui font à leurs leçons‖ un passage en nos cœurs ;Et par qui, de tout temps,‖ ces deux Sœurs si pareillesCharment, l'une les yeux,‖ et l'autre les oreilles.Mais il nous dit de fuir‖ un discord apparentDu lieu que l'on nous donne,‖ et du sujet qu'on prend,Et de ne point placer‖ dans un Tombeau des Festes,Le Ciel contre nos piez,‖ et l'Enfer sur nos testes.Il nous apprend à faire,‖ avec détachement,De groupes contrastez‖ un noble ageancement,Qui, du champ du Tableau‖ fasse un juste partageEn conservant les bords‖ un peu légers d'ouvrage,N'ayant nul embarras,‖ nul fracas vicieuxQui rompe ce repos‖ si fort amy des yeux ;Mais où, sans se presser,‖ le groupe se rassembleEt forme un doux concert,‖ fasse un beau tout-ensemble,Où rien ne soit à l'œil‖ mandié, ny redit,Tout s'y voyant tiré‖ d'un vaste fonds d'esprit,Assaisonné du sel‖ de nos grâces antiques,Et non du fade goust‖ des ornemens Gothiques ;Ces monstres odieux‖ des siècles ignorans,Que de la Barbarie‖ ont produit les torrens,Quand leur cours, inondant‖ presque toute la Terre,Fit à la Politesse‖ une mortelle guerreEt, de la grande Rome‖ abbatant les remparts,Vint, avec son empire,‖ étouffer les Beaux-Arts.Il nous montre à poser,‖ avec noblesse et grâce,La première Figure‖ à la plus belle place,Riche d'un agrément,‖ d'un brillant de grandeurQui s'empare d'abord‖ des yeux du Spectateur ;Prenant un soin exact‖ que, dans tout son ouvrage,Elle joue aux regards‖ le plus beau personnage,Et que, par aucun rôle,‖ au spectacle placé,Le Héros du Tableau‖ ne se voye effacé.Il nous enseigne à fuir‖ les ornemens débilesDes épisodes froids‖ et qui sont inutiles ;A donner au sujet‖ toute sa vérité ;A lui garder par tout‖ pleine fidélité,Et ne le point porter‖ à prendre de licence,A moins qu'à des beautez‖ elle donne naissance.Il nous dicte amplement les leçons du Dessein,Dans la manière Grecque,‖ et dans le goust Romain ;Le grand choix du beau vray,‖ de la belle nature,Sur les restes exquis‖ de l'antique sculpture,Qui, prenant d'un sujet‖ la brillante beauté,En sçavoit séparer‖ la foible vérité,Et, formant de plusieurs‖ une beauté parfaite,Nous corrige par l'Art‖ la Nature qu'on traite.Il nous explique à fond,‖ dans ses instructions,L'union de la Grâce‖ et des Proportions ;Les Figures par tout‖ doctement dégradées,Et leurs extrémitez‖ soigneusement gardées ;Les contrastes sçavans‖ des membres agroupez,Grands, nobles, étendus,‖ et bien dévelopez,Balancez sur leur centre,‖ en beautés d'attitudeTous formez l'un pour l'autre‖ avec exactitude,Et n'offrant point aux yeux‖ ces galimathiasOù la teste n'est point‖ de la jambe, ou du bras ;Leur juste attachement‖ aux lieux qui les font naistre,Et les muscles, touchez‖ autant qu'ils doivent l'estre ;La beauté des contours‖ observez avec soin,Point durement traitez,‖ amples, tirez de loin,Inégaux, ondoyans,‖ et tenans de la flâme,Afin de conserver‖ plus d'action et d'âme ;Les nobles airs de tête‖ amplement variez,Et tous au caractère‖ amplement mariez.Et c'est-là qu'un grand Peintre,‖ avec pleine largesse,D'une féconde idée‖ étale la richesse,Faisant briller par tout‖ de la diversité,Et ne tombant jamais‖ dans un air répété.Mais un Peintre commun‖ trouve une peine extrêmeA sortir, dans ses airs,‖ de l'amour de soy-mesme ;De redites sans nombre‖ il fatigue les yeux,Et, plein de son image,‖ il se peint en tous lieux.Il nous enseigne aussi‖ les belles draperies,De grands plis bien jetez‖ suffisamment nourries,Dont l'ornement aux yeux‖ doit conserver le nû,Mais qui, pour le marquer,‖ soit un peu retenu,Qui ne s'y colle point,‖ mais en suive la grâce,Et, sans la serrer trop,‖ la caresse et l'embrasse.Il nous montre à quel air,‖ dans quelles actionsSe distinguent à l'œil‖ toutes les passions ;Les mouvemens du cœur,‖ peints, d'une adresse extrême,Par des gestes puisez‖ dans la passion mesme,Bien marquez pour parler,‖ appuyés, forts et nets ;Imitans en vigueur‖ les gestes des Muets,Qui veulent réparer‖ la voix que la NatureLeur a voulu nier‖ ainsi qu'à la Peinture.Il nous étale enfin‖ les mystères exquisDe la belle Partie où triompha ZeuxisEt qui, le revestant‖ d'une gloire immortelle,Le fit aller du pair‖ avec le grand Apelle ;L'union, les concerts,‖ et les tons des couleurs,Contrastes, amitiez,‖ ruptures et valeurs,Qui font les grands effets,‖ les fortes impostures,L'achèvement de l'Art,‖ et l'âme des Figures.Il nous dit clairement‖ dans quel choix le plus beauOn peut prendre le jour‖ et le champ du Tableau ;Les distributions‖ et d'ombre, et de lumière,Sur chacun des objets‖ et sur la masse entière ;Leur dégradation‖ dans l'espace de l'airPar les tons différens‖ de l'obscur et du clair,Et quelle force il faut‖ aux objets mis en placeQue l'approche distingue‖ et le lointain efface ;Les gracieux repos‖ que, par des soins communs,Les bruns donnent aux clairs,‖ comme les clairs aux bruns ;Avec quel agrément‖ d'insensible passageDoivent ces opposez‖ entrer en assemblage ;Par quelle douce cheute‖ ils doivent y tomber,Et, dans un milieu tendre,‖ aux yeux se dérober ;Ces fonds officieux‖ qu'avec art on se donne,Qui reçoivent si bien‖ ce qu'on leur abandonne ;Par quels coups de pinceau,‖ formant de la rondeur,Le Peintre donne au plat‖ le relief du Sculpteur ;Quel adoucissement‖ des teintes de lumièreFait perdre ce qui tourne‖ et le chasse derrière,Et comme, avec un champ‖ fuyant, vague et léger,La fierté de l'obscur‖ sur la douceur du clair,Triomphant de la toile,‖ en tire avec puissanceLes Figures que veut‖ garder sa résistance,Et, malgré tout l'effort‖ qu'elle oppose à ses coups,Les détache du fond,‖ et les amesne à nous.Il nous dit tout cela,‖ ton admirable ouvrage ;Mais, illustre Mignard,‖ n'en prens aucun ombrage,Ne crains pas que ton art,‖ par ta main découvert,A marcher sur tes pas‖ tienne un chemin ouvert,Et que de ses leçons‖ les grands et beaux oraclesÉlèvent d'autres mains‖ à tes doctes miracles.Il y faut des talens‖ que ton mérite joint,Et ce sont des secrets‖ qui ne s'apprennent point.On n'acquiert point, Mignard,‖ par les soins qu'on se donneTrois choses, dont les dons‖ brillent dans ta personne,Les passions, la grâce,‖ et les tons de couleur,Qui des riches Tableaux‖ font l'exquise valeur ;Ce sont présens du Ciel,‖ qu'on voit peu qu'il assemble,Et les Siècles ont peine‖ à les trouver ensemble.C'est par-là qu'à nos yeux‖ nuls travaux enfantezDe ton noble travail‖ n'atteindront les beautez ;Malgré tous les pinceaux,‖ que ta Gloire réveille,Il sera de nos jours‖ la fameuse merveille,Et des bouts de la Terre,‖ en ces superbes lieux,Attirera les pas‖ des sçavans curieux.O vous, dignes objets‖ de la noble tendresseQu'a fait briller pour vous‖ cette Auguste Princesse,Dont au grand Dieu naissant,‖ au véritable Dieu,Le zèle magnifique‖ a consacré ce lieu,Purs Esprits, où du Ciel‖ sont les grâces infuses,Beaux temples des Vertus,‖ admirables Recluses,Qui, dans votre retraite,‖ avec tant de ferveur,Meslez parfaitement‖ la retraite du cœur,Et, par un choix pieux‖ hors du Monde placées,Ne détachez vers luy‖ nulle de vos pensées,Qu'il vous est cher d'avoir‖ sans cesse devant vousCe tableau de l'objet‖ de vos vœux les plus doux ;D'y nourrir par vos yeux‖ les précieuses flâmesDont si fidellement‖ brûlent vos belles âmes ;D'y sentir redoubler‖ l'ardeur de vos désirs ;D'y donner à toute heure‖ un encens de soupirs,Et d'embrasser du cœur‖ une image si belleDes célestes beautés‖ de la Gloire éternelle,Beautés qui dans leurs fers‖ tiennent vos libertez,Et vous font mépriser‖ toutes autres beautez !Et toi, qui fus jadis‖ la Maistresse du Monde,Docte et fameuse École,‖ en raretez féconde,Où les Arts déterrez‖ ont, par un digne effort,Réparé les dégâts‖ des Barbares du Nort,Source des beaux débris‖ des siècles mémorables,O Rome, qu'à tes soins‖ nous sommes redevablesDe nous avoir rendu,‖ façonné de ta main,Ce grand Homme, chez toy‖ devenu tout Romain,Dont le pinceau célèbre,‖ avec magnificence,De ses riches travaux‖ vient parer nostre France,Et dans un noble lustre‖ y produire à nos yeuxCette belle Peinture‖ inconnue en ces lieux,La Fresque, dont la grâce‖ à l'autre préféréeSe conserve un éclat‖ d'éternelle durée,Mais dont la promptitude‖ et Tes brusques fiertezVeulent un grand génie‖ à toucher ses beautez !De l'autre, qu'on connoist,‖ la traittable méthodeAux foiblesses d'un Peintre‖ aisément s'accomode ;La paresse de l'huile,‖ allant avec lenteur,Du plus tardif génie‖ attend la pesanteur ;Elle sçait secourir,‖ par le temps qu'elle donne,Les faux pas que peut faire‖ un pinceau qui tâtonne ;Et, sur cette peinture,‖ on peut, pour faire mieux,Revenir, quand on veut,‖ avec de nouveaux yeux.Cette commodité‖ de retoucher l'ouvrageAux peintres chancelans‖ est un grand avantage,Et, ce qu'on ne fait pas‖ en vingt fois qu'on reprend,On le peut faire en trente,‖ on le peut faire en cent.Mais la Fresque est pressante,‖ et veut, sans complaisanceQu'un Peintre s'accommode‖ à son impatience,La traitte à sa manière‖ et d'un travail soudain,Saisisse le moment‖ qu'elle donne à sa main.La sévère rigueur‖ de ce moment, qui passe,Aux erreurs d'un pinceau‖ ne fait aucune grâce ;Avec elle il n'est point‖ de retour à tenter,Et tout au premier coup‖ se doit exécuter.Elle veut un esprit‖ où se rencontre unieLa pleine connoissançe‖ avec le grand génie,Secouru d'une main‖ propre à le seconder,Et, maistresse de l'Art‖ jusqu'à le gourmander ;Une main prompte à suivre‖ un beau feu qui la guide ;Et dont, comme un éclair,‖ la justesse rapideRépande dans ses fonds,‖ à grands traits non tastez,De ses expressions‖ les touchantes beautez.C'est par là que la Fresque,‖ éclatante de gloire,Sur les honneurs de l'autre‖ emporte la victoire,Et que tous les sçavans,‖ en Juges délicats,Donnent la préférence‖ à ses masles appas.Cent doctes mains chez elle‖ ont cherché la louange ;Et Jules, Annibal,‖ Raphaël, Michel-Ange,Les Mignards de leur Siècle,‖ en illustres rivaux,Ont voulu par la Fresque‖ ennoblir leurs travaux.Nous la voyons ici‖ doctement revestueDe tous les grands attraits‖ qui surprennent la veue.Jamais rien de pareil‖ n'a paru dans ces lieux,Et la belle inconnue‖ a frappé tous les yeux.Elle a non-seulement,‖ par ses grâces fertiles,Charmé du grand Paris‖ les connoisseurs habiles,Et touché de la Cour‖ le beau monde scavant ;Ses miracles encor‖ ont passé plus avant,Et, de nos Courtisans‖ les plus légers d'étudeElle a pour quelque temps‖ fixé l'inquiétude,Arresté leur esprit,‖ attaché leurs regards,Et fait descendre en eux‖ quelque goût des Beaux-Arts.Mais ce qui, plus que tout,‖ élève son mérite,C'est de l'Auguste Roy‖ l'éclatante visite,Ce Monarque, dont l'âme‖ aux grandes qualitésJoint un goût délicat des sçavantes beautez,Qui, séparant le bon‖ d'avec son apparence,Décide sans erreur‖ et loue avec prudence ;LOUIS, le grand LOUIS,‖ dont l'esprit souverainNe