Ériphyle, 1894
Astre brillant
Astre brillant, Phébé‖ aux ailes étendues,O flamme de la nuit‖ qui croîs et diminues,Favorise la route‖ et les sombres forêtsOù mon ami errant‖ porte ses pas discrets !Dans la grotte au vain bruit‖ dont l'entrée est tout lierre.Sur la roche pointue‖ aux chèvres familière,Sur le lac, sur l'étang,‖ sur leurs tranquilles eaux.Sur leurs bords émaillés‖ où plaignent les roseaux,Dans le cristal rompu‖ des ruisselets obliques,Il aime à voir trembler‖ tes feux mélancoliques.
L'injustice, la mort‖ ne dépitent les sages ;Aux yeux de la raison‖ le mal le plus amerN'est qu'une faible brise‖ à travers les cordagesDe la nef balancée‖ au milieu de la mer.Et mon ami sait bien‖ que le vert ne couronneLa ramée toujours,‖ mais ni toujours l'automne ;Que c'est des jours heureux‖ qu'il faut se souvenir ;Que même le malheur,‖ comme humain, doit mourir.Or le dessein plus fier,‖ la plus docte pensée,A la quenouille où est‖ la Parque embesognéeSe prennent comme mouche‖ aux toiles d'araignée !O hélas ! qui pourra‖ que les étés aridesNe viennent aux jardins‖ sécher les fleurs rapides,Que le funeste hiver,‖ son haleine poussant,Ne fasse du soleil‖ un éclat languissant ;Que sous le tendre myrte‖ à la rose mêléL'agréable plaisir‖ n'aille d'un pas ailé,Ou que le temps aussi,‖ d'un vol plus prompt encore,Sur nos têtes ne passe‖ et ne les décolore !
Phébé, ô Cynthia,‖ dès sa saison première,Mon ami fut épris‖ de ta belle lumière ;Dans leur cercle observant‖ tes visages divers,Sous ta douce influence‖ il composait ses vers.
Par dessus Nîse, Éryx,‖ Scyre et la sablonneuseIolcos, le Tmolus‖ et la grande Épidaure,Et la verte Cydon,‖ sa piété honoreCe rocher de Latmos‖ où tu fus amoureuse.
Puisque douleur le point‖ et l'ennui de tristesse,Ne l'abandonne pas,‖ toi sa chère déesse :Allège son souci,‖ que dans son âme passe .Cette éclatante paix‖ qui règne sur ta face !Alors ses chalumeaux,‖ en leurs rustiques sons,Hardis surmonteront‖ les antiques chansonsDes cithares et luths,‖ des poètes et pèresQui les yeux ravissaient‖ des monstres et Cerbères ;Car de ton frère archer‖ la prophétique rageQui agite les rains‖ du pénéan feuillage,Jamais enfant mortel‖ ne la porta si forteComme mon ami doux‖ dedans son cœur la porte.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 19[aa] 1[abab] 1[aaa] 1[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a étendues / diminues féminine, classiqueb forêts / discrets masculine, classiquec lierre / familière féminine, classiqued eaux / roseaux masculine, classiquee obliques / mélancoliques féminine, classiquea sages / cordages féminine, classiqueb amer / mer masculine, classiquec couronne / l'automne féminine, classiqued souvenir / mourir masculine, classiquee pensée / embesognée / d'araignée féminine, classiquef arides / rapides féminine, classiqueg poussant / languissant masculine, classiqueh mêlé / ailé masculine, classiquei encore / décolore féminine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb divers / vers masculine, classiquea sablonneuse / amoureuse féminine, classiqueb Épidaure / honore féminine, classiquea tristesse / déesse féminine, classiqueb passe / face féminine, équivalentec sons / chansons masculine, classiqued pères / Cerbères féminine, classiquee rage / feuillage féminine, classiquef forte / porte féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Ériphyle, Paris, BIBLIOTHÈQUE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, 1894· numérisation archive.org· Sources