Premières poésies, 1835
Le Saule
I
Il se fit tout à coup‖ le plus profond silence,Quand Georgina Smolen‖ se leva pour chanter.Miss Smolen est très pâle.‖ — Elle arrive de France,Et regrette le sol‖ qu'elle vient de quitter.On dit qu'elle a seize ans.‖ — Elle est Américaine ;Mais, dans ce beau pays‖ dont elle parle à peine,Jamais deux yeux plus doux‖ n'ont du ciel le plus purSondé la profondeur‖ et réfléchi l'azur.Faible et toujours souffrante,‖ ainsi qu'un diadèmeElle laisse à demi,‖ sur son front orgueilleux,En longues tresses d'or‖ tomber ses longs cheveux.Elle est de ces beautés‖ dont on dit qu'on les aimeMoins qu'on ne les admire ;‖ — un noble, un chaste cœur ;La volupté, pour mère,‖ y trouva la pudeur.Bien que sa voix soit douce,‖ elle a sur le visage,Dans les gestes, l'abord,‖ et jusque dans ses pas,Un signe de hauteur‖ qui repousse l'hommage,Soit tristesse ou dédain,‖ mais qui ne blesse pas.Dans un âge rempli‖ de crainte et d'espérance,Elle a déjà connu‖ la triste indifférence,Cette fille du temps.‖ — Qui pourrait cependantSe lasser d'admirer‖ ce front triste et charmantDont l'aspect seul éloigne‖ et guérit toute peine ?Tant sont puissants, hélas !‖ sur la misère humaineCes deux signes jumeaux‖ de paix et de bonheur,Jeunesse de visage‖ et jeunesse de cœur !Chose étrange à penser,‖ il paraît difficileAu regard le plus dur‖ et le plus immobileDe soutenir le sien.‖ — Pourquoi ? Qui le dira ?C'est un mystère encor.‖ — De ce regard célesteL'atteinte, allant au cœur,‖ est sans doute funeste,Et devra coûter cher‖ à qui la recevra.Miss Smolen commença ;‖ — l'on ne voyait plus qu'elle.On connaît ce regard‖ qu'on veut en vain cacher,Si prompt, si dédaigneux,‖ quand une femme est belle !…Mais elle ne parut‖ le fuir ni le chercher.
Elle chanta cet air‖ qu'une fièvre brûlanteArrache, comme un triste‖ et profond souvenir,D'un cœur plein de jeunesse‖ et qui se sent mourir ;Cet air qu'en s'endormant‖ Desdemona tremblante,Posant sur son chevet‖ son front chargé d'ennuis,Comme un dernier sanglot,‖ soupire au sein des nuits.
D'abord ses accents purs,‖ empreints d'une tristesseQu'on ne peut définir,‖ ne semblèrent montrerQu'une faible langueur,‖ et cette douce ivresseOù la bouche sourit,‖ et les yeux vont pleurer.Ainsi qu'un voyageur‖ couché dans sa nacelle,Qui se laisse au hasard‖ emporter au courant,Qui ne sait si la rive‖ est perfide ou fidèle,Si le fleuve à la fin‖ devient lac ou torrent ;Ainsi la jeune fille,‖ écoutant sa pensée,Sans crainte, sans effort,‖ et par sa voix bercée,Sur les flots enchantés‖ du fleuve harmonieuxS'éloignait du rivage‖ en regardant les cieux…
Quel charme elle exerçait !‖ Comme tous les visagesS'animaient tout à coup‖ d'un regard de ses yeux !Car, hélas ! que ce soit,‖ la nuit dans les orages,Un jeune rossignol‖ pleurant au fond des bois,Que ce soit l'archet d'or,‖ la harpe éolienne,Un céleste soupir,‖ une souffrance humaine,Quel est l'homme, aux accents‖ d'une mourante voix,Qui, lorsque pour entendre‖ il a baissé la tête,Ne trouve dans son cœur,‖ même au sein d'une fête,Quelque larme à verser,‖ — quelque doux souvenirQui s'allait effacer‖ et qu'il sent revenir ?
Déjà le jour s'enfuit,‖ — le vent souffle, — silence !La terreur brise, étend,‖ précipite les sons.Sous les brouillards du soir‖ le meurtrier s'avance,Invisible combat‖ de l'homme et des démons !A l'action, Iago !‖ Cassio meurt sur la place.Est-ce un pêcheur qui chante,‖ est-ce le vent qui passe ?Écoute, moribonde !‖ il n'est pire douleurQu'un souvenir heureux‖ dans les jours de malheur.
Mais lorsqu'au dernier chant‖ la redoutable flammePour la troisième fois‖ vient repasser sur l'âmeDéjà prête à se fondre,‖ et que dans sa frayeurElle presse en criant‖ sa harpe sur son cœur…La jeune fille alors‖ sentit que son génieLui demandait des sons‖ que la terre n'a pas ;Soulevant par sanglots‖ des torrents d'harmonie,Mourante, elle oubliait‖ l'instrument dans ses bras.Ô Dieu ! mourir ainsi,‖ jeune et pleine de vie…Mais tout avait cessé,‖ le charme et les terreurs,Et la femme en tombant‖ ne trouva que des pleurs.
Pleure, le ciel te voit !‖ pleure, fille adorée !Laisse une douce larme‖ au bord de tes yeux bleusBriller, en s'écoulant,‖ comme une étoile aux cieux !Bien des infortunés‖ dont la cendre est pleuréeNe demandaient pour vivre‖ et pour bénir leurs mauxQu'une larme, — une seule,‖ et de deux yeux moins beaux !
Échappant aux regards‖ de la foule empressée,Miss Smolen s'éloignait,‖ la rougeur sur le front ;Sur le bord du balcon‖ elle resta penchée.
Oh ! qui l'a bien connu,‖ ce mouvement profond,Ce charme irrésistible,‖ intime, auquel se livreUn cœur dans ces moments‖ de lui-même surpris,Qu'aux premiers battements‖ un doux mystère enivre,Jeune fleur qui s'entr'ouvre‖ à la fraîcheur des nuits !Fille de la douleur !‖ harmonie ! harmonie !Langue que pour l'amour‖ inventa le génie !Qui nous vins d'Italie,‖ et qui lui vint des cieux !Douce langue du cœur,‖ la seule où la pensée,Cette vierge craintive‖ et d'une ombre offensée,Passe en gardant son voile,‖ et sans craindre les yeux.Qui sait ce qu'un enfant‖ peut entendre et peut direDans tes soupirs divins‖ nés de l'air qu'il respire,Tristes comme son cœur‖ et doux comme sa voix ?On surprend un regard,‖ une larme qui coule ;Le reste est un mystère‖ ignoré de la foule,Comme celui des flots,‖ de la nuit et des bois !…
Oh ! quand tout a tremblé,‖ quand l'âme tout entièreSous le démon divin‖ se sent encor frémir,Pareille à l'instrument‖ qui ne peut plus se taire,Et qui d'avoir chanté‖ semble longtemps gémir…Et quand la faible enfant,‖ que son délire entraîne,Mais qui ne sait d'amour‖ que ce qu'elle en rêva,Vint à lever les yeux…‖ la belle AméricaineQui dérobait les siens,‖ enfin les souleva.
Sur qui ? — Bien des regards,‖ ainsi qu'on peut le croire,Comme un regard de reine‖ avaient cherché le sien.Que de fronts orgueilleux‖ qui s'en seraient fait gloire !Sur qui donc ? — Pauvre enfant,‖ le savait-elle bien ?
Ce fut sur un jeune homme‖ à l'œil dur et sévère,Qui la voyait venir‖ et ne la cherchait pas ;Qui, lorsqu'elle emportait‖ une assemblée entière,N'avait pas dit un mot,‖ ni fait vers elle un pas.Il était seul, debout,‖ — un étrange sourire, —Sous de longs cheveux blonds‖ des traits efféminés ; —A ceux qui l'observaient‖ son regard semblait dire :On ne vous croira pas‖ si vous me devinez.Son costume annonçait‖ un fils de l'Angleterre ;Il est, dit-on, d'Oxford.‖ — Né dans l'adversité,Il habite le toit‖ que lui laissa son père,Et prouve un noble sang‖ par l'hospitalité.Il se nomme Tiburce.On dit que la natureA mis dans sa parole‖ un charme singulier,Mais surtout dans ses chants ;‖ que sa voix triste et pureA des sons pénétrants‖ qu'on ne peut oublier.Mais à compter du jour‖ où mourut son vieux père,Quoi qu'on fît pour l'entendre,‖ il n'a jamais chanté.
D'où la connaissait-il ?‖ ou quel secret mystèreTient sur cet étranger‖ son regard arrêté ?Quel souvenir ainsi‖ les met d'intelligence ?S'il la connaît, pourquoi‖ ce bizarre silence ?S'il ne la connaît pas ;‖ pourquoi cette rougeur ?On ne sait. — Mais son œil‖ rencontra l'œil timideDe la vierge tremblante,‖ et le sien plus rapideSembla comme une flèche‖ aller chercher le cœur.Ce ne fut qu'un éclair.‖ L'invisible étincelleAvait jailli de l'âme,‖ et Dieu seul l'avait vu !Alors, baissant la tête,‖ il s'avança vers elle,Et lui dit : « M'aimes-tu,‖ Georgette, m'aimes-tu ? »
II
Tandis que le soleil‖ s'abaisse à l'horizon,Tiburce semble attendre,‖ au seuil de sa maison,L'heure où dans l'Océan‖ l'astre va disparaître.A travers les vitraux‖ de la sombre fenêtre,Les dernières lueurs‖ d'un beau jour qui s'enfuitPercent encor de loin‖ le voile de la nuit.Deux puissants destructeurs‖ ont marqué leur présenceDans le manoir désert‖ du pauvre étudiant :Le temps et le malheur.‖ — Tu gardes le silence,Vieux séjour des guerriers,‖ autrefois si bruyant !Dans les longs corridors‖ qui se perdent dans l'ombre,Où de tristes échos‖ répètent chaque pas,Se mêlaient autrefois‖ des serviteurs sans nombre…La coupe des festins‖ égaya les repas.
Une lampe, qu'au loin‖ on aperçoit à peine,Prouve que de ces murs‖ un seul est habité.Ainsi tombe et périt‖ le féodal domaine ;Ici la solitude,‖ ici la pauvreté.Ce sont les lourds arceaux‖ d'un vieux laboratoireQue Tiburce a choisis ;‖ — non loin est un caveau,Peut-être une prison,‖ — peut-être un oratoire ;Car rien n'approche autant‖ d'un autel qu'un tombeau.
Là, dans le vieux fauteuil‖ de la noble famille,Où les enfants priaient,‖ où mouraient les vieillards,S'agenouilla jadis‖ plus d'une chaste filleQui poursuivait des yeux‖ de lointains étendards.Plus tard, c'est encor là‖ qu'à l'heure où le coq chante,Demandant au néant‖ des trésors inouïs,L'alchimiste courbé,‖ d'une main impuissante,
Frappa son front ridé‖ dans le calme des nuits.Le philosophe oisif‖ disséqua sa pensée…La science aujourd'hui,‖ rencontrant sous ses piedsLes vestiges poudreux‖ d'une route effacée,Sourit aux vains efforts‖ des siècles oubliés.
Sur le chevet du lit‖ pend cette triste image,Où Raphaël, traînant‖ une famille en deuil,Dépose l'Homme-Dieu‖ de la croix au cercueil.Sa mère de ses mains‖ veut couvrir son visage.Ses bras se sont roidis,‖ et, pour la ranimer,Ses filles n'ont, hélas !‖ que leur sainte prière…Ah ! blessures du cœur,‖ votre trace est amère !Promptes à vous ouvrir,‖ lentes à vous fermer !
Ici c'est Géricault‖ et sa palette ardente ;Mais qui peut oublier‖ cette fausse Judith,Et dans la blanche main‖ d'une perfide amanteLa tête qu'en mourant‖ Allori suspendit ?
Et plus loin — la clarté‖ d'une lampe sans vieAgite sur les murs,‖ dans l'ombre appesantie,Un marbre mutilé.‖ — Père d'un temps nouveau,Ta mémoire, ô héros,‖ ne sera point troublée !Ton image se cache‖ et doit rester voiléeSur la terre où l'on boit‖ encore à Waterloo…
Les arts, ces dieux amis,‖ fils de la solitude,Sont rois sous cette voûte ;‖ auprès d'eux l'humble étudeVient d'un baiser de paix‖ rassurer la douleur ;Et toi surtout, et toi,‖ triste et fidèle amie,A qui l'infortuné,‖ dans ses nuits d'insomnie,Dit tout bas ses secrets‖ qui dévorent le cœur,Toi, déesse des chants,‖ à qui, dans son supplice,La douleur tend les bras,‖ criant : — Consolatrice !Consolatrice !A l’âge où la chaleur du sangFait éclore un désir‖ à chaque battement,Où l'homme, apercevant,‖ des portes de la vie,La Mort à l'horizon,‖ s'avance et la défie, —Parmi les passions‖ qui viennent tour à tourS'asseoir au fond du cœur‖ sur un trône invisible,La haine, — l'intérêt,‖ — l'ambition, — l'amour,Tiburce n'en connaît‖ qu'une, — la plus terrible.Jusqu'à ce jour, du moins,‖ le sillon n'a sentiDes autres que le germe ;‖ une seule a grandi.Quant à cette secrète‖ et froide maladie,Misérable cancer‖ d'un monde qui s'en va,Ce facile mépris‖ de l'homme et de la vie,Nul de l'avoir connu‖ jamais ne l'accusa.Mais pourquoi cherchait-il‖ ainsi la solitude ?
On ne sait. — Dès longtemps‖ il chérissait l'étude.Autrefois ignoré,‖ mais content de son sort,Il marcha sur les pas‖ de ceux à qui la mortRévèle les secrets‖ de l'être et de la vie.Incliné sous sa lampe,‖ infatigable amantD'une science aride‖ et longtemps poursuivie,On le voyait, la nuit,‖ écrire assidûment ;Ou quelquefois encor,‖ quand l'astre au front d'albâtreEfface les rayons‖ de son disque incertain,Il osait, oubliant‖ sa tâche opiniâtre,Étudier les lois‖ de ces mondes sans fin,Flots d'une mer de feu‖ sur nos fronts balancée,Et que n'ont pu compter‖ ni l'œil ni la pensée !…
Mais, hélas ! que de jours,‖ que de longs jours passés,Ont vu depuis ce temps‖ ses travaux délaissés !Renfermé dans les murs‖ où mourut son vieux père,Depuis plus de deux ans,‖ sous son toit solitaireIl vit seul, loin des yeux,‖ — heureux, — car ses amis,En calculant les jours,‖ n'ont point compté les nuits.Peut-être en se cachant‖ voulait-il le silence…Qui savait ses projets ?‖ Nul ne connaît celuiQui le fait sur le seuil‖ demeurer aujourd'hui.
Mais la nuit à grands pas‖ sur la terre s'avance,Et les ombres déjà,‖ que le vent fait frémir,Sur le sol obscurci‖ semblent se réunir.Le repos par degrés‖ s'étend sur les campagnes ;L'astre baisse, — il s'arrête‖ au sommet des montagnes,Jette un dernier regard‖ aux cimes des forêts,Et meurt. — Les nuits d'hiver‖ suivent les soirs de près.Quelques groupes épards‖ d'oisifs, de jeunes filles,De joyeux villageois‖ regagnant la cité,Se distinguent encor,‖ malgré l'obscurité.Sur le chaume habité‖ par de pauvres familles,Des feux de loin en loin‖ enfument les vieux toitsNoircis par l'eau du ciel‖ dont dégouttent les bois.Tandis que des enfants‖ la voix fraîche et sonore,Montant avec l'encens‖ de la maison de Dieu,Au bruit confus des mers‖ au loin se mêle encore,Et fait frémir au vent‖ les vitraux du saint lieu,Quelques refrains grossiers‖ que l'on entend à peineRappellent au passant‖ le jour du samedi.Le buveur nonchalant‖ a laissé loin de luiL'artisan de la veille,‖ obsédé par la gêne,Qui, baignant de sueur‖ chaque morceau de pain,Travaillant pour le jour,‖ doute du lendemain.L'oubli, ce vieux remède‖ à l'humaine misère,Semble avec la rosée‖ être tombé des cieux.Se souvenir, hélas !‖ — oublier, — c'est sur terreCe qui, selon les jours,‖ nous fait jeunes ou vieux !
Tiburce contemplait‖ cette bizarre scène ;Son œil sous les vapeurs‖ apercevait à peineLes fantômes mouvants‖ qui passaient devant luiDieu juste ! sous ces toits‖ que d'humbles destinéesS'achevant en silence‖ ainsi qu'elles sont nées ! —Et Tiburce pensa‖ qu'il était pauvre aussi.
Ah ! Pauvreté, marâtre !‖ à qui donc est utileCelui qui d'un sein maigre‖ a bu ton lait stérile ?A quoi ressemble l'homme,‖ ignoré du destin,Qui, reprenant le soir‖ son sentier du matin,Marchant à pas comptés‖ dans sa vie inconnue,S'endort quand sur son toit‖ la nuit est descendue ?Peut-être est-ce le sage ;‖ — un moins pesant fardeauCourbe plus lentement‖ son front jusqu'au tombeau ;Mais celui qu'un fatal‖ et tout-puissant génieLivre dans l'ombre épaisse‖ à la pâle Insomnie,Celui qui, pour souffrir‖ ne se reposant pas,Vit d'une double vie,‖ — oh ! qu'est-il ici-bas ?Pareille à l'ange armé‖ du saint glaive de flamme,L'invincible Pensée‖ a du seuil de son âmeChassé le doux sommeil,‖ comme un hôte étranger.Seule elle y règne, — et n'est‖ pas longue à la changerEn une solitude‖ immense, et plus profondeQue les déserts perdus‖ sur les bornes du monde !Mais silence ! écoutez !‖ — c'est le son du beffroi.Tiburce s'est levé :‖ « L'heure de la prière !Dit-il, soit : c'est mon heure !‖ ils prieront Dieu pour moi ! »Il marche ; il est parti…Le jour et la lumièreDes sinistres projets‖ sont mauvais confidents.Là, les audacieux‖ sont nommés imprudents.La pensée, évitant‖ l'œil vulgaire du monde,S'enfuit au fond du cœur.‖ — La nuit, la nuit profondeVient seule relever,‖ à l'heure du sommeil,Les fronts qui s'inclinaient‖ aux rayons du soleil.
Pâle étoile du soir,‖ messagère lointaine,Dont le front sort brillant‖ des voiles du couchant,De ton palais d'azur,‖ au sein du firmament,Que regardes-tu dans la plaine ?La tempête s'éloigne,‖ et les vents sont calmés.La forêt, qui frémit,‖ pleure sur la bruyère ;Le phalène doré,‖ dans sa course légère,Traverse les prés embaumés.Que cherches-tu‖ sur la terre endormie ?Mais déjà vers les monts‖ je te vois t'abaisser ;Tu fuis, en souriant,‖ mélancolique amie,Et ton tremblant regard‖ est près de s'effacer.
Étoile qui descends‖ sur la verte colline,Triste larme d'argent‖ du manteau de la Nuit,Toi qui regarde au loin‖ le pâtre qui chemine,Tandis que pas à pas‖ son long troupeau le suit, —Étoile, où t'en vas-tu,‖ dans cette nuit immense ?Cherches-tu sur la rive‖ un lit dans les roseaux ?Où t'en vas-tu si belle,‖ à l'heure du silence,Tomber comme une perle‖ au sein profond des eaux ?Ah ! si tu dois mourir,‖ bel astre, et si ta têteVa dans la vaste mer‖ plonger ses blonds cheveux,Avant de nous quitter,‖ un seul instant arrête ; —Étoile de l'amour,‖ ne descends pas des cieux !
III
« C'est vrai, Bell, répondit‖ Georgette à son amie,Souvent jusqu'à la nuit‖ j'aime à rester ici.La mer y vient mourir‖ sur la plage endormie…— Mais qu'as-tu ? dit Bella :‖ pourquoi pleurer ainsi ?
— Restons, restons toujours ;‖ ce sont de douces larmes…,Douces, et sans motif…‖ et des larmes pourtant !As-tu peur ? mais la peur‖ elle-même a ses charmes…C'est mon plaisir du soir ;‖ restons un seul instant.
— Hélas ! bonne Georgette,‖ il faut bien qu'on te cède ;Mais la nuit va venir,‖ et… Dieu nous soit en aide !Pourquoi donc dans ma main‖ sens-je frémir ta main ? »
Georgette, en soupirant,‖ regarda son amie :
« Ainsi, Bella, pour toi,‖ de ce double cheminOù l'on dit que nos pas‖ s'égarent dans la vie,Un seul, un seul existe,‖ et te sera connu !L'hiver prochain, dis-moi,‖ Bell, quel âge auras-tu ?Mais que dis-je ? notre âge‖ est à peu près le même.Je suis folle, et c'est tout.‖ Pauvre Bella, je t'aimeDu fond du cœur.— Mon Dieu ! Georgina, qu’as-tu donc ?Tu ne te soutiens plus…— Pardon, chère, pardon !Tiens, donne-moi ton bras,‖ et revenons ensemble. »
Toutes deux lentement‖ marchèrent quelques pas.
« Non ! cria Georgina,‖ non, je ne le puis pas !Je ne puis pas le fuir !‖ N'est-ce pas qu'il te semble,Bella, que je suis pâle,‖ et que je dois souffrir ?C'est le bruit de ces flots,‖ de ce vent qui murmure,C'est l'aspect de ces bois,‖ c'est toute la natureQui me brise le cœur,‖ et qui me fait mourir !…Ah ! Bella, ma Bella,‖ rien que par la pensée,Tant souffrir ! Quelle nuit‖ terrible j'ai passée !Terrible et douce, amie !‖ écoute, écoute-moi…
— Parle, ma Georgina,‖ raconte-moi ta peine.
— Oui, tout à toi, Bella,‖ car ma pauvre âme est pleine,Et qui me soutiendra,‖ chère, si ce n'est toi ?Sœur de mon âme, écoute.‖ Ô mon unique amie,C'est de bonheur, Bella,‖ que je meurs ! c'est ma vieQui dans cet océan‖ se perd comme un ruisseau.Pour toi, ces eaux, ces bois,‖ tout est muet, ma chère !Viens, ma bouche et mon cœur‖ t'en diront le mystère…Rappelons-nous Hamlet,‖ et sois mon Horatio. »
IV
Au bord d'une prairie,‖ où la fraîche roséeIncline au vent du soir‖ la bruyère arrosée,Le château de Smolen,‖ vénérable manoir,Découpe son portail‖ sous un ciel triste et noir.C'est au pied de ces murs‖ que Tiburce s'arrête.Il écoute. — A travers‖ les humides vitraux,Il voit passer une ombre‖ et luire des flambeaux :« A cette heure ! dit-il.‖ Est-ce encore une fête ? »Puis, avec un murmure,‖ il ajoute plus bas :« M'aurait-elle trompé ?‖ » Dans ce moment, un pasAu penchant du coteau‖ semble se faire entendre…Il est sans armes, seul.‖ — Viendrait-on le surprendre ?
Il hésite, — il approche‖ à pas silencieux.Caché sous le portail‖ qui couvre une ombre épaisse,Tour à tour près du mur‖ il se penche et se baisse…Quel spectacle imprévu‖ vient de frapper ses yeux !
Près de l'ardent foyer‖ où le chêne pétille,Le vieux Smolen courbé‖ récite à haute voixL'oraison qu'après lui‖ répète sa famille. —Comme dans ce guerrier‖ si terrible autrefoisLa sainte paix de l'âme‖ efface les années !Il prie, et cependant‖ deux femmes inclinéesPour parler au Seigneur‖ se reposent sur lui.Tiburce les connaît ;‖ — l'une est âgée — et l'autre…— Corrupteur, corrupteur,‖ que viens-tu faire ici ?Vois ! elle est à genoux,‖ mais les chants de l'apôtreNe retentissent plus‖ dans le fond de son cœur.Pourquoi ces mouvements,‖ ces yeux fixés à terre ?Qui rendra maintenant‖ cette fille à son père ?…Qui sait si ce vieillard,‖ certain de son honneur,Tout en priant ainsi,‖ n'a pas de sa paroleDétourné sa pensée,‖ et s'il ne bénit pasEn ce moment, hélas !‖ l'enfant qui le console,Et dont l'ange gardien‖ fuit au bruit de tes pas ?…
Mais non, non, ce vieillard‖ ne saurait douter d'elle.Soixante ans de vertu‖ l'on fait croire au bonheur.Georgina s'est levée.‖ — Ah ! que cette pâleurLui sied bien à tes yeux,‖ Tiburce, et qu'elle est belle !Courbe-toi, jeune fille,‖ et du pied de l'autelViens présenter ton front‖ au baiser paternel.Presse, en te retirant,‖ sur ta lèvre brûlante,La main de ce vieillard ;‖ — encor ! — bien ! presse-la !N'entends-tu pas ton cœur,‖ douce et loyale amante,Ton cœur qui bat de joie,‖ et te crie : « Il est là ! »
Il est là, miss Smolen,‖ qui t'attend, et qui compteLes bénédictions‖ d'un père à son enfant.Il est là, sur le seuil,‖ qui descend et qui monte,Comme un larron de nuit‖ que la frayeur surprend.Hâte-toi, le temps fuit !‖ l'horizon se colore !L'astre des nuits bientôt‖ va briller, — hâte-toi !
Mais à peine au château‖ quelques clartés encoreS'agitent çà et là.‖ — Le silence, — l'effroi. —Quelques pas, quelques sons‖ traversent la nuit sombre ;Une porte a gémi‖ dans un long corridor. —Tiburce attend toujours.‖ — Le ravisseur, dans l'ombre,N'a-t-il pas des pensers‖ de meurtrier ? — Tout dort.
Oh ! qui n'a pas senti‖ son cœur battre plus viteA l'heure où sous le ciel‖ l'homme est seul avec Dieu ?Qui ne s'est retourné,‖ croyant voir à sa suiteQuelque forme glisser,‖ — quand des lignes de feu,Se croisant en tous sens,‖ brillent dans les ténèbres,Comme les veines d'or‖ du mur d'airain des nuits !Lorsque l'homme effrayé,‖ soulevant les tapisQui se froissent sur lui,‖ croit que des cris funèbresDe courir à son or‖ sont venus l'avertir…Malheur ! quand la nuit vient,‖ l'homme est fait pour dormir.
Il est certain qu'alors‖ l'Effroi sur notre têtePasse comme le vent‖ sur la cime des bois,Et lorsqu'à son aspect‖ le cœur manque, il s'arrête,Et saisit aux cheveux‖ l'homme resté sans voix.Derrière l'angle épais‖ d'une fenêtre obscure,Tiburce resté seul‖ avançait à grands pas.Aux rayons de la lune‖ une blanche figureParut à son approche‖ et glissa dans ses bras ;« Hélas ! après deux ans !‖ » dit-elle, et sa penséeMourut dans un soupir‖ sur sa lèvre glacée…
V
« Qu'avez-vous, mon ami ?‖ pourquoi ce front chagrin ?Seigneur, me cachez-vous‖ vos sujets de tristesse ?Vous avez négligé‖ de prier ce matin ;Cher seigneur, vous souffrez.‖ Le mal qui vous oppresseMe fait souffrir aussi.— Rien, rien, dit le vieillard.Où donc est votre fille ?‖ elle descend bien tard.
— Dieu du ciel ! Georgina,‖ mon cher seigneur, vous aime,Et vos chagrins la font‖ souffrir comme moi-même ;Elle pleure. Ô Smolen !‖ qui vous a, cette nuit,Fait tout à coup ainsi‖ sortir de votre lit ?— Silence ! disiez-vous ;‖ — et cependant, pensai-je,Les chemins et les toits‖ sont recouverts de neige.Hélas ! je parle au nom‖ d'une vieille amitié,Qui de vos soixante ans‖ a porté la moitié.
— Je suis malade, femme, et rien de plus.— Malade ?Quoi ! Smolen est malade,‖ et par cette saisonExpose son front chauve‖ à l'agitationD'une nuit de tempête ?‖ Et seul, la nuit, s'évadeEn me criant : « Silence !‖ » — ainsi qu'un assassinQue l'esprit de malheur‖ conduit à son dessein ?Oui, vous êtes malade,‖ ou je suis bien trompée.C'est le cœur, cher seigneur,‖ le cœur qui souffre en vous.Pitié, mon Dieu ! Pourquoi‖ demander votre épée ?Où voulez-vous aller ?‖ Seigneur, songez à nous.Allez-vous dans le deuil‖ laisser votre famille ?