dit rien au hazard,‖ et voit tout d'un œil sain,A versé de sa bouche‖ à ses grâces brillantesDe deux précieux mots‖ les douceurs chatouillantes,Et l'on sçait qu'en deux mots‖ ce Roy judicieux,Fait des plus beaux travaux‖ l'éloge glorieux.Colbert, dont le bon goust‖ suit celuy de son Maistre,A senty mesme charme,‖ et nous le fait paroistre.Ce vigoureus génie,‖ au travail si constant,Dont la vaste prudence‖ à tous emplois s'étend,Qui, du choix souverain,‖ tient, par son haut mérite,Du Commerce et des Arts‖ la suprême conduite,A d'une noble idée‖ enfanté le desseinQu'il confie aux talens‖ de cette docte main,Et dont il veut par elle‖ attacher la richesseAux sacrés murs du Temple, où son cœur s’intéresse.La voilà, cette main,‖ qui se met en chaleur ;Elle prend les pinceaux,‖ trace, étend la couleur,Empaste, adoucit, touche,‖ et ne fait nulle pause.Voilà qu'elle a finy ;‖ l'Ouvrage aux yeux s'exposeEt nous y découvrons,‖ aux yeux des grans experts,Trois miracles de l'Art‖ en trois tableaux divers.Mais, parmy cent objets‖ d'une beauté touchante,Le Dieu porte au respect,‖ et n'a rien qui n'enchante,Rien, en grâce, en douceur,‖ en vive majesté,Qui ne présente à l'œil‖ une Divinité ;Elle est toute en ces traits‖ si brillans de noblesse ;La grandeur y paraît,‖ l'équité, la sagesse,La bonté, la puissance ;‖ enfin ces traits font voirCe que l'esprit de l'homme‖ a peine à concevoir.Poursuis, ô grand Colbert,‖ à vouloir, dans la France,Des Arts que tu régis‖ établir l'excellence,Et donne à ce projet,‖ et si grand et si beau,Tous les riches momens‖ d'un si docte pinceau.Attache à des travaux,‖ dont l'éclat te renomme,Le reste précieux‖ des jours de ce grand Homme.Tels Hommes rarement‖ se peuvent présenter,Et, quand le Ciel les donne,‖ il faut en profiter.De ces mains, dont les Temps‖ ne sont guère prodigues,Tu dois à l'Univers‖ les sçavantes fatigues ;C'est à ton ministère‖ à les aller saisirPour les mettre aux emplois‖ que tu peus leur choisir,Et, pour ta propre gloire,‖ il ne faut point attendreQu'elles viennent t'offrir‖ ce que ton choix doit prendre.Les grands hommes, Colbert,‖ sont mauvais Courtisans.Peu faits à s'acquitter‖ des devoirs complaisans,A leurs réflexions‖ tout entiers ils se donnent,Et ce n'est que par-là‖ qu'ils se perfectionnent.L'Étude et la Visite‖ ont leurs talens à part ;Qui se donne à la Cour,‖ se dérobe à son Art ;Un esprit partagé‖ rarement s'y consomme,Et les emplois de feu‖ demandent tout un homme.Ils ne sauraient quitter‖ les soins de leur mestierPour aller chaque jour‖ fatiguer ton Portier,Ny, par-tout près de toy,‖ par d'assidus hommages,Mandier des prosneurs‖ les éclatans suffrages ;Cet amour de travail,‖ qui toujours règne en eux,Rend à tous autres soins‖ leur esprit paresseux,Et tu dois consentir‖ à cette négligenceQui de leurs beaux talens‖ te nourrit l'excellence.Souffre que, dans leur Art‖ s'avançant chaque jour,Par leurs Ouvrages seuls‖ ils te fassent leur cour.Leur mérite à tes yeux‖ y peut assez paroistre ;Consultes-en ton goust,‖ il s'y connoist en maistre,Et te dira toujours‖ pour l'honneur de ton choix,Sur qui tu dois verser‖ l'éclat des grands emplois.C'est ainsi que des Arts‖ la renaissante gloireDe tes illustres soins‖ ornera la mémoire ;Et que ton nom, porté‖ dans cent travaux pompeux,Passera triomphant‖ à nos derniers Neveux.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 183((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a somptüeus / majestüeus masculine, classiqueb nue / veue féminine, classiquec parts / regards masculine, classiqued richesse / Princesse féminine, classiquee Postérité / Piété masculine, classiquef ridelle / zèle féminine, classiqueg ans / Présens masculine, classiqueh Peinture / Architecture féminine, classiquei pris masculine, classiquej génie / fournie féminine, classiquek trésors / bords masculine, classiquel versées / pensées féminine, classiquem variété / enchanté masculine, classiquen veilles / merveilles féminine, classiqueo traits / attraits masculine, classiquep portes / mortes féminine, classiqueq clairs / chairs masculine, classiquer matières / lumières féminine, classiques vendus / répandus masculine, classiquet silence / confidence féminine, classiqueu étalez / révélez masculine, classiquev offerte / ouverte féminine, classiquew voix / loix masculine, classiquex Parties / assorties féminine, classiquey relevez / achevez masculine, classiquez celle / zèle féminine, classiquea Cieux / lieux masculine, classiqueb tonnerre / terre féminine, classiquec choix / emplois masculine, classiqued matière / carrière féminine, classiquee ornemens / accouchemens masculine, classiquef Peinture / imposture féminine, classiqueg douceurs / cœurs masculine, classiqueh pareilles / oreilles féminine, classiquei apparent / prend masculine, classiquej Festes / testes féminine, classiquek détachement / ageancement masculine, classiquel partage / d'ouvrage féminine, classiquem vicieux / yeux masculine, classiquen rassemble / tout-ensemble féminine, classiqueo redit / d'esprit masculine, classiquep antiques / Gothiques féminine, classiqueq ignorans / torrens masculine, classiquer Terre / guerre féminine, classiques remparts / Beaux-Arts masculine, classiquet grâce / place féminine, classiqueu grandeur / Spectateur masculine, classiquev ouvrage / personnage féminine, classiquew placé / effacé masculine, classiquex débiles / inutiles féminine, classiquey vérité / fidélité masculine, classiquez licence / naissance féminine, classiquea Dessein / Romain masculine, classiqueb nature / sculpture féminine, classiquec beauté / vérité masculine, classiqued parfaite / traite féminine, classiquee instructions / Proportions masculine, classiquef dégradées / gardées féminine, classiqueg agroupez / dévelopez masculine, classiqueh d'attitude / exactitude féminine, classiquei galimathias / bras masculine, classiquej naistre / l'estre féminine, classiquek soin / loin masculine, classiquel flâme / d'âme féminine, classiquem variez / mariez masculine, classiquen largesse / richesse féminine, classiqueo diversité / répété masculine, classiquep extrême / soy-mesme féminine, classiqueq yeux / lieux masculine, classiquer draperies / nourries féminine, classiques nû / retenu masculine, classiquet grâce / l'embrasse féminine, classiqueu actions / passions masculine, classiquev extrême / mesme féminine, classiquew nets / Muets masculine, classiquex Nature / Peinture féminine, classiquey exquis / Zeuxis masculine, classiquez immortelle / Apelle féminine, classiquea couleurs / valeurs masculine, classiqueb impostures / Figures féminine, classiquec beau / Tableau masculine, classiqued lumière / entière féminine, classiquee l'air / clair masculine, classiquef place / efface féminine, classiqueg communs / bruns masculine, classiqueh passage / assemblage féminine, classiquei tomber / dérober masculine, classiquej donne / abandonne féminine, classiquek rondeur / Sculpteur masculine, classiquel lumière / derrière féminine, classiquem léger / clair masculine, classiquen puissance / résistance féminine, équivalenteo coups / nous masculine, classiquep ouvrage / ombrage féminine, classiqueq découvert / ouvert masculine, classiquer oracles / miracles féminine, classiques joint / point masculine, classiquet donne / personne féminine, classiqueu couleur / valeur masculine, classiquev assemble / ensemble féminine, classiquew enfantez / beautez masculine, classiquex réveille / merveille féminine, classiquey lieux / curieux masculine, classiquez tendresse / Princesse féminine, classiquea Dieu / lieu masculine, classiqueb infuses / Recluses féminine, classiquec ferveur / cœur masculine, classiqued placées / pensées féminine, classiquee vous / doux masculine, classiquef flâmes / âmes féminine, classiqueg désirs / soupirs masculine, classiqueh belle / éternelle féminine, classiquei libertez / beautez masculine, classiquej Monde / féconde féminine, classiquek effort / Nort masculine, classiquel mémorables / redevables féminine, classiquem main / Romain masculine, classiquen magnificence / France féminine, classiquep préférée / durée féminine, classiqueq fiertez / beautez masculine, classiquer méthode / s'accomode féminine, classiques lenteur / pesanteur masculine, classiquet donne / tâtonne féminine, classiqueu mieux / yeux masculine, classiquev l'ouvrage / avantage féminine, classiquew reprend / cent masculine, classiquex complaisance / impatience féminine, classiquey soudain / main masculine, classiquez passe / grâce féminine, classiquea tenter / exécuter masculine, classiqueb unie / génie féminine, classiquec seconder / gourmander masculine, classiqued guide / rapide féminine, classiquee tastez / beautez masculine, classiquef gloire / victoire féminine, classiqueg délicats / appas masculine, classiqueh louange / Michel-Ange féminine, classiquei rivaux / travaux masculine, classiquej revestue / veue féminine, classiquek lieux / yeux masculine, classiquel fertiles / habiles féminine, classiquem scavant / avant masculine, classiquen d'étude / l'inquiétude féminine, classiqueo regards / Beaux-Arts masculine, classiquep mérite / visite féminine, classiqueq qualités / beautez masculine, classiquer apparence / prudence féminine, classiques souverain / sain masculine, classiquet brillantes / chatouillantes féminine, classiqueu judicieux / glorieux masculine, classiquev Maistre / paroistre féminine, classiquew constant / s'étend masculine, classiquex mérite / conduite féminine, classiquey dessein / main masculine, classiquez richesse / s’intéresse féminine, classiquea chaleur / couleur masculine, classiqueb pause / s'expose féminine, classiquec experts / divers masculine, classiqued touchante / n'enchante féminine, classiquee majesté / Divinité masculine, classiquef noblesse / sagesse féminine, classiqueg voir / concevoir masculine, classiqueh France / l'excellence féminine, classiquei beau / pinceau masculine, classiquej renomme / Homme féminine, classiquek présenter / profiter masculine, classiquel prodigues / fatigues féminine, classiquem saisir / choisir masculine, classiquen attendre / prendre féminine, classiqueo Courtisans / complaisans masculine, classiquep donnent / perfectionnent féminine, classiqueq part / Art masculine, classiquer consomme / homme féminine, classiques mestier / Portier masculine, classiquet hommages / suffrages féminine, classiqueu eux / paresseux masculine, classiquev négligence / l'excellence féminine, classiquew jour / cour masculine, classiquex paroistre / maistre féminine, classiquez gloire / mémoire féminine, classiquea pompeux / Neveux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
366 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres de Molière, Paris, ÉMILE TESTARD, ÉDITEUR, 1893· numérisation gallica.bnf.fr· Sources