Poésies posthumes, 1857
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Heureux le voyageur‖ que sa ville chérieVoit rentrer dans le port,‖ aux premiers feux du jour !Qui salue à la fois‖ le ciel et la patrie,La vie et le bonheur,‖ le soleil et l’amour !— Regardez, compagnons,‖ un navire s’avance.La mer, qui l’emporta,‖ le rapporte en cadence,En écumant sous lui,‖ comme un hardi coursier,Qui, tout en se cabrant,‖ sent son vieux cavalier.
Salut ! qui que tu sois,‖ toi dont la blanche voileDe ce large horizon‖ accourt en palpitantHeureux, quand tu reviens,‖ si ton errante étoileT’a fait aimer la rive !‖ heureux si l’on t’attend !
D’où viens-tu, beau navire ?‖ à quel lointain rivage,Léviathan superbe,‖ as-tu lavé tes flancs ?Es-tu blessé, guerrier ?‖ Viens-tu d’un long voyage ?C’est une chose à voir,‖ quand tout un équipage,Monté jeune à la mer,‖ revient en cheveux blancs.Es-tu ruche ? viens-tu‖ de l’Inde ou du Mexique ?Ta quille est-elle lourde,‖ ou si les vents du nordT’ont pris, pour ta rançon,‖ le poids de ton trésor ?
As-tu bravé la foudre‖ et passé le tropique ?T’es-tu, pendant deux ans,‖ promené sur la mort,Couvant d’un œil hagard‖ ta boussole tremblante,Pour qu’une Européenne,‖ une pâle indolente,Puisse embaumer son bain‖ des parfums du sérailEt froisser dans la valse‖ un collier de corail ?
Comme le cœur bondit‖ quand la terre natale,Au moment du retour,‖ commence à s’approcher,Et du vaste Océan‖ sort avec son clocher !Et quel tourment divin‖ dans ce court intervalle,Où l’on sent qu’elle arrive‖ et qu’on va la toucher !
O patrie ! ô patrie !‖ ineffable mystère !Mot sublime et terrible !‖ inconcevable amour !L’homme n’est-il donc né‖ que pour un coin de terre,Pour y bâtir son nid,‖ et pour y vivre un jour ?
Le Havre, septembre 1855.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[abab] 4[aa] 1[abaab] 2[abbab]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a chérie / patrie féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquec s’avance / cadence féminine, classiqued coursier / cavalier masculine, classiquea voile / étoile féminine, classiqueb palpitant / t’attend masculine, classiquea rivage / voyage / équipage féminine, classiqueb flancs / blancs masculine, classiquec Mexique / tropique féminine, classiqued nord / trésor / mort masculine, classiquec tremblante / indolente féminine, non classiqued sérail / corail masculine, non classiquea natale / intervalle féminine, classiqueb s’approcher / clocher / toucher masculine, classiquea mystère / terre féminine, classiqueb amour / jour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.5
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
35 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard,Paris, 1951· numérisation poesies.net· Sources