— Rien, rien, dit le vieillard.‖ Mais où donc est ma fille ? »
VI
Comme avec majesté‖ sur ces roches profondesQue l'inconstante mer‖ ronge éternellement,Du sein des flots émus‖ sort l'astre tout-puissant,Jeune et victorieux,‖ — seule âme des deux mondes !L'Océan, fatigué‖ de suivre dans les cieuxSa déesse voilée‖ au pas silencieux,Sous les rayons divins‖ retombe et se balance.Dans les ondes sans fin‖ plonge le ciel immense.La terre lui sourit.‖ — C'est l'heure de prier.Être sublime ! Esprit‖ de vie et de lumière,Qui, reposant ta force‖ au centre de la terre,Sous ta céleste chaîne‖ y restes prisonnier !Toi, dont le bras puissant,‖ dans l'éternelle plaine,Parmi les astres d'or‖ la soulève et l'entraîneSur la route invisible,‖ où d'un regard de DieuTomba dans l'infini‖ l'hyperbole de feu !Tu peux faire accourir‖ ou chasser la tempêteSur ce globe d'argile‖ à l'espace jeté,D'où vers son Créateur‖ l'homme élevant sa têtePasse et tombe en rêvant‖ une immortalité ;Mais comme toi son sein‖ renferme une étincelleDe ce foyer de vie‖ et de force éternelle,Vers lequel en tremblant‖ le monde étend les bras,Prêt à s'anéantir,‖ s'il ne l'animait pas !Son essence à la tienne‖ est égale et semblable.Lorsque Dieu l'en tira‖ pour lui donner le jour,Il te fit immortel,‖ et le fit périssable.Il te fit solitaire,‖ et lui donna l'amour.Amour ! torrent divin‖ de la source infinie !Ô dieu d'oubli, dieu jeune,‖ au front pâle et charmant !Toi que tous ces bonheurs,‖ tous ces biens qu'on envieFont quelquefois de loin‖ sourire tristement,Qu'importe cette mer,‖ son calme et ses tempêtes,Et ces mondes sans nom‖ qui roulent sur nos têtes,Et le temps et la vie,‖ au cœur qui t'a connu ?Fils de la Volupté,‖ père des Rêveries,Tes filles sur ton front‖ versent leurs fleurs chéries,Ta mère en soupirant‖ t'endort sur son sein nu !
A cette heure d'espoir,‖ de mystère et de crainteOù l'oiseau des sillons‖ annonce le matin,Tiburce de la ville‖ avait gagné l'enceinte,Et de son pauvre toit‖ reprenait le chemin.Tout se taisait au loin‖ dans les blanches prairies :Tout, jusqu'au souvenir,‖ se taisait dans son cœur.Pour la nature et l'homme,‖ ainsi parfois la vieA ses jours de soleil‖ et ses jours de bonheur.C'est une pause — un calme —‖ une extase indicible.Le Temps — ce voyageur‖ qu'une main invisible,D'âge en âge, à pas lents,‖ mène à l'éternité —Sur le bord du chemin,‖ pensif, s'est arrêté.
Ah ! brûlante, brûlante,‖ ô nature ! est la flammeQue d'un être adoré‖ la main laisse à la main,Et la lèvre à la lèvre,‖ et l'âme au fond de l'âme !Devant tes voluptés,‖ ô Nuit ! c'est le MatinQui devrait disparaître‖ et replier ses ailes !Pourquoi te réveiller,‖ quand, loin des feux du jour,Aux accents éloignés‖ de tes sœurs immortelles,Tes beaux yeux se fermaient‖ dans les bras de l'Amour ?Que fais-tu, jeune fille,‖ à cette heure craintive ?Lèves-tu ton front pâle‖ au bord du flot dormant,Pour suivre à l'horizon‖ les pas de ton amant ?La vaste mer, Georgette,‖ a couvert cette rive.L'écume de ses eaux‖ trompera tes regards.Tu la prendras de loin‖ pour le pied des rempartsOù de ton bien-aimé‖ tu crois voir la demeure.Rentre, cœur plein d'amour !‖ les vents d'est à cette heureGlissent dans tes cheveux,‖ et leur souffle est glacé.Retourne au vieux manoir,‖ et songe au temps passé !Sous les brouillards légers‖ qui dérobaient la terre,Tiburce dans les prés‖ s'avançait lentement.Il atteignit enfin‖ la maison solitaireQue rougissaient déjà‖ les feux de l'orient. —Ce fut à ce moment‖ qu'en refermant sa porteIl sentit tout à coup‖ un bras lui résister :« Qui donc lutte avec moi ?‖ » dit-il d'une voix forte.« Homme, dit le vieillard,‖ songez à m'écouter. »
VII
C'est une chose étrange,‖ à cet instant du jour,De voir ainsi les sœurs,‖ au fond de ce vieux cloître,Parler en s'agitant,‖ et passer tour à tour.Tantôt subitement‖ le bruit semble s'accroître,Puis tout à coup il cesse,‖ et tous pour un momentDemeurent en silence,‖ et comme dans la crainteDe quelque singulier‖ et triste événement.Écoutez ! — écoutez !‖ — N'est-ce pas une plainteQue nous venons d'entendre ?‖ On dirait une voixQui souffre et qui gémit‖ pour la dernière fois.Elle sort d'un caveau‖ que la foule environne.Des pleurs, un crucifix,‖ des femmes à genoux…Ô sœurs, ô pâles sœurs !‖ sur qui donc priez-vous ?Qui de vous va mourir ?‖ qui de vous abandonneUn vain reste de jours‖ oubliés et perdus ?Car vous, filles de Dieu,‖ vous ne les comptez plus.Que le sort les épargne‖ ou qu'il vous les demande,Vous attendez la mort‖ dans des habits de deuil ;Et qui sait si pour vous‖ la distance est plus grande,Ou de la vie au cloître,‖ — ou du cloître au cercueil ?Inclinée à demi‖ sur le bord de sa couche,Une femme, — une enfant,‖ faible, mais belle encor,Semble en se débattant‖ lutter avec la mort.Ses bras cherchent dans l'ombre‖ et se tordent. Sa boucheFait pour baiser la croix‖ des efforts impuissants.Elle pleure, — elle crie,‖ — elle appelle à voix hauteSa mère… — Ô pâles sœurs,‖ quelle fut donc sa faute ?Car ce n'est pas ainsi‖ que l'on meurt à seize ans.
Le soleil a deux fois‖ rendu le jour au mondeDepuis que dans ce cloître‖ un vieillard l'amena.Il regarda tomber‖ sa chevelure blonde,Lui montra sa cellule,‖ — et puis lui pardonna.Elle était à genoux‖ quand il s'éloigna d'elle ;Mais en se relevant‖ une pâleur mortelleLa força de chercher‖ un bras pour s'appuyer, —Et depuis ce moment‖ on n'a plus qu'à prier.
Ah ! priez sur ce lit !‖ priez pour la mourante !Si jeune ! et voyez-la,‖ sa main faible et tremblanteVous montre en expirant‖ le lieu de la douleur, —Et, quel que soit son mal,‖ il est venu du cœur.
Savez-vous ce que c'est‖ qu'un cœur de jeune fille ?Ce qu'il faut pour briser‖ ce fragile roseauQui ploie et qui se courbe‖ au plus léger fardeau ?L'amitié, — le repos,‖ — celui de sa famille ; —La douce confiance,‖ — et sa mère, — et son Dieu, —Voilà tous ses soutiens ;‖ qu'un seul lui manque, adieu !Ah ! priez. Si la mort,‖ à son heure dernière,A la clarté du ciel‖ entr'ouvrait sa paupière,Peut-être elle dirait,‖ avant de la fermer,Comme Desdemona :‖ « Tuer pour trop aimer ».
Il est sous le soleil‖ de douces créaturesSur qui le ciel versa‖ ses beautés les plus pures,Êtres faibles et bons,‖ trop charmants pour souffrir,Que l'homme peut tuer,‖ mais qu'il ne peut flétrir.Le Malheur, ce vieillard‖ à la main desséchée,Voit s'incliner leur tête‖ avant qu'il l'ait touchée ;Ils veulent ici-bas‖ d'un trône, — ou d'un tombeau.
Telles furent, hélas !‖ bien des infortunéesQue dévora la tombe‖ au sortir du berceau,Que le ciel au bonheur‖ avait prédestinées ;Et telle fut aussi‖ celle qui va mourir.Déjà le mal atteint‖ les sources de la vie.A peine, soulevant‖ sa tête appesantie,Sa main, son bras tremblant,‖ peuvent la soutenir.Cependant elle cherche,‖ — elle écoute sans cesse ;A travers les vitraux,‖ sur la muraille épaisse,Tombe un rayon. — Hélas !‖ c'est encore un beau jour.Tout renaît, la chaleur,‖ la vie et la lumière.Ah ! c'est quand un beau ciel‖ sourit à notre terre,Que l'aspect de ces biens‖ qui nous fuient sans retour,Nous montre quel désert‖ emplissait notre amour !
Mais qui ne sait, hélas !‖ que toujours l'Espérance,Des célestes gardiens‖ veillant sur la souffrance,Est le dernier qui reste‖ auprès du lit de mort ?Jetant quelques parfums‖ dans la flamme expirante,Et jusqu'à son cercueil‖ emportant la mourante,Elle berce en chantant‖ la Douleur qui s'endort.
Si loin qu'à l'horizon‖ son regard peut s'étendre,L'œil de la pauvre enfant‖ sur l'eau s'est arrêté :« Quoi ! rien ? » murmure-t-elle ;‖ — et que peut-elle attendreMais la mort, à pas lents,‖ vient de l'autre côté.L'Océan tout à coup,‖ et le ciel et la terreTournent, — tout se confond.‖ — Le fanal solitaireComme un homme enivré‖ chancelle. — Ange des cieux !N'est-ce pas pour toujours‖ qu'elle a fermé les yeux ?
La grille en cet instant‖ a resonné. — Silence !Un pas se fait entendre,‖ — un jeune homme s'élance.Il est couvert d'un froc.‖ — Tous se sont écarté.Il traverse la foule‖ à pas précipités :
« Mes sœurs, demande-t-il,‖ où donc est la novice ? »
Il l'a vue ; un soupir‖ dans l'ombre a répondu.Alors, d'un ton de voix‖ qui veut qu'on obéisse :« Georgette, lui dit-il,‖ Georgette, m'entends-tu ? »
En prononçant ces mots,‖ le frère se découvre.De la malade alors‖ la paupière s'entr'ouvre ;L'a-t-elle reconnu ?‖ Son œil terne et hagardEst voilé d'un nuage‖ et se perd dans le vide.Il doute, — sur son front‖ passe un éclair rapide.« Laissez-nous seuls, dit-il,‖ je suis venu trop tard. »
Le ciel s'obscurcissait.‖ — Les traits de la mouranteS'effaçaient par degrés,‖ sous la clarté tremblante.Auprès de son chevet‖ le crucifix laisséDe ses débiles mains‖ à terre avait glissé.Le silence régnait‖ dans tout le monastère,Un silence profond,‖ — triste, — et que par momentInterrompait un faible‖ et sourd gémissement.Sous le rideau du lit‖ courbant son front sévère,L'étranger immobile‖ écoutait, — regardait ; —Tantôt il suppliait,‖ — tantôt il ordonnait.On distingua de loin‖ quelques gestes bizarres,Accompagnés de mots‖ que nul ne saisissait,Mais qui, prononcés bas,‖ et de plus en plus rares,Après quelques moments‖ cessèrent tout à fait.Au nom de l'ordre saint‖ dont il se disait frère,Auprès de la malade‖ on l'avait laissé seul…Sur le bord de la couche‖ il vit pendre un linceul :« Trop tard, répéta-t-il,‖ trop tard ! » et sur la terreIl tomba tout à coup,‖ plein de rage et d'horreur.Hommes, vous qui savez‖ comprendre la douleur,Gémir, jeter des pleurs,‖ prier sur une tombe,Pensez-vous quelquefois‖ à ce que doit souffrirCelui qui voit ainsi‖ l'infortuné qui tombe,Et lui tend une main‖ qu'il ne peut plus saisir ?Celui qui sur un lit‖ vient pencher son front blêmeOù les nuits sans sommeil‖ ont gravé leur pâleur,Et là, d'un œil ardent,‖ chercher sur ce qu'il aime,Comme un signe de vie,‖ un signe de douleur ;Qui, suspendant son âme‖ à cette âme adorée,S'attache à ce rameau‖ qui va l'abandonner ;Qui, maudissant le jour‖ et sa vue abhorrée,Sent son cœur plein de vie,‖ et n'en peut rien donner ?Et lorsque la dernière‖ étincelle est éteinte,Quand il est resté là,‖ — sans espoir et sans crainte,— Qu'il contemple ces traits,‖ ce calme plein d'horreur,Ces longs bras amaigris,‖ traînant hors de la couche,Ce corps frêle et roidi,‖ ces yeux et cette boucheOù le néant ressemble‖ encore à la douleur…Il soulève une main‖ qui retombe glacée ;Et s'il doute, insensé !‖ s'il se retourne, il voitLa Mort branlant la tête,‖ et lui montrant du doigtL'être pâle, étendu‖ sans vie et sans pensée.
VIII
Tout est fini ; la cendre‖ est rendue à la terre.Le ministre est parti,‖ — peut-être l'attend-on.Tu t'es évanouie !‖ ô toi, fleur solitaire !Il ne reste plus rien,‖ — rien qu'un tombeau sans nom.
Personne n'a suivi‖ sa dépouille mortelle.Aucun pas n'est marqué‖ sur le bord du chemin.Son vieux père est trop faible,‖ et d'ailleurs privé d'elle,Plus loin encor, peut-être,‖ il la suivra demain.
Descends donc, pauvre fille,‖ et ta tombe ignorée,Sous ta pierre mal jointe‖ et d'herbes entourée !Cette terre est fertile,‖ et va bientôt fleurirSur le débris nouveau‖ qu'elle vient de couvrir…Ô terre ! toi qui sais‖ sous la tombe muetteGarder si bien les morts‖ que l'Océan rejette,Quand ton sein, fécondé‖ par la corruption,Redemande la vie‖ à la destruction,Qu'es-tu donc qu'un sépulcre‖ immense, et dont l'emblèmeEst le serpent roulé‖ qui se ronge lui-même ?
— Mais vous, rêves d'amour,‖ rires, propos d'enfant,Et toi, charme inconnu‖ dont rien ne se défend,Qui fit hésiter Faust‖ au seuil de Marguerite,Doux mystère du toit‖ que l'innocence habite,Candeur des premiers jours,‖ qu'êtes-vous devenus ? —
Paix profonde à ton âme,‖ enfant ! à ta mémoire !Adieu ! Ta blanche main‖ sur le clavier d'ivoireDurant les nuits d'été‖ ne voltigera plus…
IX
Glisse au sein de la nuit,‖ beau brick de l'Espérance !Terre d'Écosse, adieu !‖ Glisse, fils des forêts !— Que l'on tienne les yeux,‖ que l'on veille de prèsSur ce jeune homme en deuil‖ qui seul, dans le silence,De la poupe, en chantant,‖ se penche sur les flots.Ses yeux sont égarés.‖ Deux fois les matelotsL'ont reçu dans leurs bras,‖ prêt à perdre la vie,Et cependant il chante,‖ et l'oreille est ravieDes sons mystérieux‖ qu'il mêle au bruit des vents.« Le saule… — au pied du saule…‖ » — il parle comme en rêve.« Barbara ! — Barbara !‖ » Sa voix baisse, s'élève,Et des flots tour à tour‖ suit les doux mouvements.— Enfants, veillez sur lui !‖ — la force l'abandonne !Sa voix tombe et s'éteint,‖ — pourtant il chante encor.Quel peut être le mal‖ qui cause ainsi sa mort ?Couchez-le sur un lit,‖ enfants, la mer est dure !— Enseigne, répondit‖ la voix des matelots,Son manteau recouvrait‖ une large blessure,D'où son sang goutte à goutte‖ est tombé dans les flots. »
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 74[abab] 121[aa] 46[abba] 1[aabab] 1[ababa] 1[abbaa]
- Mètre
- Alexandrins surtout (742 de 12, 2 de 8, 1 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a silence / France féminine, classiqueb chanter / quitter masculine, classiquec Américaine / peine féminine, classiqued pur / l'azur masculine, classiquee diadème / aime féminine, classiquef orgueilleux / cheveux masculine, classiqueg cœur / pudeur masculine, classiqueh visage / l'hommage féminine, classiquei pas masculine, classiquej d'espérance / indifférence féminine, classiquek cependant / charmant masculine, classiquel peine / humaine féminine, classiquem bonheur / cœur masculine, classiquen difficile / immobile féminine, classiqueo dira / recevra masculine, classiquep céleste / funeste féminine, classiqueq qu'elle / belle féminine, classiquer cacher / chercher masculine, classiquea brûlante / tremblante féminine, classiqueb souvenir / mourir masculine, classiquec d'ennuis / nuits masculine, classiquea tristesse / ivresse féminine, classiqueb montrer / pleurer masculine, classiquec nacelle / fidèle féminine, classiqued courant / torrent masculine, classiquee pensée / bercée féminine, classiquef harmonieux / cieux / yeux masculine, classiquea visages / orages féminine, classiquec bois / voix masculine, classiqued éolienne / humaine féminine, classiquee tête / fête féminine, classiquef souvenir / revenir masculine, classiquea silence / s'avance féminine, classiqueb sons / démons masculine, classiquec place / passe féminine, classiqued douleur / malheur masculine, classiquea flamme / l'âme féminine, classiqueb frayeur / cœur masculine, classiquec génie / d'harmonie / vie féminine, classiqued pas / bras masculine, classiquee terreurs / pleurs masculine, classiquea adorée / pleurée féminine, classiqueb bleus / cieux masculine, classiquec maux / beaux masculine, classiquea empressée / penchée féminine, classiqueb front / profond masculine, classiqueb livre / enivre féminine, classiquec surpris / nuits masculine, classiqued harmonie / génie féminine, classiquee cieux / yeux masculine, classiquef pensée / offensée féminine, classiqueg dire / respire féminine, classiqueh voix / bois masculine, classiquei coule / foule féminine, classiquea entière / taire féminine, classiqueb frémir / gémir masculine, classiquec entraîne / Américaine féminine, classiqued rêva / souleva masculine, classiquea croire / gloire féminine, classiqueb sien / bien masculine, classiquea sévère / entière féminine, classiquec sourire / dire féminine, classiqued efféminés / devinez masculine, classiquee l'Angleterre / père féminine, classiquef l'adversité / l'hospitalité masculine, classiqueg Tiburce / nature / pure féminine, classiqueh singulier / oublier masculine, classiquei père / mystère féminine, classiquej chanté / arrêté masculine, classiquec d'intelligence / silence féminine, classiqued rougeur / cœur masculine, classiquee timide / rapide féminine, classiquef étincelle / elle féminine, classiqueg vu / m'aimes-tu masculine, classiquea l'horizon / maison masculine, classiqueb disparaître / fenêtre féminine, classiquec s'enfuit / nuit masculine, classiqued présence / silence féminine, classiquee étudiant / bruyant masculine, classiquef l'ombre / nombre féminine, classiqueg pas / repas masculine, classiquea peine / domaine féminine, classiqueb habité / pauvreté masculine, classiquec laboratoire / oratoire féminine, classiqued caveau / tombeau masculine, classiquea famille / fille féminine, classiqueb vieillards / étendards masculine, classiquec chante / impuissante féminine, classiqued inouïs / nuits masculine, classiqueb pensée / effacée féminine, classiquec pieds / oubliés masculine, classiquea image / visage féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquec ranimer / fermer masculine, classiqued prière / amère féminine, classiquea ardente / amante féminine, classiqueb Judith / suspendit masculine, classiquea vie / appesantie féminine, classiqueb nouveau / Waterloo masculine, classiquec troublée / voilée féminine, classiquea solitude / étude féminine, classiqueb douleur / cœur masculine, classiquec amie / d'insomnie féminine, classiqued supplice / Consolatrice féminine, classiquee Consolatrice / sang / battement masculine, classiquef vie / défie féminine, classiqueg tour / l'amour masculine, non classiqueh invisible / terrible féminine, classiquei senti / grandi masculine, classiquej maladie / vie féminine, classiquek va / l'accusa masculine, classiquel solitude / l'étude féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquec vie / poursuivie féminine, classiqued amant / assidûment masculine, classiquee d'albâtre / opiniâtre féminine, classiquef incertain / fin masculine, classiqueg balancée / pensée féminine, classiquea passés / délaissés masculine, classiqueb père / solitaire féminine, classiquec amis / nuits masculine, classiquee celui / aujourd'hui masculine, classiqueb frémir / réunir masculine, classiquec campagnes / montagnes féminine, classiqued forêts / près masculine, classiquee filles / familles féminine, classiquef cité / l'obscurité masculine, classiqueg toits / bois masculine, classiqueh sonore / encore féminine, classiquei Dieu / lieu masculine, classiquej peine / gêne féminine, classiquek samedi / lui masculine, classiquel pain / lendemain masculine, classiquem misère / terre féminine, classiquen cieux / vieux masculine, classiquea scène / peine féminine, classiqueb lui / aussi masculine, classiquec destinées / nées féminine, classiquea utile / stérile féminine, classiqueb destin / matin masculine, classiquec inconnue / descendue féminine, classiqued fardeau / tombeau masculine, classiquee génie / Insomnie féminine, classiquef pas / ici-bas masculine, classiqueg flamme / âme féminine, classiqueh étranger / changer masculine, classiquei profonde / monde féminine, classiquej beffroi / moi masculine, classiquek prière / parti / lumière féminine, classiquel confidents / imprudents masculine, classiquem monde / profonde féminine, classiquen sommeil / soleil masculine, classiquea lointaine / plaine féminine, classiqueb couchant / firmament masculine, classiquec calmés / embaumés masculine, classiqued bruyère / légère féminine, classiquee endormie / amie féminine, classiquef t'abaisser / s'effacer masculine, classiquea colline / chemine féminine, classiqueb Nuit / suit masculine, classiquec immense / silence féminine, classiqued roseaux / eaux masculine, classiquee tête / arrête féminine, classiquef cheveux / cieux masculine, classiquea amie / endormie féminine, classiqueb ici / ainsi masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb pourtant / instant masculine, classiquea cède / aide féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea amie / vie féminine, classiquec connu / auras-tu masculine, classiqued même / t'aime féminine, classiquee cœur / donc / plus / pardon masculine, classiquef ensemble / semble féminine, classiquec souffrir / mourir masculine, classiqued murmure / nature féminine, classiquee pensée / passée féminine, classiquef écoute-moi / toi masculine, classiquea peine / pleine féminine, classiqued ruisseau / Horatio masculine, classiquee chère / mystère féminine, classiquea rosée / arrosée féminine, classiqueb manoir / noir masculine, classiquec s'arrête / fête féminine, classiqued vitraux / flambeaux masculine, classiquee bas / pas masculine, classiquef entendre / surprendre féminine, classiquea silencieux / yeux masculine, classiqueb épaisse / baisse féminine, classiquea pétille / famille féminine, classiqueb voix / autrefois masculine, classiquec années / inclinées féminine, classiqued lui / ici masculine, classiquee l'autre / l'apôtre féminine, classiquef cœur / honneur masculine, classiqueg terre / père féminine, classiqueh parole / console féminine, classiquea d'elle / belle féminine, classiqueb bonheur / pâleur masculine, classiquec l'autel / paternel masculine, classiqued brûlante / amante féminine, classiquee presse-la / là masculine, classiquea compte / monte féminine, classiqueb enfant / surprend masculine, classiquec colore / encore féminine, classiqued hâte-toi / l'effroi masculine, classiquec sombre / l'ombre féminine, classiqued corridor / dort masculine, classiquea vite / suite féminine, classiqueb Dieu / feu masculine, non classiquec ténèbres / funèbres féminine, classiqued nuits / tapis masculine, classiquee l'avertir / dormir masculine, classiquea tête / s'arrête féminine, classiquec obscure / figure féminine, classiquee pensée / glacée féminine, classiquea chagrin / matin masculine, classiqueb tristesse / oppresse féminine, classiquec aussi / vieillard / tard masculine, classiquea aime / moi-même féminine, classiqueb nuit / lit masculine, classiquec pensai-je / neige féminine, classiqued amitié / moitié masculine, classiquea plus / Malade / s'évade féminine, classiqueb saison / l'agitation masculine, classiquec assassin / dessein masculine, classiqued trompée / épée féminine, classiquee vous / nous masculine, classiquea profondes / mondes féminine, classiqueb éternellement / tout-puissant masculine, classiquec cieux / silencieux masculine, classiqued balance / immense féminine, classiquee prier / prisonnier masculine, classiquef lumière / terre féminine, classiqueg plaine / l'entraîne féminine, classiquei tempête / tête féminine, classiquej jeté / immortalité masculine, classiquek étincelle / éternelle féminine, classiquel bras / pas masculine, classiquem semblable / périssable féminine, classiquen jour / l'amour masculine, classiqueo infinie / envie féminine, classiquep charmant / tristement masculine, classiqueq tempêtes / têtes féminine, classiquer connu / nu masculine, classiques Rêveries / chéries féminine, classiquea crainte / l'enceinte féminine, classiqueb matin / chemin masculine, classiquec prairies / vie féminine, classiqued cœur / bonheur masculine, classiquee indicible / invisible féminine, non classiquef l'éternité / arrêté masculine, classiqueb main / Matin masculine, classiquec ailes / immortelles féminine, classiqued jour / l'Amour masculine, classiquee craintive / rive féminine, classiquef dormant / amant masculine, classiqueg regards / remparts masculine, classiqueh demeure / heure féminine, classiquei glacé / passé masculine, classiquej terre / solitaire féminine, classiquek lentement / l'orient masculine, classiquel porte / forte féminine, classiquem résister / m'écouter masculine, classiquea jour / tour masculine, classiqueb cloître / s'accroître féminine, classiquec moment / événement masculine, classiqued crainte / plainte féminine, classiquee voix / fois masculine, classiquef environne / abandonne féminine, classiqueg genoux / priez-vous masculine, classiqueh perdus / plus masculine, classiquei demande / grande féminine, classiquek couche / bouche féminine, classiquel encor / mort masculine, classiquem impuissants / ans masculine, classiquen haute / faute féminine, non classiquea monde / blonde féminine, classiqueb l'amena / pardonna masculine, classiquec d'elle / mortelle féminine, classiqued s'appuyer / prier masculine, classiquea mourante / tremblante féminine, classiquea fille / famille féminine, classiqueb roseau / fardeau masculine, classiquec Dieu / adieu masculine, classiqued dernière / paupière féminine, classiquee fermer / aimer masculine, classiquea créatures / pures féminine, classiqueb souffrir / flétrir masculine, classiquec desséchée / touchée féminine, classiqued tombeau / berceau masculine, classiquea infortunées / prédestinées féminine, classiquec mourir / soutenir masculine, classiquee cesse / épaisse féminine, classiquef jour / retour / amour masculine, classiquea l'Espérance / souffrance féminine, classiqueb mort / s'endort masculine, classiquec expirante / mourante féminine, classiquea s'étendre / attendre féminine, classiqueb arrêté / côté masculine, classiquea Silence / s'élance féminine, classiqueb écarté / précipités masculine, classiquea novice / obéisse féminine, classiquea répondu / m'entends-tu masculine, classiquea découvre / s'entr'ouvre féminine, non classiqueb hagard / tard masculine, classiquec vide / rapide féminine, classiqueb laissé / glissé masculine, classiquec monastère / sévère féminine, classiqued moment / gémissement masculine, classiquee regardait / ordonnait masculine, classiquef bizarres / rares féminine, classiqueg saisissait / fait masculine, classiqueh frère / terre féminine, classiquei seul / linceul masculine, classiquej d'horreur / douleur masculine, classiquek tombe féminine, classiquel souffrir / saisir masculine, classiquem blême / aime féminine, classiquen pâleur / douleur masculine, classiqueo adorée / abhorrée féminine, classiquep l'abandonner / donner masculine, classiqueq éteinte / crainte féminine, classiquet glacée / pensée féminine, classiqueu voit / doigt masculine, classiqueb l'attend-on / nom masculine, classiquea mortelle / d'elle féminine, classiqueb chemin / demain masculine, classiquea ignorée / entourée féminine, classiqueb fleurir / couvrir masculine, classiquec muette / rejette féminine, classiqued corruption / destruction masculine, classiquee l'emblème / lui-même féminine, classiquea d'enfant / défend masculine, classiqueb Marguerite / habite féminine, classiquec devenus / plus masculine, classiquea mémoire / d'ivoire féminine, classiquea l'Espérance / silence féminine, classiquec flots / matelots masculine, classiqued vie / ravie féminine, classiquee vents / mouvements masculine, classiquef rêve / s'élève féminine, classiqueh dure / blessure féminine, classiquei matelots / flots masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
745 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources