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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Premières poésies, 1835

Namouna

Alfred de Musset· Conte oriental· 147 sizains, alexandrins, 882 vers

Une femme est comme votre ombre :
courez après, elle vous fuit ;
fuyez-la, elle court après vous.
Qu’est-ce que l’amour ?
L’échange de deux fantaisies
et le contact de deux épidermes.Chamfort.
Où vais-je ? — où suis-je ?Classiques français.

Chant premier

I

Le sofa sur lequel‖ Hassan était couchéÉtait dans son espèce‖ une admirable chose.Il était de peau d'ours,‖ — mais d'un ours bien léché ;Moelleux comme une chatte,‖ et frais comme une rose.Hassan avait d'ailleurs‖ une très noble pose,Il était nu comme Ève‖ à son premier péché.

II

Quoi ! tout nu ! dira-t-on,‖ n'avait-il pas de honte ?Nu, dès le second mot !‖ — Que sera-ce à la fin ?Monsieur, excusez-moi,‖ — je commence ce conteJuste quand mon héros‖ vient de sortir du bain.Je demande pour lui‖ l'indulgence, et j'y compte.Hassan était donc nu,‖ — mais nu comme la main, —

III

Nu comme un plat d'argent,‖ — nu comme un mur d'église,Nu comme le discours‖ d'un académicien.Ma lectrice rougit,‖ et je la scandalise.Mais comment se fait-il,‖ madame, que l'on diseQue vous avez la jambe‖ et la poitrine bien ?Commet le dirait-on,‖ si l'on n'en savait rien !

IV

Madame alléguera‖ qu'elle monte en berline ;Qu'elle a passé les ponts‖ quand il faisait du vent ;Que, lorsqu'on voit le pied,‖ la jambe se devine ;Et tout le monde sait‖ qu'elle a le pied charmant.Mais moi qui ne suis pas‖ du monde, j'imagineQu'elle aura trop aimé‖ quelque indiscret amant.

V

Et quel crime est-ce donc‖ de se mettre à son aise,Quand on est tendrement‖ aimée, — et qu'il fait chaud ?On est si bien tout nu,‖ dans une large chaise !Croyez-m'en, belle dame,‖ et, ne vous en déplaise,Si vous m'apparteniez,‖ vous y seriez bientôt.Vous en crieriez sans doute‖ un peu, — mais pas bien haut.

VI

Dans un objet aimé‖ qu'est-ce donc que l'on aime ?Est-ce du taffetas‖ ou du papier gommé ?Est-ce un bracelet d'or,‖ un peigne parfumé ?Non, — ce qu'on aime en vous,‖ madame, c'est vous-même.La parure est une arme,‖ et le bonheur suprême,Après qu'on a vaincu,‖ c'est d'avoir désarmé.

VII

Tout est nu sur la terre,‖ hormis l'hypocrisie ;Tout est nu dans les cieux,‖ tout est nu dans la vie,Les tombeaux, les enfants‖ et les divinités,Tous les cœurs vraiment beaux‖ laissent voir leurs beautés.Ainsi donc le héros‖ de cette comédieRestera nu, madame,‖ — et vous y consentez.

VIII

Un silence parfait‖ règne dans cette histoire.Sur les bras du jeune homme‖ et sur ses pieds d'ivoireLa naïade aux yeux verts‖ pleurait en le quittant.On entendait à peine‖ au fond de la baignoireGlisser l'eau fugitive,‖ et d'instant en instantLes robinets d'airain‖ chanter en s'égouttant.

IX

Le soleil se couchait ;‖ — on était en septembre :Un triste mois chez nous,‖ — mais un mois sans pareilChez ces peuples dorés‖ qu'a bénis le soleil.Hassan poussa du pied‖ la porte de la chambre.Heureux homme ! — il fumait‖ de l'opium dans l'ambre,Et vivant sans remords,‖ il aimait le sommeil.

X

Bien qu'il ne s'élevât‖ qu'à quelques pieds de terre,Hassan était peut-être‖ un homme à caractère ;Il ne le montrait pas,‖ n'en ayant pas besoin.Sa petite médaille‖ annonçait un bon coin.Il était très bien pris ;‖ — on eût dit que sa mèreL'avait fait tout petit‖ pour le faire avec soin.

XI

Il était indolent,‖ et très opiniâtre ;Bien cambré, bien lavé,‖ le visage olivâtre,Des mains de patricien,‖ — l'aspect fier et nerveux,La barbe et les sourcils‖ très noirs, — un corps d'albâtre.Ce qu'il avait de beau‖ surtout, c'étaient les yeux.Je ne vous dirai pas‖ un mot de ses cheveux ;

XII

C'est une vanité‖ qu'on rase en Tartarie.Ce pays-là pourtant‖ n'était pas sa patrie.Il était renégat,‖ — Français de nation, —Riche aujourd'hui, jadis‖ chevalier d'industrie,Il avait dans la mer‖ jeté comme un haillonSon titre, sa famille‖ et sa religion.

XIII

Il était très joyeux,‖ et pourtant très maussade.Détestable voisin,‖ — excellent camarade,Extrêmement futile,‖ — et pourtant très posé,Indignement naïf,‖ — et pourtant très blasé,Horriblement sincère,‖ — et pourtant très rusé.Vous souvient-il, lecteur,‖ de cette sérénade

XIV

Que don Juan, déguisé,‖ chante sous un balcon ?— Une mélancolique‖ et piteuse chanson,Respirant la douleur,‖ l'amour et la tristesse.Mais l'accompagnement‖ parle d'un autre ton.Comme il est vif, joyeux !‖ avec quelle prestesseIl sautille ! — On dirait‖ que la chanson caresse

XV

Et couvre de langueur‖ le perfide instrument,Tandis que l'air moqueur‖ de l'accompagnementTourne en dérision‖ la chanson elle-même,Et semble la railler‖ d'aller si tristement.Tout cela cependant‖ fait un plaisir extrême. —C'est que tout en est vrai,‖ — c'est qu'on trompe et qu'on aime ;

XVI

C'est qu'on pleure en riant ;‖ — c'est qu'on est innocentEt coupable à la fois ;‖ — c'est qu'on se croit parjureLorsqu'on n'est qu'abusé ;‖ c'est qu'on verse le sangAvec des mains sans tache,‖ et que notre natureA de mal et de bien‖ pétri sa créature :Tel est le monde, hélas !‖ et tel était Hassan.

XVII

C'était un bon enfant‖ dans la force du terme ;Très bon — et très enfant ;‖ — mais quand il avait dit :« Je veux que cela soit »‖, il était comme un terme.Il changeait de dessein‖ comme on change d'habit ;Mais il fallait toujours‖ que le dernier se fît.C'était un océan‖ devenu terre ferme.

XVIII

Bizarrerie étrange !‖ avec ses goûts changeants,Il ne pouvait souffrir‖ rien d'extraordinaire.Il n'aurait pas marché‖ sur une mouche à terre.Mais s'il l'avait trouvée‖ à dîner dans son verre,Il aurait assommé‖ quatre ou cinq de ses gens. —Parlez après cela‖ des bons et des méchants !

XIX

Venez après cela‖ crier d'un ton de maîtreQue c'est le cœur humain‖ qu'un auteur doit connaître !Toujours le cœur humain‖ pour modèle et pour loi.Le cœur humain de qui ?‖ le cœur humain de quoi ?Celui de mon voisin‖ a sa manière d'être ;Mais morbleu ! comme lui,‖ j'ai mon cœur humain, moi.

XX

Cette vie est à tous,‖ et celle que je mène ;Quand le diable y serait,‖ est une vie humaine.« Alors, me dira-t-on,‖ c'est vous que vous peignez,Vous êtes le héros,‖ vous vous mettez en scène. »— Pas du tout, — cher lecteur,‖ — je prends à l'un le nez,— A l'autre, le talon,‖ — à l'autre, — devinez.

XXI

« En ce cas vous créez‖ un monstre, une chimère,Vous faites un enfant‖ qui n'aura point de père. »— Point de père, grand Dieu !‖ quand, comme Trissotin,J'en suis chez mon libraire‖ accouché ce matin !D'ailleurs is pater est‖ quem nuptiæ… j'espèreQue vous m'épargnerez‖ de vous parler latin.

XXII

Consultez les experts,‖ le moderne et l'antique ;On est, dit Brid'oison,‖ toujours fils de quelqu'un.Que l'on fasse, après tout,‖ un enfant blond ou brun,Pulmonique ou bossu,‖ borgne ou paralytique,C'est déjà très joli,‖ quand on en a fait un ;Et le mien a pour lui‖ qu'il n'est point historique.

XXIII

Considérez aussi‖ que je n'ai rien voléA la Bibliothèque ;‖ — et bien que cette histoireSe passe en Orient,‖ je n'en ai point parlé.Il est vrai que, pour moi,‖ je n'y suis point allé.Mais c'est si grand, si loin !‖ — Avec de la mémoireOn se tire de tout :‖ — Allez voir pour y croire.

XXIV

Si d'un coup de pinceau‖ je vous avais bâtiQuelque ville aux toits bleus,‖ quelque blanche mosquée,Quelque tirade en vers,‖ d'or et d'argent plaquée,Quelque description‖ de minarets flanquée,Avec l'horizon rouge‖ et le ciel assorti,M'auriez-vous répondu :‖ « Vous en avez menti ? »

XXV

Je vous dis tout cela,‖ lecteur, pour qu'en échangeVous me fassiez aussi‖ quelque concession.J'ai peur que mon héros‖ ne vous paraisse étrange ;Car l'étrange, à vrai dire,‖ était sa passion.« Mais, madame, après tout,‖ je ne suis pas un ange. »Et qui l'est ici-bas ?‖ — Tartuffe a bien raison.

XXVI

Hassan était un être‖ impossible à décrire.C'est en vain qu'avec lui‖ je voudrais vous lier,Son cœur est un logis‖ qui n'a pas d'escalier.Ses intimes amis‖ ne savaient trop qu'en dire.Parler est trop facile,‖ et c'est trop long d'écrire :Ses secrets sentiments‖ restaient sur l'oreiller.

XXVII

Il n'avait ni parents,‖ ni guenon, ni maîtresse.Rien d'ordinaire en lui,‖ — rien qui le rattachâtAu commun des martyrs,‖ — pas un chien, pas un chat.Il faut cependant bien‖ que je vous intéresseA mon pauvre héros.‖ — Dire qu'il est pacha,C'est un moyen usé,‖ c'est une maladresse.

XXVIII

Dire qu'il est grognon,‖ sombre et mystérieux,Ce n'est pas vrai d'abord,‖ et c'est encor plus vieux.Dire qu'il me plaît fort,‖ cela n'importe guère.C'est tout simple d'ailleurs,‖ puisque je suis son père.Dire qu'il est gentil‖ comme un cœur, c'est vulgaire.J'ai déjà dit là-haut‖ qu'il avait de beaux yeux.

XXIX

Dire qu'il n'avait peur‖ ni de Dieu ni du diable,C'est chanceux d'une part,‖ et de l'autre immoral.Dire qu'il vous plaira,‖ ce n'est pas vraisemblable.Ne rien dire du tout,‖ cela vous est égal.Je me contente donc‖ du seul terme passableQui puisse l'excuser :‖ — c'est un original.

XXX

Plût à Dieu, qui peut tout,‖ que cela pût suffireA le justifier‖ de ce que j'en vais dire !Il le faut cependant,‖ — le vrai seul est ma loi.Au fait, s'il agit mal,‖ on pourrait rêver pire. —Ma foi, tant pis pour lui :‖ — je ne vois pas pourquoiLes sottises d'Hassan‖ retomberaient sur moi.

XXXI

D'ailleurs on verra bien,‖ si peu qu'on me connaisse,Que mon héros de moi‖ diffère entièrement.J'ai des prétentions‖ à la délicatesse ;Quand il m'est arrivé‖ d'avoir une maîtresse,Je me suis comporté‖ très pacifiquement.En honneur devant Dieu,‖ je ne sais pas comment

XXXII

J'ai pu, tel que je suis,‖ entamer cette histoire,Pleine, telle qu'elle est,‖ d'une atrocité noire.C'est au point maintenant‖ que je me sens tentéDe l'abandonner là‖ pour ma plus grande gloire,Et que je brûlerais‖ mon œuvre, en vérité,Si ce n'était respect‖ pour la postérité.

XXXIII

Je disais donc qu'Hassan‖ était natif de France ;Mais je ne disais pas‖ par quelle extravaganceIl en était venu‖ jusqu'à croire, à vingt ans,Qu'une femme ici-bas‖ n'était qu'un passe-temps.Quand il en rencontrait‖ une à sa convenance,S'il la gardait huit jours,‖ c'était déjà longtemps.

XXXIV

On sent l'absurdité‖ d'un semblable système,Puisqu'il est avéré‖ que, lorsqu'on dit qu'on aime,On dit en même temps‖ qu'on aimera toujours, —Et qu'on n'a jamais vu‖ ni rois ni troubadoursJurer à leurs beautés‖ de les aimer huit jours.Mais cet enfant gâté‖ ne vivait que de crème.

XXXV

« Je sais bien, disait-il‖ un jour qu'on en parlait,Que les trois quarts du temps‖ ma crème a le goût d'aigre.Nous avons sur ce point‖ un siècle de vinaigre,Où c'est déjà beaucoup‖ que de trouver du lait.Mais toute servitude‖ en amour me déplaît ;J'aimerais mieux, je crois,‖ être le chien d'un nègre,

XXXVI

Ou mourir sous le fouet‖ comme un cheval rétif,Que de craindre une jupe,‖ et d'avoir pour maîtresseUn de ces beaux geôliers,‖ au regard attentif,Qui, d'un pas mesuré‖ marchant sur la souplesse,Du haut de leurs yeux bleus‖ vous promènent en laisse.Un bâton de noyer,‖ au moins, c'est positif.

XXXVII

On connaît son affaire,‖ — on sait à quoi s'attendre ;On se frotte le dos,‖ — on s'y fait par degré.Mais vivre ensorcelé‖ sous un ruban doré !Boire du lait sucré‖ dans un maillot vert tendre !N'avoir à son cachot‖ qu'un mur si délabré,Qu'on ne s'y saurait même‖ accrocher pour s'y pendre !

XXXVIII

Ajoutez à cela‖ que, pour comble d'horreur,La femme la plus sèche‖ et la moins malhonnêteAu bout de mes huit jours‖ trouvera dans sa tête,Ou dans quelque recoin‖ oublié de son cœur,Un amant qui jadis‖ lui faisait plus d'honneur,Un cœur plus expansif,‖ une jambe mieux faite,

XXXIX

Plus de douceur dans l'âme‖ ou de nerf dans les bras. »— Je rappelle au lecteur‖ qu'ici comme là-bas.C'est mon héros qui parle,‖ et je mourrais de honteS'il croyait un instant‖ que ce que je raconte,Ici plus que jamais,‖ ne me révolte pas.« Or donc, disait Hassan,‖ plus la rupture est prompte,

XL

Plus mes petits talents‖ gardent de leur fraîcheur.C'est la satiété‖ qui calcule et qui pense.Tant qu'un grain d'amitié‖ reste dans la balance,Le souvenir souffrant‖ s'attache à l'espérance,Comme un enfant malade‖ aux lèvres de sa sœur.L'esprit n'y voit pas clair‖ avec les yeux du cœur.

XLI

Le dégoût, c'est la haine —‖ et quel motif de hainePourrais-je soulever ?‖ — pourquoi m'en voudrait-on ?Une femme dira‖ qu'elle pleure : — et moi donc !Je pleure horriblement !‖ — je me soutiens à peine ;Que dis-je, malheureux !‖ il faut qu'on me soutienne.Je n'ose même pas‖ demander mon pardon.

XLII

Je me prive du corps,‖ mais je conserve l'âme.Il est vrai dira-t-on,‖ qu'il est plus d'une femmePrès de qui l'on ne fait,‖ avec un tel moyen,Que se priver de tout‖ et ne conserver rien.Mais c'est un pur mensonge,‖ un calembour infâme,Qui ne mordra jamais‖ sur un homme de bien. »

XLIII

Voilà ce que disait‖ Hassan pour sa défense.Bien entendu qu'alors‖ tout se passait en France,Du temps que sur l'oreille‖ il avait ce bonnetQui fit à son départ‖ une si belle dansePar-dessus les moulins.‖ Du reste, s'il tenaitA son raisonnement,‖ c'est qu'il le comprenait.

XLIV

Bien qu'il traitât l'amour‖ d'après un catéchisme,Et qu'il mît tous ses soins‖ à dorer son sophisme,Hassan avait des nerfs‖ qu'il ne pouvait railler.Chez lui la jouissance‖ était un paroxysmeVraiment inconcevable,‖ et fait pour effrayer :Non pas qu'on l'entendît‖ ni pleurer ni crier. —

XLV

Un léger tremblement,‖ — une pâleur extrême, —Une convulsion‖ de la gorge, un blasphème, —Quelques mots sans raison‖ balbutiés tout bas,C'est tout ce qu'on voyait ;‖ — sa maîtresse elle-mêmeN'en sentait rien, sinon‖ qu'il restait dans ses brasSans haleine et sans force,‖ et ne répondait pas.

XLVI

Mais à cette bizarre‖ et ridicule ivresseSuccédait d'ordinaire‖ un tel enchantementQu'il commençait d'abord‖ par faire à sa maîtresseMille et un madrigaux,‖ le tout très lourdement.Il devenait tout miel,‖ tout sucre et tout caresse.Il eût communié‖ dans un pareil moment.

XLVII

Il n'existait alors‖ secret ni confidenceQui pût y résister.‖ — Tout partait, tout roulait ;Tous les épanchements‖ du monde entraient en danse,Illusions, soucis,‖ gloire, amour, espérance ;Jamais confessionnal‖ ne vit de chapeletComparable en longueur‖ à ceux qu'il défilait.

XLVIII

Ah ! c'est un grand malheur,‖ quand on a le cœur tendre,Que ce lien de fer‖ que la nature a misEntre l'âme et le corps,‖ ces frères ennemis !Ce qui m'étonne, moi,‖ c'est que Dieu l'ait permis.Voilà le nœud gordien‖ qu'il fallait qu'AlexandreRompît de son épée,‖ et réduisit en cendre.

XLIX

L'âme et le corps, hélas !‖ ils iront deux à deux,Tant que le monde ira,‖ — pas à pas, — côte à côte,Comme s'en vont les vers‖ classiques et les bœufs.L'un disant : « Tu fais mal !‖ » et l'autre : « C'est ta faute. »Ah ! misérable hôtesse,‖ et plus misérable hôte !Ce n'est vraiment pas vrai‖ que tout soit pour le mieux.

L

Et la preuve, lecteur,‖ la preuve irrécusableQue ce monde est mauvais,‖ c'est que pour y resterIl a fallu s'en faire‖ un autre, et l'inventer.Un autre ! — monde étrange,‖ absurde, inhabitable,Et qui, pour valoir mieux‖ que le seul véritable,N'a pas même un instant‖ eu besoin d'exister.

LI

Oui, oui, n'en doutez pas,‖ c'est un plaisir perfideQue d'enivrer son âme‖ avec le vin des sens ;Que de baiser au front‖ la volupté timide,Et de laisser tomber,‖ comme la jeune Elfride,La clef d'or de son cœur‖ dans les eaux des torrents :Heureux celui qui met,‖ dans de pareils moments,

LII

Comme ce vieux vizir‖ qui gardait sa sultane,La lame de son sabre‖ entre, une femme et lui !Heureux l'autel impur‖ qui n'a pas de profane !Heureux l'homme indolent‖ pour qui tout est finiQuand le plaisir s'émousse,‖ et que la courtisaneN'a jamais vu pleurer‖ après qu'il avait ri !

LIII

Ah ! l'abîme est si grand !‖ la pente est si glissante !Une maîtresse aimée‖ est si près d'une sœur !Elle vient si souvent,‖ plaintive et caressante,Poser, en chuchotant,‖ son cœur sur votre cœur !L'homme est si faible alors !‖ la femme est si puissante !Le chemin est si doux‖ du plaisir au bonheur !

LIV

Pauvres gens que nous tous !‖ — Et celui qui se livre,De ce qu'il aura fait‖ doit tôt ou tard gémir !La coupe est là, brûlante,‖ — et celui qui s'enivreDoit rire de pitié‖ s'il ne veut pas frémir !Voilà le train du monde,‖ et ceux qui savent vivreVous diront à cela‖ qu'il valait mieux dormir.

LV

Oui, dormir — et rêver !‖ — Ah ! que la vie est belle,Quand un rêve divin‖ fait sur sa nuditéPleuvoir les rayons d'or‖ de son prisme enchanté !Frais comme la rosée,‖ et fils du ciel comme elle !Jeune oiseau de la nuit,‖ qui, sans mouiller son aile,Voltige sur les mers‖ de la réalité !

LVI

Ah ! si la rêverie‖ était toujours possible !Et si le somnambule,‖ en étendant la main,Ne trouvait pas toujours‖ la nature inflexibleQui lui heurte le front‖ contre un pilier d'airain !Si l'on pouvait se faire‖ une armure insensible !Si l'on rassasiait‖ l'amour comme la faim !

LVII

Pourquoi Manon Lescaut,‖ dès la première scène,Est-elle si vivante‖ et si vraiment humaine,Qu'il semble qu'on l'a vue,‖ et que c'est un portrait ?Et pourquoi l'Héloïse‖ est-elle une ombre vaine,Qu'on aime sans y croire,‖ et que nul ne connaît ?Ah ! rêveurs, ah ! rêveurs,‖ que vous avons-nous fait ?

LVIII

Pourquoi promenez-vous‖ ces spectres de lumièreDevant le rideau noir‖ de nos nuits sans sommeil,Puisqu'il faut qu'ici-bas‖ tout songe ait son réveil,Et puisque le désir‖ se sent cloué sur terre,Comme un aigle blessé‖ qui meurt dans la poussière,L'aile ouverte, et les yeux‖ fixés sur le soleil ?

LIX

Manon ! sphinx étonnant !‖ véritable sirène,Cœur trois fois féminin,‖ Cléopâtre en paniers !Quoi qu'on dise ou qu'on fasse,‖ et bien qu'à Sainte-HélèneOn ait trouvé ton livre‖ écrit pour des portiers,Tu n'en es pas moins vraie,‖ infâme, et CléomèneN'est pas digne, à mon sens,‖ de te baiser les pieds.

LX

Tu m'amuses autant‖ que Tiberge m'ennuie.Comme je crois en toi !‖ que je t'aime et te hais !Quelle perversité !‖ quelle ardeur inouïePour l'or et le plaisir !‖ Comme toute la vieEst dans tes moindres mots !‖ Ah ! folle que tu es,Comme je t'aimerais‖ demain, si tu vivais !

LXI

En vérité, lecteur,‖ je crois que je radote.Si tout ce que je dis‖ vient à propos de botte,Comment goûteras-tu‖ ce que je dis de bon ?J'ai fait un hiatus‖ indigne de pardon ;Je compte là-dessus‖ rédiger une note.J'en suis donc à te dire…‖ Où diable en suis-je donc ?

LXII

M'y voilà. — Je disais‖ qu'Hassan, près d'une femme,Était très expansif,‖ — il voulait tout ou rien.Je confesse, pour moi,‖ que je ne sais pas bienComment on peut donner‖ le corps sans donner l'âme,L'un étant la fumée,‖ et l'autre étant la flamme.Je ne sais pas non plus‖ s'il était bon chrétien ;

LXIII

Je ne sais même pas‖ quelle était sa croyance,Ni quel secret si tendre‖ il avait confié,Ni de quelle façon,‖ quand il était en France,Ses maîtresses d'un jour‖ l'avaient mystifié,Ni ce qu'il en pensait,‖ — ni quelle extravaganceL'avait fait blasphémer‖ l'amour et l'amitié.

LXIV

Mais enfin, certain soir‖ qu'il ne savait que faire,Se trouvant mal en train‖ vis-à-vis de son verre,Pour tuer un quart d'heure‖ il prit monsieur Galland.Dieu voulut qu'il y vît‖ comme quoi le sultanEnvoyait tous les jours‖ une sultane en terre,Et ce fut là-dessus‖ qu'il se fit musulman.

LXV

Tous les premiers du mois,‖ un juif aux mains crochuesAmenait chez Hassan‖ deux jeunes filles nues.Tous les derniers du mois‖ on leur donnait un bain,Un déjeuner, un voile,‖ un sequin dans la main,Et puis on les priait‖ d'aller courir les rues.Système assurément‖ qui n'a rien d'inhumain.

LXVI

C'était ainsi qu'Hassan,‖ quatre fois par semaine,Abandonnait son âme‖ au doux plaisir d'aimer.Ne sachant pas le turc,‖ il se livrait sans peine :A son aise en français‖ il pouvait se pâmer.Le lendemain, bonsoir.‖ — Une vieille ÉgyptienneVenait ouvrir la porte‖ au maître, et la fermer.

LXVII

Ceci pourra sembler‖ fort extraordinaire,Et j'en sais qui riront‖ d'un système pareil.Mais il paraît qu'Hassan‖ se croyait, au contraire,L'homme le plus heureux‖ qui fût sous le soleil.Ainsi donc, pour l'instant,‖ lecteur, laissons-le faire.Le voilà, tel qu'il est,‖ attendant le sommeil.

LXVIII

Le sommeil ne vint pas,‖ — mais cette douce ivresseQui semble être sa sœur,‖ ou plutôt sa maîtresse ;Qui, sans fermer les yeux,‖ ouvre l'âme à l'oubli ;Cette ivresse du cœur,‖ si douce à la paresseQue, lorsqu'elle vous quitte,‖ on croit qu'on a dormi ;Pâle comme Morphée,‖ et plus belle que lui.

LXIX

C'est le sommeil de l'âme,‖ et non du corps. — On fume,On se remue, on bâille,‖ et cependant on dort.On se sent très bien vivre,‖ et pourtant on est mort.On ne parlerait pas‖ d'amour, mais je présumeQue l'on serait capable,‖ avec un peu d'effort…Je crois qu'une sottise‖ est au bout de ma plume.

LXX

Avez-vous jamais vu,‖ dans le creux d'un ravin,Un bon gros vieux faisan,‖ qui se frotte le ventre,S'arrondir au soleil,‖ et ronfler comme un chantre ?Tous les points de sa boule‖ aspirent vers le centre.On dirait qu'il rumine,‖ ou qu'il cuve du vin,Enfin, quoi qu'il en soit,‖ c'est un état divin.

LXXI

Lecteur, si tu t'en vas‖ jamais en Terre sainte,Regarde sous tes pieds :‖ tu verras des heureux.Ce sont de vieux fumeurs‖ qui dorment dans l'enceinteOù s'élevait jadis‖ la cité des Hébreux.Ces gens-là savent seuls‖ vivre et mourir sans plainte :Ce sont des mendiants‖ qu'on prendrait pour des dieux.

LXXII

Ils parlent rarement,‖ — ils sont assis par terre,Nus, ou déguenillés,‖ le front sur une pierre,N'ayant ni sou ni poche,‖ et ne pensant à rien.Ne les réveille pas :‖ ils t'appelleraient chien.Ne les écrase pas :‖ ils te laisseraient faire.Ne les méprise pas :‖ car ils te valent bien.

LXXII

C'est le point capital‖ du mahométanismeDe mettre le bonheur‖ dans la stupidité.Que n'en est-il ainsi‖ dans le christianisme !J'en citerais plus d'un‖ qui l'aurait mérité,Et qui mourrait heureux‖ sans s'en être douté !Diable ! j'ai du malheur,‖ — encore un barbarisme.

LXXIV

On dit mahométisme,‖ et j'en suis bien fâché.Il fallait me lever‖ pour prendre un dictionnaire,Et j'avais fait mon vers‖ avant d'avoir cherché.Je me suis retourné,‖ — ma plume était par terre.J'avais marché dessus,‖ — j'ai soufflé de colère,Ma bougie et ma verve,‖ et je me suis couché.

LXXV

Tu vois, ami lecteur,‖ jusqu'où va ma franchise.Mon héros est tout nu,‖ — moi, je suis en chemise.Je pousse la candeur‖ jusqu'à t'entretenirD'un chagrin domestique.‖ — Où voulais-je en venir ?Je ne sais vraiment pas‖ comment je vais finir.Je suis comme Énéas‖ portant son père Anchise.

LXXVI

Énéas s'essoufflait,‖ et marchait à grands pas.Sa femme à chaque instant‖ demeurait en arrière.« Créuse, disait-il,‖ pourquoi ne viens-tu pas ? »Créuse répondait :‖ « Je mets ma jarretière.— Mets-la donc, et suis nous,‖ répondait Énéas.Je vais, si tu ne viens,‖ laisser tomber mon père. »

LXXVII

Lecteur, nous allons voir‖ si tu comprends ceci.Anchise est mon poème ;‖ et ma femme CréuseQui va toujours traînant‖ en chemin, c'est ma muse.Elle s'en va là-bas‖ quand je la crois ici.Une pierre l'arrête,‖ un papillon l'amuse.Quand arriverons-nous,‖ si nous marchons ainsi ?

LXXVIII

Énéas, d'une part,‖ a besoin de sa femme.Sans elle, à dire vrai,‖ ce n'est qu'un corps sans âme.Anchise, d'autre part,‖ est horriblement lourd.Le troisième péril,‖ c'est que Troie est en flamme.Mais, dès qu'Anchise grogne‖ ou que sa femme court,Énéas est forcé‖ de s'arrêter tout court.

Chant deuxième

I

Eh bien ! en vérité,‖ les sots auront beau dire,Quand on n'a pas d'argent,‖ c'est amusant d'écrire.Si c'est un passe-temps‖ pour se désennuyer,Il vaut bien la bouillotte ;‖ et, si c'est un métier,Peut-être qu'après tout‖ ce n'en est pas un pireQue fille entretenue,‖ avocat ou portier.

II

J'aime surtout les vers,‖ cette langue immortelle.C'est peut-être un blasphème,‖ et je le dis tout bas ;Mais je l'aime à la rage.‖ Elle a cela pour elleQue les sots d'aucun temps‖ n'en ont pu faire cas,Qu'elle nous vient de Dieu,‖ — qu'elle est limpide et belle,Que le monde l'entend,‖ et ne la parle pas.

III

Eh bien ! sachez-le donc,‖ vous qui voulez sans cesseMettre votre scalpel‖ dans un couteau de bois ;Vous qui cherchez l'auteur‖ à de certains endroits,Comme un amant heureux‖ cherche, dans son ivresse,Sur un billet d'amour‖ les pleurs de sa maîtresse,Et rêve, en le lisant,‖ au doux son de sa voix ;

IV

Sachez-le, — c'est le cœur‖ qui parle et qui soupireLorsque la main écrit,‖ — c'est le cœur qui se fond ;C'est le cœur qui s'étend,‖ se découvre et respireComme un gai pèlerin‖ sur le sommet d'un mont.Et puissiez-vous trouver,‖ quand vous en voudrez rire,A dépecer nos vers‖ le plaisir qu'ils nous font !

V

Qu'importe leur valeur ?‖ La muse est toujours belle,Même pour l'insensé,‖ même pour l'impuissant ;Car sa beauté pour nous,‖ c'est notre amour pour elle.Mordez et croassez,‖ corbeaux, battez de l'aile ;Le poète est au ciel,‖ et lorsqu'en vous poussantIl vous y fait monter,‖ c'est qu'il en redescend.

VI

Allez, — exercez-vous,‖ — débrouillez la quenouille,Essoufflez-vous à faire‖ un bœuf d'une grenouille.Avant de lire un livre,‖ et de dire : « J'y crois ! »Analysez la plaie,‖ et fourrez-y les doigts ;Il faudra de tout temps‖ que l'incrédule y fouille,Pour savoir si son Christ‖ est monté sur la croix.

VII

Eh ! depuis quand un livre‖ est-il donc autre choseQue le rêve d'un jour‖ qu'on raconte un instant ;Un oiseau qui gazouille‖ et s'envole ; — une roseQu'on respire et qu'on jette,‖ et qui meurt en tombant ; —Un ami qu'on aborde,‖ avec lequel on cause,Moitié lui répondant,‖ et moitié l'écoutant ?

VIII

Aujourd'hui, par exemple,‖ il plaît à ma cervelleDe rimer en sixains‖ le conte que voici.Va-t-on le maltraiter‖ et lui chercher querelle ?Est-ce sa faute, à lui,‖ si je l'écris ainsi ?« Byron, me direz-vous,‖ m'a servi de modèle. »Vous ne savez donc pas‖ qu'il imitait Pulci ?

IX

Lisez les Italiens,‖ vous verrez s'il les vole.Rien n'appartient à rien,‖ tout appartient à tous.Il faut être ignorant‖ comme un maître d'écolePour se flatter de dire‖ une seule paroleQue personne ici-bas‖ n'ait pu dire avant vous.C'est imiter quelqu'un‖ que de planter des choux.

X

Ah ! pauvre Laforêt,‖ qui ne savais pas lire,Quels vigoureux soufflets‖ ton nom seul a donnésAu peuple travailleur‖ des discuteurs damnés !Molière t'écoutait‖ lorsqu'il venait d'écrire.Quel mépris des humains‖ dans le simple et gros rireDont tu lui baptisais‖ ses hardis nouveau-nés !

XI

Il ne te lisait pas,‖ dit-on, les vers d'Alceste ;Si je les avais faits,‖ je te les aurais lus.L'esprit et les bons mots‖ auraient été perdus ;Mais les meilleurs accords‖ de l'instrument célesteSeraient allés au cœur‖ comme ils en sont venus.J'aurais dit aux bavards‖ du siècle : « A vous le reste. »

XII

Pourquoi donc les amants‖ veillent-ils nuit et jour ?Pourquoi donc le poète‖ aime-t-il sa souffrance ?Que demandent-ils donc‖ tous les deux en retour ?Une larme, ô mon Dieu,‖ voilà leur récompense ;Voilà pour eux le ciel,‖ la gloire et l'éloquence,Et par là le génie‖ est semblable à l'amour.

XIII

Mon premier chant est fait.‖ — Je viens de le relire.J'ai bien mal expliqué‖ ce que je voulais dire ;Je n'ai pas dit un mot‖ de ce que j'aurais ditSi j'avais fait un plan‖ une heure avant d'écrire ;Je crève de dégoût,‖ de rage et de dépit.Je crois en vérité‖ que j'ai fait de l'esprit.

XIV

Deux sortes de roués‖ existent sur la terre :L'un, beau comme Satan,‖ froid comme la vipère,Hautain, audacieux,‖ plein d'imitation,Ne laissant palpiter‖ sur son cœur solitaireQue l'écorce d'un homme‖ et de la passion ;Faisant un manteau d'or‖ à son ambition ;

XV

Corrompant sans plaisir,‖ amoureux de lui-même,Et, pour s'aimer toujours,‖ voulant toujours qu'on l'aime ;Regardant au soleil‖ son ombre se mouvoir ;Dès qu'une source est pure,‖ et que l'on peut s'y voir,Venant comme Narcisse‖ y pencher son front blême,Et chercher la douleur‖ pour s'en faire un miroir.

XVI

Son idéal, c'est lui.‖ — Quoi qu'il dise ou qu'il fasse,Il se regarde vivre,‖ et s'écoute parler.Car il faut que demain‖ on dise, quand il passe :« Cet homme que voilà,‖ c'est Robert Lovelace. »Autour de ce mot-là‖ le monde peut rouler ;Il est l'axe du monde,‖ et lui permet d'aller.

XVII

Avec lui ni procès,‖ ni crainte, ni scandale.Il jette un drap mouillé‖ sur son père qui râle ;Il rôde, en chuchotant,‖ sur la pointe du pied.Un amant plus sincère,‖ à la main plus loyale,Peut serrer une main‖ trop fort, et l'effrayer ;Mais lui, n'ayez pas peur‖ de lui, c'est son métier.

XVIII

Qui pourrait se vanter‖ d'avoir surpris son âme ?L'étude de sa vie‖ est d'en cacher le fond…On en parle, — on en pleure,‖ — on en rit, — qu'en voit-on ?Quelques duels oubliés,‖ quelques soupirs de femme,Quelque joyau de prix‖ sur une épaule infâme,Quelque croix de bois noir‖ sur un tombeau sans nom.

XIX

Mais comme tout se tait‖ dès qu'il vient à paraître !Clarisse l'aperçoit,‖ et commence à souffrir.Comme il est beau ! brillant !‖ comme il s'annonce en maître !Si Clarisse s'indigne‖ et tarde à consentir,Il dira qu'il se tue,‖ — il se tuera peut-être ; —Mais Clarisse aime mieux‖ le sauver, et mourir.

XX

C'est le roué sans cœur,‖ le spectre à double face,A la patte de tigre,‖ aux serres de vautour,Le roué sérieux‖ qui n'eut jamais d'amour ;Méprisant la douleur‖ comme la populace ;Disant au genre humain‖ de lui laisser son jour —Et qui serait César,‖ s'il n'était Lovelace.

XXI

Ne lui demandez pas‖ s'il est heureux ou non ;Il n'en sait rien lui-même,‖ il est ce qu'il doit être.Il meurt silencieux,‖ tel que Dieu l'a fait naître.L'antilope aux yeux bleus‖ est plus tendre peut-êtreQue le roi des forêts ;‖ mais le lion répondQu'il n'est pas antilope,‖ et qu'il a nom : lion.

XXII

Voilà l'homme d'un siècle,‖ et l'étoile polaireSur qui les écoliers‖ fixent leurs yeux ardents,L'homme dont Richardson‖ fera le commentaire,Qui donnera sa vie‖ à lire à nos enfants.Ses crimes noirciront‖ un large bréviaire,Qui brûlera les mains‖ et les cœurs de vingt ans.

XXIII

Quant au roué Français,‖ au don Juan ordinaire,Ivre, riche, joyeux,‖ raillant l'homme de pierre,Ne demandant partout‖ qu'à trouver le vin bon,Bernant monsieur Dimanche,‖ et disant à son pèreQu'il serait mieux assis‖ pour lui faire un sermon,C'est l'ombre d'un roué‖ qui ne vaut pas Valmont.

XXIV

Il en est un plus grand,‖ plus beau, plus poétique,Que personne n'a fait,‖ que Mozart a rêvé,Qu'Hoffmann a vu passer,‖ au son de la musique,Sous un éclair divin‖ de sa nuit fantastique,Admirable portrait‖ qu'il n'a point achevé,Et que de notre temps‖ Shakspeare aurait trouvé.

XXV

Un jeune homme est assis‖ au bord d'une prairie,Pensif comme l'amour,‖ beau comme le génie ;Sa maîtresse enivrée‖ est prête à s'endormir.Il vient d'avoir vingt ans,‖ son cœur vient de s'ouvrir ;Rameau tremblant encor‖ de l'arbre de la vie,Tombé, comme le Christ,‖ pour aimer et souffrir.

XXVI

Le voilà se noyant‖ dans des larmes de femme,Devant cette nature‖ aussi belle que lui ;Pressant le monde entier‖ sur son cœur qui se pâme,Faible, et, comme le lierre,‖ ayant besoin d'autrui ;Et ne le cachant pas,‖ et suspendant son âme,Comme un luth éolien,‖ aux lèvres de la Nuit.

XXVII

Le voilà demandant‖ pourquoi son cœur soupire,Jurant, les yeux en pleurs,‖ qu'il ne désire rien ;Caressant sa maîtresse,‖ et des sons de sa lyreÉgayant son sommeil‖ comme un ange gardien ;Tendant sa coupe d'or‖ à ceux qu'il voit sourire,Voulant voir leur bonheur‖ pour y chercher le sien.

XXVIII

Le voilà, jeune et beau,‖ sous le ciel de la France,Déjà riche à vingt ans‖ comme un enfouisseur ;Portant sur la nature‖ un cœur plein d'espérance,Aimant, aimé de tous,‖ ouvert comme une fleur ;Si candide et si frais‖ que l'ange d'innocenceBaiserait sur son front‖ la beauté de son cœur.

XXIX

Le voilà, regardez,‖ devinez-lui sa vie.Quel sort peut-on prédire‖ à cet enfant du ciel ?L'amour en l'approchant‖ jure d'être éternel ;Le hasard pense à lui,‖ — la sainte poésieRetourne en souriant‖ sa coupe d'ambroisieSur ses cheveux plus doux‖ et plus blonds que le miel.

XXX

Ce palais, c'est le sien ;‖ — le cerf et la campagneSont à lui ; — la forêt,‖ le fleuve et la montagneOnt retenu son nom‖ en écoutant l'écho.C'est à lui le village,‖ et le pâle troupeauDes moines. — Quand il passe‖ et traverse un hameau,Le bon ange du lieu‖ se lève et l'accompagne.

XXXI

Quatre filles de prince‖ ont demandé sa main.Sachez que s'il voulait‖ la reine pour maîtresse,Et trois palais de plus,‖ il les aurait demain ;Qu'un juif deviendrait chauve‖ à compter sa richesse,Et qu'il pourrait jeter,‖ sans que rien en paraisse,Les blés de ses moissons‖ aux oiseaux du chemin.

XXXII

Eh bien ! cet homme-là‖ vivra dans les tavernesEntre deux charbonniers‖ autour d'un poêle assis ;La poudre noircira‖ sa barbe et ses sourcils ;Vous le verrez un jour,‖ tremblant et les yeux ternes,Venir dans son manteau‖ dormir sous les lanternes,La face ensanglantée‖ et les coudes noircis.

XXXIII

Vous le verrez sauter‖ sur l'échelle dorée,Pour courir dans un bouge‖ au sortir d'un boudoirPortant sa lèvre ardente‖ à la prostituée,Avant qu'à son balcon‖ done Elvire éplorée,Dans la profonde nuit‖ croyant encor le voir,Ait cessé d'agiter‖ sa lampe et son mouchoir.

XXXIV

Vous le verrez, laquais‖ pour une chambrière,Cachant sous ses habits‖ son valet grelottant ;Vous le verrez, tranquille‖ et froid comme une pierre,Pousser dans les ruisseaux‖ le cadavre d'un père,Et laisser le vieillard‖ traîner ses mains de sangSur des murs chauds encor‖ du viol de son enfant.

XXXV

Que direz-vous alors ?‖ Ah ! vous croirez peut-êtreQue le monde a blessé‖ ce cœur vaste et hautain,Que c'est quelque Lara‖ qui se sent méconnaître,Que l'homme a mal jugé,‖ qui sait ce qu'il peut être,Et qui, s'apercevant‖ qu'il le serait en vain,Rend haine contre haine‖ et dédain pour dédain.

XXXVI

Eh bien ! vous vous trompez.‖ — Jamais personne au mondeN'a pensé moins que lui‖ qu'il était oublié.Jamais il n'a frappé‖ sans qu'on ne lui réponde ;Jamais il n'a senti‖ l'inconstance de l'onde,Et jamais il n'a vu‖ se dresser sous son piéLe vivace serpent‖ de la fausse amitié.

XXXVII

Que dis-je ? tel qu'il est,‖ le monde l'aime encore ;Il n'a perdu chez lui‖ ni ses biens ni son rang.Devant Dieu, devant tous,‖ il s'assoit à son banc.Ce qu'il a fait de mal,‖ personne ne l'ignore ;On connaît son génie,‖ on l'admire, on l'honore. —Seulement, voyez-vous,‖ cet homme, c'est don Juan.

