Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats
Agrigente
O nymphe d’Agrigente aux élégantes parures,
qui règnes sur la plus belle des cités mortelles,
nous implorons ta bienveillance !PINDARE.
Le ciel est chaud, le vent est mou ;Quel silence dans Agrigente !Un temple roux, sur le sol rouxMet son reflet comme une tente…
Les oiseaux chantent dans les airs ;Le soleil ravage la plaine ;Je vois, au bout de ce désert,L'indolente mer africaine.
Brusquement un cri triste et fortPerce l'air intact et sans vie ;La voix qui dit que Pan est mortM'a-t-elle jusqu'ici suivie ?
Et puis l'air retombe ; la merFrappe la rive comme un socle ;Tout dort. Un fanal rouge et vertS'allume au vieux port Empédocle.
L'ombre vient, par calmes remous.Dans l'éther pur et pathétiqueLes astres installent d'un coupLeur brasillante arithmétique !
— Soudain, sous mon balcon branlant,J'entends des moissonneurs, des fillesDéfricher un champ de blé blanc,Qui gicle au contact des faucilles ;
Et leur fièvre, leur sèche ardeur,Leur clameur nocturne et païenneImitent, dans l'air plein d'odeurs,Le cri des nuits éleusiennes !
Un pâtre, sur un lourd mulet,Monte la côte tortueuse ;Sa chanson lascive accolaitLa noble nuit silencieuse ;
Dans les lis, lourds de pollen brun,Le bêlement mélancoliqueD'une chèvre, ivre de parfums,Semble une flûte bucolique.
— Donc, je vous vois, cité des dieux,Lampe d'argile consumée,Agrigente au nom spacieux,Vous que Pindare a tant aimée !
Porteuse d'un songe éternel,O compagne de Pythagore !C'est vous cette ruche sans miel,Cette éparse et gisante amphore !
C'est vous ces enclos d'amandiers,Ce sol dur que les bœufs gravissent,Ce désert de sèches mélisses,Où mon âme vient mendier.
Ah ! quelle indigente agonie !Et l'on comprendrait mon émoi,Si l'on savait ce qu'est pour moiUn peu de l'Hellade infinie ;
Car, sur ce rivage humble et long,Dans ce calme et morne désastre,Le vent des flûtes d'ApollonPasse entre mon cœur et les astres !
Versification
- Forme
- 14 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 12(abab) 2(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a mou / roux masculine, non classiqueb Agrigente / tente féminine, classiquea airs / désert masculine, non classiqueb plaine / africaine féminine, classiquea fort / mort masculine, classiqueb vie / suivie féminine, classiquea mer / vert masculine, non classiqueb socle / Empédocle féminine, classiquea remous / coup masculine, non classiqueb pathétique / arithmétique féminine, classiquea branlant / blanc masculine, classiqueb filles / faucilles féminine, classiquea ardeur / d'odeurs masculine, non classiqueb païenne / éleusiennes féminine, non classiquea mulet / accolait masculine, classiqueb tortueuse / silencieuse féminine, classiquea brun / parfums masculine, non classiqueb mélancolique / bucolique féminine, classiquea dieux / spacieux masculine, classiqueb consumée / aimée féminine, classiquea éternel / miel masculine, classiqueb Pythagore / amphore féminine, classiquea d'amandiers / mendier masculine, non classiqueb gravissent / mélisses féminine, non classiquea agonie / infinie féminine, classiqueb émoi / moi masculine, classiquea long / d'Apollon masculine, non classiqueb désastre / astres féminine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 2.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources