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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les hortensias bleus, 1896· III Chambre claire Intus et foras· Stèles et cippes Offrandes

CXVII. Offrande a Edmond de goncourt

Robert de Montesquiou· 20 quatrains, alexandrins, 80 vers

Goncourt, le Benvenuto Cellini de la littérature
contemporaine, qui cisèle ses phrases comme
l’autre cisèle les coupes et les glaives,CLADEL.

Les paons blancs réveillés‖ par la Faustin qui rêveGlissent en notre esprit‖ avec moins de douceurs,Que la grâce de vos‖ héroïnes, sans trêve,Maître : Marthe, Renée‖ et Manette, et leurs sœurs.

Les paons blancs évoqués‖ par la Faustin qui songe,N'est-ce pas, doux oiseaux‖ sous leur plume en linon,Henriette qui meurt‖ de son chaste mensonge,Blanche qui meurt plus blanche‖ encore que son nom ?

Les sons d'orgue filtrant‖ à travers la murailleDans une nuit d'amour‖ que narre la Faustin,Sont leurs chants doux ou forts‖ dont notre cœur tressaille,Et que ne fera taire‖ aucun cri du matin.

Les heures qui tintaient‖ sous son voile en dentelleJeté sur la pendule,‖ un'autre soir d'amour,Sont celles dont pour vous‖ le futur se constelle,Plus sonores et plus‖ suaves, jour à jour.

Car vous êtes Celui‖ qui n'a pris de la gloireQue le plus pur laurier ;‖ et qui n'a rien vouluQue le triomphe d'une‖ incessante victoireD'être toujours plus cher,‖ plus écouté, mieux lu.

Dans le loisir choisi‖ d'une docte retraite,Parmi vos objets d'art,‖ vos laques précieux,Vous goûtez votre vie‖ admirable et discrèteEntre la fleur du rêve‖ et les astres des cieux.

Sage auquel nous devons‖ la Maison d'un Artiste ,Qui nous dit le Japon‖ mieux que nul voyageur,Sans l'avoir jamais vu !‖ — Qui, de nous, venu triste,N'a quitté votre seuil,‖ moins âpre et plus songeur ?

La maison de Socrate‖ est, pour vous, bien étroiteS'il y faut loger ceux‖ à qui vous fûtes doux ;Qui d'un exemple élu‖ de conscience droiteOnt conçu l'ardent vœu‖ de vivre ainsi que vous,

Dans un chemin d'honneur,‖ de beauté probe et pure,Et d'amour, répandus‖ en des livres exquisEt profonds, dont le sens‖ reluit sous la guipureDe maints termes, par vous,‖ sur l'avenir, conquis.

Michelet délicat,‖ résurrectionnisteDe l'histoire aux mots fins,‖ au gracieux détail,Et qui faites parler‖ chaque objet qui persiste :Un meuble, un dé de Saxe,‖ un vase, un éventail.

Témoins d'un passé mort‖ qui vous disent leurs charmesDéfunts, et leurs secrets,‖ d'un ton de sphinx léger,Dont notre piété‖ va recueillant les larmesD'où la vérité haute‖ a su se dégager.

Car c'est moins le fait froid‖ et lourd qui vous occupe,Mille fois ressassé,‖ jugé sans nul appel,Que cet enseignement‖ qui sort d'un pli de jupe.Déduit d'un trait plus net‖ que le trait d'un scalpel.

Le fichu de fin lin‖ de Marie-Antoinette,Le bouquet Pompadour,‖ le rose du Barry,Vous aident à tirer‖ la conclusion netteD'un enseignement vain,‖ nébuleux ou flétri.

Romancier merveilleux,‖ votre tâche est plus grandeEncore ; des premiers,‖ conquérants du réel,Il faut que le vieux champ‖ des semailles vous rendeUn suc plus savoureux‖ et plus artériel.

Plus subtile est, en vous,‖ la comédie humaine ;Et, sur votre théâtre‖ aux décors suggestifs,Votre observation‖ aiguisée en promèneLes acteurs plus neveux,‖ plus souples, moins fictifs.

Sœur Philomène, sous‖ sa guimpe en modestie ;Madame Gervaisais‖ la folle du Saint-Lieu,Râlante sur le pas‖ de cette sacristieVaste : le Vatican,‖ aux pieds du Pape-Dieu !

Et la pauvre Élisa,‖ la morte de silence ;Et la rare Chérie,‖ au beau destin mort-né ;Elle, qui du faisceau‖ de vos filles s'élanceComme un lys amoureux,‖ délectable et fané.

Et ce Gianni penché‖ sur ce Nello qui pleure…O le plus émouvant‖ et douloureux anneauDu scintillant collier‖ de votre œuvre, est-ce un leurreD'y lire un autre nom‖ des frères Zemganno ?

De voir en ce Nello,‖ Celui qui, du ciel même,Aujourd'hui nous assiste,‖ et qui daigne cueillir,Son brin de notre gerbe ;‖ et qui sait bien qu'on l'aimeEn vous aimant d'un cœur‖ qui ne sait point faillir,

Nous lui tendons sa part‖ de roses et de palmes ;Mais gardons-en assez,‖ Maître auguste et chéri,Pour enchaîner longtemps‖ vos ans soyeux et calmes,D'un lien parfumé,‖ sensitif et fleuri !

22 Février 1895.

Versification

Forme
20 quatrains (quatrains)
Rimes
20(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
20 quatrains
Mots à la rime
a rêve / trêve féminine, classiqueb douceurs / sœurs masculine, classiquea songe / mensonge féminine, classiqueb linon / nom masculine, classiquea muraille / tressaille féminine, classiqueb Faustin / matin masculine, classiquea dentelle / constelle féminine, classiqueb d'amour / jour masculine, classiquea gloire / victoire féminine, classiqueb voulu / lu masculine, classiquea retraite / discrète féminine, classiqueb précieux / cieux masculine, classiquea Artiste / triste féminine, classiqueb voyageur / songeur masculine, classiquea étroite / droite féminine, classiqueb doux / vous masculine, classiquea pure / guipure féminine, classiqueb exquis / conquis masculine, classiquea résurrectionniste / persiste féminine, classiqueb détail / éventail masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiqueb léger / dégager masculine, classiquea occupe / jupe féminine, classiqueb appel / scalpel masculine, classiquea Marie-Antoinette / nette féminine, classiqueb Barry / flétri masculine, classiquea grande / rende féminine, classiqueb réel / artériel masculine, classiquea humaine / promène féminine, classiqueb suggestifs / fictifs masculine, classiquea modestie / sacristie féminine, classiqueb Saint-Lieu / Pape-Dieu masculine, classiquea silence / s'élance féminine, classiqueb mort-né / fané masculine, classiquea pleure / leurre féminine, classiqueb anneau / Zemganno masculine, classiquea même / l'aime féminine, classiqueb cueillir / faillir masculine, classiquea palmes / calmes féminine, classiqueb chéri / fleuri masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1906· numérisation gallica.bnf.fr· Sources