XXXVIII

Oui, don Juan. Le voilà,‖ ce nom que tout répète,Ce nom mystérieux‖ que tout l'univers prend,Dont chacun vient parler,‖ et que nul ne comprend ;Si vaste et si puissant‖ qu'il n'est pas de poèteQui ne l'ait soulevé‖ dans son cœur et sa tête,Et pour l'avoir tenté‖ ne soit resté plus grand.

XXXIX

Insensé que je suis !‖ que fais-je ici moi-même ?Était-ce donc mon tour‖ de leur parler de toi,Grande ombre, et d'où viens-tu‖ pour tomber jusqu'à moi ?C'est qu'avec leurs horreurs,‖ leur doute et leur blasphème,Pas un d'eux ne t'aimait,‖ don Juan ; et moi, je t'aimeComme le vieux Blondel‖ aimait son pauvre roi.

XL

Oh ! qui me jettera‖ sur ton coursier rapide !Oh ! qui me prêtera‖ le manteau voyageur,Pour te suivre en pleurant,‖ candide corrupteur !Qui me déroulera‖ cette liste homicide,Cette liste d'amour‖ si remplie et si vide,Et que ta main peuplait‖ des oublis de ton cœur !

XLI

Trois mille noms charmants !‖ trois mille noms de femme !Pas un qu'avec des pleurs‖ tu n'aies balbutié !Et ce foyer d'amour‖ qui dévorait ton âme,Qui, lorsque tu mourus,‖ de tes veines de flammeRemonta dans le ciel‖ comme un ange oublié,De ces trois mille amours‖ pas un qui l'ait noyé !

XLII

Elles t'aimaient pourtant,‖ ces filles insenséesQue sur ton cœur de fer‖ tu pressas tour à tour ;Le vent qui t'emportait‖ les avait traversées ;Elles t'aimaient, don Juan,‖ ces pauvres délaisséesQui couvraient de baisers‖ l'ombre de ton amour,Qui te donnaient leur vie,‖ et qui n'avaient qu'un jour !

XLIII

Mais toi, spectre énervé,‖ toi, que faisais-tu d'elles ?Ah ! massacre et malheur !‖ tu les aimais aussi,Toi ! croyant toujours voir‖ sur tes amours nouvellesSe lever le soleil‖ de tes nuits éternelles,Te disant chaque soir :‖ « Peut-être le voici »,Et l'attendant toujours,‖ et vieillissant ainsi !

XLIV

Demandant aux forêts,‖ à la mer, à la plaine,Aux brises du matin,‖ à toute heure, à tout lieu,La femme de ton âme‖ et de ton premier vœu !Prenant pour fiancée‖ un rêve, une ombre vaine,Et fouillant dans le cœur‖ d'une hécatombe humaine,Prêtre désespéré,‖ pour y chercher ton Dieu.

XLV

Et que voulais-tu donc ?‖ — Voilà ce que le mondeAu bout de trois cents ans‖ demande encor tout bas.Le sphinx aux yeux perçants‖ attend qu'on lui réponde.Ils savent compter l'heure,‖ et que leur terre est ronde,Ils marchent dans leur ciel‖ sur le bout d'un compas,Mais ce que tu voulais,‖ ils ne le savent pas.

XLVI

« Quelle est donc, disent-ils,‖ cette femme inconnue,Qui seule eût mis la main‖ au frein de son coursier ?Qu'il appelait toujours‖ et qui n'est pas venue ?Où l'avait-il trouvée ?‖ où l'avait-il perdue ?Et quel nœud si puissant‖ avait su les lier,Que, n'ayant pu venir,‖ il n'ait pu l'oublier ?

XLVII

N'en était-il pas une,‖ ou plus noble, ou plus belle,Parmi tant de beautés,‖ qui, de loin ou de près,De son vague idéal‖ eût du moins quelques traits ?Que ne la gardait-il !‖ qu'on nous dise laquelle. »Toutes lui ressemblaient,‖ — ce n'était jamais elle ;Toutes lui ressemblaient,‖ don Juan, et tu marchais !

XLVIII

Tu ne t'es pas lassé‖ de parcourir la terre !Ce vain fantôme, à qui‖ Dieu t'avait envoyé,Tu n'en as pas brisé‖ la forme sous ton pié !Tu n'es pas remonté,‖ comme l'aigle à son aireSans avoir sa pâture,‖ ou comme le tonnerreDans sa nue aux flancs d'or,‖ sans avoir foudroyé !

XLIX

Tu n'as jamais medit‖ de ce monde stupideQui te dévisageait‖ d'un regard hébété ;Tu l'as vu, tel qu'il est,‖ dans sa difformité ;Et tu montais toujours‖ cette montagne aride,Et tu suçais toujours,‖ plus jeune et plus avide,Les mamelles d'airain‖ de la Réalité.

L

Et la vierge aux yeux bleus,‖ sur la souple ottomane,Dans ses bras parfumés‖ te berçait mollement ;De la fille de roi‖ jusqu'à la paysanneTu ne méprisais rien,‖ même la courtisane,A qui tu disputais‖ son misérable amant ;Mineur, qui dans un puits‖ cherchais un diamant.

LI

Tu parcourais Madrid,‖ Paris, Naple et Florence ;Grand seigneur aux palais,‖ voleur aux carrefours ;Ne comptant ni l'argent,‖ ni les nuits, ni les jours ;Apprenant du passant‖ à chanter sa romance ;Ne demandant à Dieu,‖ pour aimer l'existence,Que ton large horizon‖ et tes larges amours.

LII

Tu retrouvais partout‖ la vérité hideuse,Jamais ce qu'ici-bas‖ cherchaient tes vœux ardents,Partout l'hydre éternel‖ qui te montrait les dents ;Et poursuivant toujours‖ ta vie aventureuse,Regardant sous tes pieds‖ cette mer orageuse,Tu te disais tout bas :‖ « Ma perle est là dedans. »

LIII

Tu mourus plein d'espoir‖ dans ta route infinie,Et te souciant peu‖ de laisser ici-basDes larmes et du sang‖ aux traces de tes pas.Plus vaste que le ciel‖ et plus grand que la vie,Tu perdis ta beauté,‖ ta gloire et ton géniePour un être impossible,‖ et qui n'existait pas.

LIV

Et le jour que parut‖ le convive de pierre,Tu vins à sa rencontre,‖ et lui tendis la main ;Tu tombas foudroyé‖ sur ton dernier festin :Symbole merveilleux‖ de l'homme sur la terre,Cherchant de ta main gauche‖ à soulever ton verre,Abandonnant ta droite‖ à celle du Destin !

LV

Maintenant, c'est à toi,‖ lecteur, de reconnaîtreDans quel gouffre sans fond‖ peut descendre ici-basLe rêveur insensé‖ qui voudrait d'un tel maître.Je ne dirai qu'un mot,‖ et tu le comprendras :Ce que don Juan aimait,‖ Hassan l'aimait peut-être ;Ce que don Juan cherchait,‖ Hassan n'y croyait pas.

Chant troisième

I

Je jure devant Dieu‖ que mon unique envieÉtait de raconter‖ une histoire suivie.Le sujet de ce conte‖ avait quelque douceur,Et mon héros peut-être‖ eût su plaire au lecteur.J'ai laissé s'envoler‖ ma plume avec sa vie,En voulant prendre au vol‖ les rêves de son cœur.

II

Je reconnais bien là‖ ma tactique admirable.Dans tout ce que je fais‖ j'ai la triple vertuD'être à la fois trop court,‖ trop long, et décousu.Le poème et le plan,‖ les héros et la fable,Tout s'en va de travers,‖ comme sur une tableUn plat cuit d'un côté,‖ pendant que l'autre est cru.

III

Le théâtre à coup sûr‖ n'était pas mon affaire.Je vous demande un peu‖ quel métier j'y ferais,Et de quelle façon‖ je m'y hasarderais,Quand j'y vois trébucher‖ ceux qui, dans la carrière,Debout depuis vingt ans‖ sur leur pensée altière,Du pied de leurs coursiers‖ ne doutèrent jamais.

IV

Mes amis à présent‖ me conseillent d'en rire,De couper sous l'archet‖ les cordes de ma lyre,Et de remettre au vert‖ Hassan et Namouna.Mais j'ai dit que l'histoire‖ existait, — la voilà.Puisqu'en son temps et lieu‖ je n'ai pas pu l'écrire,Je vais la raconter ;‖ l'écrira qui voudra.

V

Un jeune musulman‖ avait donc la manieD'acheter aux bazars‖ deux esclaves par mois.L'une et l'autre à son lit‖ ne touchait que trois fois.Le quatrième jour,‖ l'une et l'autre bannie,Libre de toute chaîne,‖ et la bourse garnie,Laissait la porte ouverte‖ à quelque nouveau choix.

VI

Il se trouva du nombre‖ une petite filleEnlevée à Cadix‖ chez un riche marchand.Un vieux pirate grec‖ l'avait trouvé gentille,Et, comme il connaissait‖ quelqu'un de sa famille,La voyant au logis‖ toute seule en passant,Il l'avait à son brick‖ emportée en causant.

VII

Hassan toute sa vie‖ aima les Espagnoles.Celle-ci l'enchanta,‖ — si bien qu'en la quittant,Il lui donna lui-même‖ un sac plein de pistoles,Par-dessus le marché‖ quelques douces paroles,Et voulut la conduire‖ à bord d'un bâtimentQui pour son cher pays‖ partait par un bon vent.

VIII

Mais la pauvre Espagnole‖ au cœur était blessée.Elle le laissait faire‖ et n'y comprenait rien,Sinon qu'elle était belle,‖ et qu'elle l'aimait bien.Elle lui répondit :‖ « Pourquoi m'as-tu chassée ?Si je te déplaisais,‖ que ne m'as-tu laissée ?N'as-tu rien dans le cœur‖ de m'avoir pris le mien ? »

IX

Elle s'en fut au port,‖ et s'assit en silence.Tenant son petit sac,‖ et n'osant murmurer.Mais quand elle sentit‖ sur cette mer immenseLe vaisseau s'émouvoir‖ et les vents soupirer,Le cœur lui défaillit,‖ et, perdant l'espérance,Elle baissa son voile‖ et se prit à pleurer.

X

Il arriva qu'alors‖ six jeunes AfricainesEntraient dans un bazar,‖ les bras chargés de chaînes.Sur les tapis de soie‖ un vieux juif étalaitCes beaux poissons dorés,‖ pris d'un coup de filet.La foule trépignait,‖ les cages étaient pleines,Et la chair marchandée‖ au soleil se tordait.

XI

Par un double hasard‖ Hassan vint à paraître.Namouna se leva,‖ s'en fut trouver le vieux :« Je suis blonde, dit-elle,‖ et je pourrais peut-êtreMe vendre un peu plus cher‖ avec de faux cheveux.Mais je ne voudrais pas‖ qu'on pût me reconnaître.Peignez-moi les sourcils,‖ le visage et les yeux. »

XII

Alors, comme autrefois‖ Constance pour Camille,Elle prit son poignard‖ et coupa ses habits.« Vendez-moi maintenant,‖ dit-elle, et, pour le prix,Nous n'en parlerons pas.‖ » Ainsi la pauvre filleVint reprendre sa chaîne‖ aux barreaux d'une grille,Et rapporter son cœur‖ aux yeux qui l'avaient pris.

XIII

Et si la vérité‖ ne m'était pas sacrée,Je vous dirais qu'Hassan‖ racheta Namouna ;Qu'au lit de son amant‖ le juif la ramena ;Qu'on reconnut trop tard‖ cette tête adorée ;Et cette douce nuit‖ qu'elle avait espérée,Que pour prix de ses maux‖ le ciel la lui donna.

XIV

Je vous dirais surtout‖ qu'Hassan dans cette affaireSentit que tôt ou tard‖ la femme avait son tour,Et que l'amour de soi‖ ne vaut pas l'autre amour.Mais le hasard peut tout,‖ — et ce qu'on lui voit faireNous a souvent appris‖ que le bonheur sur terrePeut n'avoir qu'une nuit,‖ comme la gloire un jour.

Versification

Forme
147 sizains (strophes variées)
Rimes
9(ababba) 27(ababab) 23(abaabb) 34(abbaab) 18(aabbab) 18(aababb) 5(aabbba) 6(abbbaa) 7(abbaba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
147 sizains
Mots à la rime
a couché / léché / péché masculine, classiqueb chose / rose / pose féminine, classiquea honte / conte / compte féminine, classiqueb fin / bain masculine, classiquec main / académicien masculine, classiquea d'église / scandalise / dise féminine, classiquec bien / rien masculine, classiquea berline / devine / j'imagine féminine, classiqueb vent / charmant / amant masculine, classiquea aise / chaise / déplaise féminine, classiqueb chaud / bientôt / haut masculine, classiquea aime / vous-même / suprême féminine, classiqueb gommé / parfumé masculine, classiquec désarmé / divinités masculine, classiquea l'hypocrisie / vie / comédie féminine, classiquec beautés / consentez masculine, classiquea histoire / d'ivoire / baignoire féminine, classiqueb quittant / instant / s'égouttant masculine, classiquea septembre / chambre / l'ambre féminine, classiqueb pareil / soleil / sommeil masculine, classiquea terre / caractère / mère féminine, classiqueb besoin / coin / soin masculine, classiquea opiniâtre / olivâtre / d'albâtre féminine, non classiqueb nerveux / yeux / cheveux masculine, classiquea Tartarie / patrie / d'industrie féminine, classiqueb nation / haillon / religion masculine, classiquea maussade / camarade / sérénade féminine, classiqueb posé / blasé / rusé masculine, classiquea balcon / chanson / ton masculine, classiqueb tristesse / prestesse / caresse féminine, classiquea instrument / l'accompagnement / tristement masculine, classiqueb elle-même / extrême / aime féminine, classiquea innocent / sang / Hassan masculine, classiqueb parjure / nature / créature féminine, classiquea terme / ferme féminine, classiqueb dit / d'habit / fît masculine, classiquea changeants / gens / méchants masculine, classiqueb d'extraordinaire / terre / verre féminine, classiquea maître / connaître / d'être féminine, classiqueb loi / quoi / moi masculine, classiquea mène / humaine / scène féminine, classiqueb peignez / nez / devinez masculine, classiquea chimère / père / j'espère féminine, classiqueb Trissotin / matin / latin masculine, classiquea l'antique / paralytique / historique féminine, classiqueb quelqu'un / brun / un masculine, classiquea volé / parlé / allé masculine, classiqueb histoire / mémoire / croire féminine, classiquea bâti / assorti / menti masculine, classiqueb mosquée / plaquée / flanquée féminine, classiquea échange / étrange / ange féminine, classiqueb concession / passion / raison masculine, classiquea décrire / dire / d'écrire féminine, classiqueb lier / d'escalier / l'oreiller masculine, classiquea maîtresse / intéresse / maladresse féminine, classiqueb rattachât / chat / pacha masculine, classiquea mystérieux / vieux / yeux masculine, classiqueb guère / père / vulgaire féminine, classiquea diable / vraisemblable / passable féminine, non classiqueb immoral / égal / original masculine, classiquea suffire / dire / pire féminine, classiqueb loi / pourquoi / moi masculine, non classiquea connaisse / délicatesse / maîtresse féminine, classiqueb entièrement / pacifiquement / comment masculine, classiquea histoire / noire / gloire féminine, classiqueb tenté / vérité / postérité masculine, classiquea France / extravagance / convenance féminine, classiqueb ans / passe-temps / longtemps masculine, classiquea système / aime / crème féminine, classiqueb toujours / troubadours / jours masculine, classiquea parlait / lait / déplaît masculine, classiqueb d'aigre / vinaigre / nègre féminine, classiquea rétif / attentif / positif masculine, classiqueb maîtresse / souplesse / laisse féminine, classiquea s'attendre / tendre / pendre féminine, classiqueb degré / doré / délabré masculine, classiquea d'horreur / cœur / d'honneur masculine, classiqueb malhonnête / tête / faite féminine, classiquea bras / là-bas / pas masculine, classiqueb honte / raconte / prompte féminine, classiquea fraîcheur / sœur / cœur masculine, classiqueb pense / balance / l'espérance féminine, classiquea haine / peine / soutienne féminine, classiqueb voudrait-on / donc / pardon masculine, classiquea l'âme / femme / infâme féminine, classiqueb moyen / rien / bien masculine, classiquea défense / France / danse féminine, classiqueb bonnet / tenait / comprenait masculine, classiquea catéchisme / sophisme / paroxysme féminine, classiqueb railler / effrayer / crier masculine, classiquea extrême / blasphème / elle-même féminine, classiqueb bas / bras / pas masculine, classiquea ivresse / maîtresse / caresse féminine, classiqueb enchantement / lourdement / moment masculine, classiquea confidence / danse / espérance féminine, classiqueb roulait / chapelet / défilait masculine, classiquea tendre / qu'Alexandre / cendre féminine, classiqueb mis / ennemis / permis masculine, classiquea deux / bœufs / mieux masculine, classiqueb côte / faute / hôte féminine, classiquea irrécusable / inhabitable / véritable féminine, classiqueb rester / l'inventer / d'exister masculine, classiquea perfide / timide / Elfride féminine, classiqueb sens / torrents / moments masculine, classiquea sultane / profane / courtisane féminine, non classiqueb lui / fini / ri masculine, classiquea glissante / caressante / puissante féminine, classiqueb sœur / cœur / bonheur masculine, classiquea livre / s'enivre / vivre féminine, classiqueb gémir / frémir / dormir masculine, classiquea belle / elle / aile féminine, classiqueb nudité / enchanté / réalité masculine, classiquea possible / inflexible / insensible féminine, classiqueb main / d'airain / faim masculine, classiquea scène / humaine / vaine féminine, classiqueb portrait / connaît / fait masculine, classiquea lumière / terre / poussière féminine, classiqueb sommeil / réveil / soleil masculine, classiquea sirène / Sainte-Hélène / Cléomène féminine, classiqueb paniers / portiers / pieds masculine, classiquea m'ennuie / inouïe / vie féminine, classiqueb hais / es / vivais masculine, classiquea radote / botte / note féminine, classiqueb bon / pardon / donc masculine, classiquea femme / l'âme / flamme féminine, classiqueb rien / bien / chrétien masculine, classiquea croyance / France / extravagance féminine, classiqueb confié / mystifié / l'amitié masculine, classiquea faire / verre / terre féminine, classiqueb Galland / sultan / musulman masculine, classiquea crochues / nues / rues féminine, classiqueb bain / main / d'inhumain masculine, classiquea semaine / peine / Égyptienne féminine, classiqueb d'aimer / pâmer / fermer masculine, classiquea extraordinaire / contraire / faire féminine, classiquea ivresse / maîtresse / paresse féminine, classiqueb l'oubli / dormi / lui masculine, classiquea fume / présume / plume féminine, classiqueb dort / mort / d'effort masculine, classiquea ravin / vin / divin masculine, classiqueb ventre / chantre / centre féminine, classiquea sainte / l'enceinte / plainte féminine, classiqueb heureux / Hébreux / dieux masculine, classiquea terre / pierre / faire féminine, classiqueb rien / chien / bien masculine, classiquea mahométanisme / christianisme / barbarisme féminine, classiqueb stupidité / mérité masculine, classiquec douté / fâché masculine, classiqueb dictionnaire / terre / colère féminine, classiquec cherché / couché masculine, classiquea franchise / chemise / Anchise féminine, classiqueb t'entretenir / venir / finir masculine, classiquea pas / Énéas masculine, classiqueb arrière / jarretière / père féminine, classiquea ceci / ici / ainsi masculine, classiqueb Créuse / muse / l'amuse féminine, classiquea femme / âme / flamme féminine, classiqueb lourd / court masculine, classiquea dire / d'écrire / pire féminine, non classiqueb désennuyer / métier / portier masculine, classiquea immortelle / elle / belle féminine, non classiqueb bas / cas / pas masculine, classiquea cesse / ivresse / maîtresse féminine, classiqueb bois / endroits / voix masculine, classiquea soupire / respire / rire féminine, classiqueb fond / mont / font masculine, classiquea belle / elle / l'aile féminine, classiqueb l'impuissant / poussant / redescend masculine, classiquea quenouille / grenouille / fouille féminine, classiqueb crois / doigts / croix masculine, classiquea chose / rose / cause féminine, classiqueb instant / tombant / l'écoutant masculine, classiquea cervelle / querelle / modèle féminine, classiqueb voici / ainsi / Pulci masculine, classiquea vole / d'école / parole féminine, classiqueb tous / vous / choux masculine, classiquea lire / d'écrire / rire féminine, classiqueb donnés / damnés / nouveau-nés masculine, classiquea d'Alceste / céleste / reste féminine, classiqueb lus / perdus / venus masculine, classiquea jour / retour / l'amour masculine, classiqueb souffrance / récompense / l'éloquence féminine, classiquea relire / dire / d'écrire féminine, classiqueb dit / dépit / l'esprit masculine, classiquea terre / vipère / solitaire féminine, classiqueb d'imitation / passion / ambition masculine, classiquea lui-même / l'aime / blême féminine, classiqueb mouvoir / voir / miroir masculine, classiquea fasse / passe / Lovelace féminine, classiqueb parler / rouler masculine, classiquec d'aller / pied masculine, classiquea scandale / râle / loyale féminine, classiquec l'effrayer / métier masculine, classiquea âme / femme / infâme féminine, classiqueb fond / voit-on / nom masculine, classiquea paraître / maître / peut-être féminine, classiqueb souffrir / consentir / mourir masculine, classiquea face / populace / Lovelace féminine, classiqueb vautour / d'amour / jour masculine, classiquea non / répond / lion masculine, classiqueb être / naître / peut-être féminine, classiquea polaire / commentaire féminine, classiqueb ardents / enfants / ans masculine, classiquec bréviaire / ordinaire féminine, classiqueb pierre / père féminine, classiquec bon / sermon / Valmont masculine, classiquea poétique / musique / fantastique féminine, classiqueb rêvé / achevé / trouvé masculine, classiquea prairie / génie / vie féminine, classiqueb s'endormir / s'ouvrir / souffrir masculine, classiquea femme / pâme / âme féminine, classiqueb lui / d'autrui / Nuit masculine, classiquea soupire / lyre / sourire féminine, classiqueb rien / gardien / sien masculine, classiquea France / d'espérance / d'innocence féminine, classiqueb enfouisseur / fleur / cœur masculine, classiquea vie / poésie / d'ambroisie féminine, classiqueb ciel / éternel / miel masculine, classiquea campagne / montagne / l'accompagne féminine, classiqueb l'écho / troupeau / hameau masculine, classiquea main / demain / chemin masculine, classiqueb maîtresse / richesse / paraisse féminine, classiquea tavernes / ternes / lanternes féminine, classiqueb assis / sourcils / noircis masculine, classiquea dorée / prostituée / éplorée féminine, classiqueb boudoir / voir / mouchoir masculine, classiquea chambrière / pierre / père féminine, classiqueb grelottant / sang / enfant masculine, classiquea peut-être / méconnaître / être féminine, classiqueb hautain / vain / dédain masculine, classiquea monde / réponde / l'onde féminine, classiqueb oublié / pié / amitié masculine, classiquea encore / l'ignore / l'honore féminine, classiqueb rang / banc / Juan masculine, classiquea répète / poète / tête féminine, classiqueb prend / comprend / grand masculine, classiquea moi-même / blasphème / t'aime féminine, classiqueb toi / moi / roi masculine, classiquea rapide / homicide / vide féminine, classiqueb voyageur / corrupteur / cœur masculine, classiqueb balbutié / oublié / noyé masculine, classiquea insensées / traversées / délaissées féminine, classiqueb tour / amour / jour masculine, classiquea d'elles / nouvelles / éternelles féminine, classiqueb aussi / voici / ainsi masculine, classiquea plaine / vaine / humaine féminine, classiqueb lieu / vœu / Dieu masculine, classiquea monde / réponde / ronde féminine, classiqueb bas / compas / pas masculine, classiquea inconnue / venue / perdue féminine, non classiqueb coursier / lier masculine, classiquec l'oublier / envoyé masculine, classiquea belle / laquelle / elle féminine, classiqueb près / traits / marchais masculine, classiquea terre / aire / tonnerre féminine, classiquec pié / foudroyé masculine, classiquea stupide / aride / avide féminine, classiqueb hébété / difformité / Réalité masculine, classiquea ottomane / paysanne / courtisane féminine, classiqueb mollement / amant / diamant masculine, classiquea Florence / romance / l'existence féminine, classiqueb carrefours / jours / amours masculine, classiquea hideuse / aventureuse / orageuse féminine, classiqueb ardents / dents / dedans masculine, classiquea infinie / vie / génie féminine, classiqueb ici-bas / pas masculine, classiquea pierre / terre / verre féminine, classiqueb main / festin / Destin masculine, classiquea reconnaître / maître / peut-être féminine, classiqueb ici-bas / comprendras / pas masculine, classiquea envie / suivie / vie féminine, classiqueb douceur / lecteur / cœur masculine, classiquea admirable / fable / table féminine, classiqueb vertu / décousu / cru masculine, classiquea affaire / carrière / altière féminine, classiqueb ferais / hasarderais / jamais masculine, classiquea rire / lyre / l'écrire féminine, classiqueb Namouna / voilà / voudra masculine, classiquea manie / bannie / garnie féminine, classiqueb mois / fois / choix masculine, classiquea fille / gentille / famille féminine, classiqueb marchand / passant masculine, classiquec causant / quittant masculine, classiquea Espagnoles / pistoles / paroles féminine, classiquec bâtiment / vent masculine, classiquea blessée / chassée / laissée féminine, classiqueb rien / bien / mien masculine, classiquea silence / immense / l'espérance féminine, classiqueb murmurer / soupirer / pleurer masculine, classiquea Africaines / chaînes / pleines féminine, classiqueb étalait / filet / tordait masculine, classiquea paraître / peut-être / reconnaître féminine, classiqueb vieux / cheveux / yeux masculine, classiquea Camille / fille / grille féminine, classiqueb habits / prix / pris masculine, classiquea sacrée / adorée / espérée féminine, classiqueb Namouna / ramena / donna masculine, classiquea affaire / faire / terre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

882 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources