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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats

Chaleur des nuits d’été…

Anna de Noailles· strophes variées, alexandrins, 43 vers

O nuit d’été, maladie inconnue,
combien tu me fais mal !Jules LAFORGUE.

Chaleur des nuits d'été,‖ comme une confidenceDans l'espace épandue,‖ et semblant aspirerLe grand soupir des cœurs‖ qui songent en silence,Je vous contemple avec‖ un désespoir sacré !

Les passants, enroulés‖ dans la moiteur paisibleDe cette nuit bleuâtre‖ au souffle végétal,Se meuvent comme au fond‖ d'un parc orientalL'ombre des rossignols‖ furtifs et susceptibles.

Une femme, un enfant,‖ des hommes vont sans bruitDans la rue amollie‖ où le lourd pavé luit ;C'est l'heure où les Destins‖ plus aisément s'acceptent :Tout effort est dans l'ombre‖ oisive relégué.Les parfums engourdis‖ et compacts, interceptentLa circulation‖ des zéphyrs fatigués.

Il semble que mon cœur‖ soit plus soumis, plus sage ;Je regarde la terre‖ où s'entassent les âgesEt la voûte du ciel,‖ pur, métallique et doux.Se peut-il que le temps‖ ait, malgré mes courroux,Apaisé mon délire‖ et son brûlant courage,Et qu'enfin mon espoir‖ se soit guéri de tout ?

La lune éblouissante‖ appuie au fond des nuesSon sublime débris‖ ténébreux et luisant,Et la nuit gît, distraite,‖ insondable, ingénue ;Son chaud torrent sur moi‖ abondamment descendComme un triste baiser‖ négligent et pesant.

Deux étoiles, ainsi‖ que deux âmes plaintives,Semblent accélérer‖ leur implorant regard.L'univers est posé‖ sur mes deux mains chétives ;Je songe aux morts, pour qui‖ il n'est ni tôt, ni tard,Qui n'ont plus de souhaits,‖ de départs, ni de rives.

Que de jours ont passé‖ sur ce qui fut mon cœur,Sur l'enfant que j'étais,‖ sur cette adolescenteQui, fière comme l'onde‖ et comme elle puissante,Luttait par son amour‖ contre tout ce qui meurt !

Pourtant, rien n'a pâli‖ dans ma chaude mémoire,Mon rêve est plus constant‖ que le roc sur la mer ;Mais un besoin vivant,‖ fougueux, aride, amer,Veut que mon cœur poursuive‖ une éternelle histoire,Et cherche en vain la source‖ au milieu du désert.— Et je regarde, avec‖ une tristesse immense,Dans le ciel glauque et lourd‖ comme un auguste pleur,L'étoile qui palpite‖ ainsi que l'espérance,Et la lune immobile‖ au-dessus de mon cœur…

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
1(abab) 2(abba) 1(aabcbc) 1(aabbab) 1(ababb) 1(ababa) 1(abbabcdcd)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
3 quatrains, 2 sizains, 2 quintils, 1 neuvain
Mots à la rime
a confidence / silence féminine, classiqueb aspirer / sacré masculine, non classiquea paisible / susceptibles féminine, non classiqueb végétal / oriental masculine, classiquea bruit / luit masculine, classiqueb s'acceptent / interceptent féminine, classiquec relégué / fatigués masculine, non classiquea sage / âges / courage féminine, non classiqueb doux / courroux / tout masculine, classiquea nues / ingénue féminine, non classiqueb luisant / descend / pesant masculine, non classiquea plaintives / chétives / rives féminine, non classiqueb regard / tard masculine, classiquea cœur / meurt masculine, classiqueb adolescente / puissante féminine, classiquea mémoire / histoire féminine, classiqueb mer / amer / désert masculine, classiquec immense / l'espérance féminine, non classiqued pleur / cœur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 1.9

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

43 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources