Le pèlerin passionné, 1891· Galatée
Galatée
« Oublie, ô Cyclope, sauve tes vœuxDu réseau gracieuxD'un regarder‖ où tu te fis enclore.Déjà, sous un chef verdissant‖ la source bruitDéjà l'églantier se colore,Déjà l'arbre sylvestre‖ porte fruit.Oh, pourquoi, Cyclope,‖ en toi l'hiver encoreEt que n'es-tu pressant‖ les pis abondantsDe la génisse profitable !Vois les taureaux mêler‖ leurs cornes, entendsBêler tes brebis à l'étable. »
Vieux Mélibée, ainsi tu parles.« Les autansSoufflent malins aux tiges qui florissent ,Maligne est la pluie aux épis qui mûrissent.Et l’arc d’Éros, si les traits ne partent doubles, blesseSoûlas et liesse.Si la mare, au roseau, si Tonde pure, au peuplier, il faut.Soupire-t-elle la palombe après le gerfaut,La carpe après l’hameçon ? Après le taon sonore,Soupire-t-il le bœuf ? O Cyclope, oublie ore,Dame qui n’a franchise. Sache, plutôt, que le vergerD’épices soit garni, ou qu’un feuillage étrangerEnte l’antique tronc, et que. dans la corbeilleFaite de baguettes de saule, et d’osier léger,Avecque soin le lait se caille.
Ainsi tu parles, vieilleCotytaris.
Oublie ! oublie ! Euh. foinDe vos thriacles, bélîtres, botteleurs de loin.Langues radoteuses ! Qu’il aitUn bois retors et de mainte coudéeLe front d’un cerf nouvellet,Que, badin, le cerf aux abois frappeL’herbe, d’un pas alterné,Ou que, surpris, le chien du MénalePar le lièvre soit mené,Que l’homme amputé de sa dextreTire l’épée à-deux-mains,Que le perclus vainque à la courseAtalante aux pieds soudains,Que la mule rétive et la cavaleMâchent comme gingembre leur mors,Et qu’elle se rengorge, la taupe,De deux yeux d’Argus : alorsLorsque vous aurez dit : Oublie, oublie, ô Cyclope !Vos bouches parleront selon leur nature de bouche, et nonTelle la peau d’un vieil onagreQui résonne au tympanon.
O Mélibée, aussi,Ne disais-tu pas CharicléeEn grief souciDe ne voir, dans ma barbe mêlée,Le ruban, dont présent me fit,Par sa main, son cœur déconfit.O Cotytaris, maquerelle.Ta face rusée, en son pliCèle et décèle :Comme Corinne serait aiseS’elle avait, par mes travaux, empliDe lait, son tétin, rose et fraise.
Mieux que Corinne, sous la tunique détorce,Nulle n’a la cuisse potelée ;Couleur du cèdre dépouillé de son écorceSont les cheveux de Chariclée.Corinne a les cheveux comme une lueur.Mais Galatée a tout mon cœur.Chariclé’ bonne et doucette et tendreBaisse ses yeux de pierre aventurine.Telle la bacchante de Thrace sait s’étendreD’audace barbelée, Corinne.Chariclé’ charme par sa pudeur.Mais Galatée a tout mon cœur.
Galatée, mon beau souci,Dame, Ma Dame sans merci !De ce cœur, telle la plaine féconde,M’allez-vous faire un cœur plus dénudéQue le bois par l’hiver émondé,Et plus stérile que l’onde.Galatée ! l’osmondeJoliette,L’aneth éclos à la matinale fraîcheur, la sarriette,L’ache, si ma main les cueille,Des ronces ne valent la feuille.Galatée ! l’ambre en chapelet,Le grenat semblable à la flamme, comme laitLes perles sitôt remuées,Frases, jaconces, si j’en veuxTresser vos boucles de cheveux.En roche bise sont muées.Chères mains à toutes grâces vouées.Dame douce ! cette guerre cessez.Et de pitié (commeL’épine porte l’amortieVotre rigueur fleurissez.
Merci crié au vent ; trop durable rigueur ;Peu prisée amitié ; cœur en vaine langueurEt dure embûche ;Mon cœur plus vainement langoureux que l’oiseauAprès le haut bocage, alors qu’en un réseauSon vol trébuche.
Ses yeux si clairs, ses fosseleux souris,Son vaillant corps, son venir, son aller,Et les doux mots dont ell’ sut me parler,Et le beau teint, de son âge le prix,Son teint si beau, comme rose en pourpris,Et qui la fais à Cyprine sembler :Dons sans guerdon ! vous me deviez emblerValeur et l’heur en vos lacs entrepris.D’amour où n’est ni cautèle ni viceJ’avais juré de vous faire service,O Dame, hélas ! las ! félon à moi-même.L’eau, à la fin, la pierre drue perce,Mais non de vous la cruauté extrêmeMes tristes pleurs, car trop m’êtes adverse.
Printemps et MaiOnt parfuméEt val et plaine ;Zéphyr haleine.De-ci de-là ballent, farauds,Pastourelles et pastoureaux.Où trouver, las !Trêve et soûlasA ma grand’peine.
Versification
- Mètre
- Octosyllabes et décasyllabes (32 de 8, 24 de 10, 12 de 12, 11 de 7, 11 de 9, 8 de 4, 7 de 13, 5 de 11, 4 de 5, 4 de 6, 2 de 3, 2 de 15, 2 de 16)· profil 3, 4, 5, 6, 7, 8, 3=6, 4÷6, 5=6, 6÷6, 5÷8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
124 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après LE Pèlerin Passionné, Paris, LÉON VANIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1891· numérisation archive.org· Sources