Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies diverses
Chant patriotique
(IMITÉ DE NIEMCEWICZ)
Boleslas fut le bienfaiteur des Polonais,
et le fléau de leurs voisins.M. DE SACY.
Celui qui le premier vers la foi dirigeaLes âmes de son peuple à l’erreur destinées,Miéczyslas le Vieux, plein de gloire et d’années,Dans la tombe des Piast était couché déjà.
Instruit par des guerriers de haute renommée,Terrible aux étrangers, aux siens bon et loyal,Boleslas réunit à son titre royalLe surnom de Vaillant que lui donna l’armée.
A peine régnait-il, qu’au milieu de l’hiver,Sur les terres de Loch le Bohémien s’élance ;Il surprend et détruit les villes sans défense,Et des champs cultivés fait un vaste désert.
Comme un lion sanglant étreint son adversaire,Et dévore le corps quand il l’a mis à bas,De même Boleslas, vainqueur dans les combats,Asservit encor Prague et la Bohême entière.
De sa conquête ainsi quand il s’est assuré,Le héros polonais envahit la Servie,La Lusace, et bientôt la belle Moravie,Car l’amour de la gloire en son cœur est entré.
Cependant Swientopelk, par Yaroslaf, son frère,Exilé de Kiiow, sans soldats, sans abri,Vient se jeter aux pieds de Boleslas Chrobry,L’implore pour sa cause et l’excite à la guerre.
A sa voix, Boleslas, aussi brave qu’humain,Réunit dans un camp et range son armée ;Et déjà l’aigle blanche, à vaincre accoutumée,S’agite sur les rangs et montre le chemin.
Boleslas, dont l’audace en approchant augmente,Voit derrière le Bug les Russes déployés,Et, le premier des siens à leurs yeux effrayés,Il traverse à cheval la rivière écumante.
Le sabre polonais tant de fois éprouvéFrappa bien des Russiens de ses coups redoutables ;Le fleuve déborda sous des corps innombrables,Et le sang du rivage en fut au loin lavé.
La ville est assiégée ; et par la brèche ouverteChrobry lance la mort sur ce peuple païen,Et temples et palais bientôt ne sont plus rienQue des débris sanglants dans la cité déserte.
Boleslas des remparts alors s’est approché,Sur les fossés comblés par la garnison morte ;Et, marchant d’un pied sûr vers la plus grande porte,En frappe les battants de son glaive ébréché.
Ayant vaincu Russiens, Allemands et Bohèmes,Aux bords de la Dossa, du Sala, du Dniéper,Le héros fit dresser des colonnes de ferOù de tous ses exploits on grava les emblèmes.
Ce fut un puissant roi qui fil si fermementRendre justice à tous et respecter ses ordres,Que, dans ce temps rempli de guerre et de désordres,Le pauvre cultivait son champ paisiblement.
Et, quand la mort mit fin à son règne prospère,Comme il avait tant fait pour la gloire et l’honneur,Et répandu sur tous abondance et bonheur,Le peuple polonais le pleura comme un père.
1833.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources