Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vivants et les Morts, 1913· I Les passions

La douleur

Anna de Noailles· 11 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 44 vers

«Lion, supporte avec courage ton sort intolérable !»HERODOTE.

Quand la douleur est vaste,‖ ardente, sans mélange,Quand elle aveugle ainsi‖ qu'un ténébreux soleil,Elle est dans l'eau qu'on boit‖ et dans le pain qu'on mange,Et dans les rideaux du sommeil !

Comme l'odeur du sel‖ sur les routes marines,Comme les chauds parfums‖ de Corse ou d'Orient,Elle emplit le poumon,‖ étourdit la narine,Et griffe ainsi qu'un diamant !

Les arceaux de l'azur,‖ le fier tranchant des cimes,La longueur des cités‖ et leurs hauts monuments,Ne sont qu'une eau rampante‖ et qu'un grisâtre abîmeAuprès de son envolement !

— Douleur qui me comblez,‖ chantez, voix infinie !Attachez à mon cou‖ vos froids colliers de fer ;Qu'importent l'esclavage‖ et la dure agonie,Je vois les mondes entr'ouverts !

J'ai vu l'immensité‖ moins vaste que mon être ;L'espace est un noyau‖ que mon cœur contenait ;Je sais ce qu'est avoir,‖ je sais ce qu'est connaître,J'englobe ce qui meurt et naît !

L'ange qui fit rêver‖ Jésus sur la montagne,Qui lui montra le monde‖ et tenta son esprit,M'a, dans les calmes soirs‖ des verdâtres campagnes,Tout soupiré et tout appris !

Serai-je désormais‖ l'ermite magnanimeQui vit de son secret,‖ par-delà les humains ?Pourrai-je conserver,‖ dédaigneuse victime,La solitude de mes mains ?

Pourrai-je, quand résonne,‖ ô Printemps, ta cadence,Ivre du seul orgueil‖ et des seules pitiés,Écouter la secrète‖ et chaste confidenceQui va des soleils à mes pieds ?

O Douleur ! je comprends,‖ arrêtez vos batailles :Au travers de mes pleurs‖ j'entrevois vos projets ;Un chaud pressentiment‖ m'éblouit et m'assaille ;C'est dans ce feu que je plongeais !

Je sais,-moi qui vous tiens,‖ vous respire, vous touche,Moi qui vis contre vous‖ et qui bois votre vinDans un dur gobelet‖ collé contre ma bouche,Quel est votre dessein divin ;

Vous préparez la vie‖ avec vos sombres armes,Le corps que vous brisez‖ rêve d'éternité,Hélas ! les purs sanglots,‖ les tremblements, les larmesAspirent à la volupté !

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (33 de 12, 11 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a mélange / mange féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea marines / narine féminine, non classiqueb d'Orient / diamant masculine, classiquea cimes / abîme féminine, non classiqueb monuments / envolement masculine, non classiquea infinie / agonie féminine, classiqueb fer / entr'ouverts masculine, non classiquea être / connaître féminine, classiqueb contenait / naît masculine, classiquea montagne / campagnes féminine, non classiqueb esprit / appris masculine, non classiquea magnanime / victime féminine, classiqueb humains / mains masculine, classiquea cadence / confidence féminine, classiqueb pitiés / pieds masculine, classiquea batailles / m'assaille féminine, non classiqueb projets / plongeais masculine, classiquea touche / bouche féminine, classiqueb vin / divin masculine, classiquea armes / larmes féminine, classiqueb d'éternité / volupté masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 1.6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources