Les hortensias bleus, 1896· II Chapelle blanche· Puérilités et enfantillages
XXXIX. Indulgence plénière
Car l’enfance tient lieu de foi.V. H.
Sur le seuil de l'église,‖ humble catéchumène,S'agenouille l'aïeule‖ au front parcheminé.Or, ses enfants étant‖ au travail, elle amèneLeur fillette qu'émeut‖ le chœur illuminé.
C'est le mois de Marie ;‖ en pieuses volutes,Aux spirales d'encens,‖ des chants mêlent leurs traits ;De séraphiques voix,‖ douces comme des flûtes,Font croire aux exilés‖ que le Ciel est plus près.
Autour du grave accent‖ grimpe l'accent gracile ;Comme un lierre, s'enroule‖ aux basses, le dessus ;On dirait un assaut‖ de bergers de VirgileLorsque son vers se hausse‖ et présage Jésus.
Tel un vol de ramiers‖ près d'un nid de mésanges ;Le roucoulement tendre‖ et le céleste essaim ;Un peu de Cupidon‖ se mêle au chœur des anges,Et l'accent des Éros‖ au vol de l'Esprit-Saint.
L'aïeule, par la vie,‖ à l'ombre accoutumée,Doigts rompus à se joindre‖ et genoux à plier,En une marmottante‖ extase est abîmée,Sous la propice nuit‖ que projette un pilier.
Firmament ponctué‖ de l'étoile du cierge,Elle admire l'autel‖ qui veut bien dans son pleurSe refléter, avec‖ la splendeur de sa ViergeQu'enguirlande à l'envi‖ l'astragale ou la fleur.
Sa gentille compagne,‖ auprès d'elle, copieD'abord très gauchement‖ l'allure du Saint Lieu,Peu à peu se regimbe,‖ erre, bruit, pépie,Et se croit, comme oiseau,‖ chez soi, chez le Bon Dieu.
Elle escalade un banc,‖ se mire en l'eau bénite,Rit de voir s'y creuser‖ les voûtes à l'envers ;N'écoute pas du tout‖ la parole d'éliteQue le prédicateur‖ fait sonner comme un vers.
Et voici qu'elle va‖ de chapelle en chapelle,Levant son pur front blanc‖ de clairs cheveux nimbé,Vers tous les bienheureux‖ dont sa voix haute épèleLes noms, sur le cartouche,‖ ou le vitrail plombé.
La vieille, vainement,‖ en son hymne attardée,Rejoint les petits doigts,‖ tord les petits genoux ;La posture pieuse‖ est à peine gardéePar eux, le temps de dire :‖ « Ayez pitié de nous ! »
Calme-toi, bonne aïeule,‖ et reprends ta prière.Car ta petite-fille,‖ en somme, n'a fâchéNi l'archange Michel‖ à l'allure guerrière,Ni l'altière Judith‖ au courroux relâché.
Même les très vieux Saints,‖ d'âme rébarbative,A l'auréole éteinte,‖ aux halos d'ors ternis,Pardonnent ; et de cette‖ innocence fautiveSourit, entre ses mains,‖ le chef de Saint-Denis.
Et les anges joufflus,‖ les séraphins gothiquesL'approuvent de leur niche‖ et lui donnent raison ;Elle n'a, pour chanter,‖ nul besoin de cantiques.Tout son blond petit être‖ étant une oraison.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a catéchumène / amène féminine, classiqueb parcheminé / illuminé masculine, classiquea volutes / flûtes féminine, classiqueb traits / près masculine, classiquea gracile / Virgile féminine, classiqueb dessus / Jésus masculine, classiquea mésanges / anges féminine, classiqueb essaim / l'Esprit-Saint masculine, non classiquea accoutumée / abîmée féminine, classiqueb plier / pilier masculine, classiquea cierge / Vierge féminine, classiqueb pleur / fleur masculine, classiquea copie / pépie féminine, classiqueb Lieu / Dieu masculine, classiquea bénite / d'élite féminine, classiqueb l'envers / vers masculine, classiquea chapelle / épèle féminine, classiqueb nimbé / plombé masculine, classiquea attardée / gardée féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquea prière / guerrière féminine, classiqueb fâché / relâché masculine, classiquea rébarbative / fautive féminine, classiqueb ternis / Saint-Denis masculine, classiquea gothiques / cantiques féminine, classiqueb raison / oraison masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1906· numérisation gallica.bnf.fr· Sources