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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les hortensias bleus, 1896· III Chambre claire Intus et foras· Foras Suggestions et sujets

XCIX. Ko-ta-Ky

Robert de Montesquiou· 5 distiquess, alexandrins, 116 vers

A M. François COPPÉE.

Ko-Ta-Ky ! — redis-toi‖ les trois syllabes fées !— Sens-tu du cœur des bois‖ de Saint-Cloud, des boufféesDe friture, évoquer‖ le petit JaponaisQui, tant de fois, pour nous,‖ tourna ses moulinets ?Le revois-tu, debout,‖ sautelant sur ses pattes.Ses palettes en main,‖ comme Arlequin ses battes ;Comme lui, carrelé,‖ pimpant, bariolé,Dans ses robes, par où‖ l'on est affriolé.Et qui font qu'alentour,‖ toute baraque chôme ?Le petit Japonais‖ aux parures de chrôme,D'indigo, d'incarnat,‖ de vert, de vermillon,Palpitant sous l'auvent‖ comme un émérillonPar la légèreté‖ des japonaiseries…Je le verrai toujours‖ au fond des songeries.Magot évaporé‖ de l'élégant décorD'une potiche, en lui,‖ moulant sa forme encor ;Oisillon échappé‖ d'un fol plateau de laqueDont l'or aventurine‖ en sa jupe se plaque ;Fleur reprise au revers‖ d'un fuyant éventailDont, sur lui, le printemps,‖ entr'ouvre son vantail.C'est tout et ce n'est rien ;‖ une gentille choseVivante, rutilante,‖ et pailletée, et rose ;Qui bougeait, qui marchait,‖ qui courait, qui volaitSur le décor élu‖ de son joli volet.On jouait, on gagnait‖ sa babiole : un cadre,Un brinborion, un rien,‖ mais un rien jamais ladre,Ruisselant de clartés‖ pour ses quatre ou cinq sous,Soleil devant, derrière,‖ et dessus, et dessous !— Et d'ailleurs, qu'importait ?‖— Kotaky, dieu du jaune.Du violet, du bleu,‖ du rouge, dans sa zoneArcencielée, allait‖ et venait sous nos yeuxComme un beau papillon‖ pris entre terre et cieux.

Au-dessous, dans la nuit‖ de l'ombre inférieure,Une femme robuste‖ aux rondeurs de prieure,Ainsi qu'une chouette‖ auprès d'un roitelet,Sur notre clientèle,‖ alerte, s'attelait.Allemande… qui sait ?‖ — Sa femme ?… bonne femme.Madame Kotaky ;‖ rien en elle d'infâme ;Du sérieux faisant‖ effort pour rigoler.Repoussoir qu'on s'étonne‖ à voir, de près, frôlerL'insecte bigarré,‖ vivant pantin bizarreGrâce auquel une foule,‖ et, là jamais bagarre,Garantit la recette,‖ assure le succès.Et c'est ainsi sur le‖ territoire françaisPartout où se déroule‖ une foire notable,Non foire du commun,‖ mais foire respectable :A Saint-Cloud, à Versaille,‖ où le bourgeois-SoleilVisite assidûment‖ l'éventaire vermeil.Madame Kotaky‖ reconnaît la pratique ;On prise sa tenue,‖ et sa bure authentique,Près des atours‖ versicolores du mariDont le satin jamais‖ n'implique un ton marri ;Flambant porte-manteau,‖ décrochez-moi-ça d'ailes,Garde-robe d'amour‖ où les iris fidèles,Les tulipes de feu,‖ les pivoines de sangDéroulent à jamais‖ leur cycle éblouissant ;Gnome-feu-d'artifice,‖ homme-fioriture,Vivante mosaïque‖ et dansante peintureDe gerbes et de nids,‖ de plantes, d'animaux,Kaolin, par l'épaule ;‖ et, par le ventre, émaux !

« Ne cherchez pas, Messieurs,‖ c'est trouvé ! » — l'étonnanteIntonation haute,‖ et pimpante et tonnanteDont nous réjouissait‖ Madame KotakyNe sonnait pas hier,‖ au chant de foire quiMe semblait obscurci,‖ désemparé, farouche.Mais l'éventaire éclot‖ soudain, comme une boucheRieuse, plein de fruits‖ peints sur des parasols,Kakémonos d'un sou‖ sur foukousas d'un sol.Épanouissements‖ comme de cent colombesDont le duvet rosé‖ ne pleut pas sur des tombes.— « Madame Kotaky !‖ » — mais j'admire son jais,Son noir… son crêpe… hélas !‖ — Ayez donc des sujetsPeints sur vos robes d'or,‖ d'ambre, de cornaline !Cela n'empêche pas‖ une fièvre maligneDe tordre votre cou‖ fleuronné de bouquets !Cela ne fait qu'un mort‖ plus gentiment coquet,Comme un oiseau défunt,‖ dont d'autres oiseaux suiventLe convoi diapré‖ sur des écrans qui vivent.Eh ! oui… c'était ainsi :‖ veuve de ce moineau !La grosse femme est là,‖ convenable, l'anneauA l'annulaire, l'ombre‖ en toute sa toilette.— Et je songe tout bas‖ à ce menu squelette,Enseveli sans doute‖ en un fol falbalaDans la boîte à joujoux‖ de son ancien gala.— « C'est dur… est-il possible…‖ une fièvre maligne,En trois jours… le pauvre homme…‖il faut qu'on se résigne…Les affaires ?… » — « Hélas !‖ ce n'est plus comme avant. »(Ce papillon‖ qui papillotait sous l'auventAlléchait les regards,‖ les âmes et les bourses…)— « Beaucoup moins de profits,‖ et beaucoup plus de courses. »Un silence, un malaise ;‖ un : « peut-être on pourrait,Pour l'Exposition ,‖ trouver un homme prêt— Bien que ce ne soit pas,‖ certes ! la même chose !A remplir, et ce rôle‖ et cette robe rose,Dont à nouveau l'allure‖ achalande le seuil… »« — Oui, monsieur… mais je suis‖ encore trop en deuil ! »

Il faudrait finir là.‖ Se peut-il qu'on expliqueUn pareil mot,‖ désopilant, mélancolique,Tel que fut celui-là‖ posé sur le milieuDe ce volant feuillet‖ d'Empire du Milieu,Plein de magots lippus‖ s'esclaffant sur la tasseDu rire impérieux‖ qui s'impose et s'entasse,Sous le pétale en flamme‖ et les jets de couleursIrrémissiblement‖ hostiles aux douleurs :La patronne-matrone,‖ exagérément nobleAllongeant le fermage,‖ étirant le vignoble,En ce noir marital,‖ aux charbonneux agrèsQui tracent sur son sein‖ souvenirs et regrets ?Non. — A bon entendeur,‖ salut ! — et cette noteQui part après la glose,‖ est-elle une linotteÉchappée au rebord‖ d'un kirimon exquisPour chanter en pleurant‖ le sort des Ko-Ta-Kys ?

Perroquets en carton‖ qui dans leurs anneaux pendent.Fléchettes de bambou‖ qui sur leurs arcs se bandent,Prorogation vaine‖ à ce décor rêvé…— Ne cherchez pas, Messieurs,‖ Mesdames, c'est trouvé .

Versification

Forme
5 distiquess (distiques)
Rimes
58((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
5 distiquess
Mots à la rime
a fées / bouffées féminine, classiqueb Japonais / moulinets masculine, classiquec pattes / battes féminine, classiqued bariolé / affriolé masculine, classiquee chôme / chrôme féminine, classiquef vermillon / émérillon masculine, classiqueg japonaiseries / songeries féminine, classiqueh décor / encor masculine, classiquei laque / plaque féminine, classiquej éventail / vantail masculine, classiquek chose / rose féminine, classiquel volait / volet masculine, classiquem cadre / ladre féminine, classiquen sous / dessous masculine, classiqueo jaune / zone féminine, classiquep yeux / cieux masculine, classiquea inférieure / prieure féminine, classiqueb roitelet / s'attelait masculine, classiquec femme / d'infâme féminine, classiqued rigoler / frôler masculine, classiquee bizarre / bagarre féminine, classiquef succès / français masculine, classiqueg notable / respectable féminine, classiqueh bourgeois-Soleil / vermeil masculine, classiquei pratique / authentique féminine, classiquej mari / marri masculine, classiquek d'ailes / fidèles féminine, classiquel sang / éblouissant masculine, non classiquem homme-fioriture / peinture féminine, classiquen d'animaux / émaux masculine, classiquea l'étonnante / tonnante féminine, classiqueb Kotaky / qui masculine, classiquec farouche / bouche féminine, classiqued parasols / sol masculine, non classiquee colombes / tombes féminine, classiquef jais / sujets masculine, classiqueg cornaline / maligne féminine, classiqueh bouquets / coquet masculine, non classiquei suivent / vivent féminine, classiquej moineau / l'anneau masculine, classiquek toilette / squelette féminine, classiquel falbala / gala masculine, classiquem maligne / résigne féminine, classiquen avant / l'auvent masculine, classiqueo bourses / courses féminine, classiquep pourrait / prêt masculine, classiquer seuil / deuil masculine, classiquea explique / mélancolique féminine, classiqueb milieu / Milieu masculine, classiquec tasse / s'entasse féminine, classiqued couleurs / douleurs masculine, classiquee noble / vignoble féminine, classiquef agrès / regrets masculine, classiqueg note / linotte féminine, classiqueh exquis / Ko-Ta-Kys masculine, classiquea pendent / bandent féminine, classiqueb rêvé / trouvé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.6· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

116 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1906· numérisation gallica.bnf.fr· Sources