Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats
Le ciel bleu du milieu du jour…
Le ciel bleu du milieu‖ du jour vibre, travaille,Encourage les champs,‖ les vignes, les semailles,Comme un maître exalté‖ au milieu des colons !Tout bouge ; sous les frais‖ marronniers du vallon,L'abeille noire, avec‖ ses bonds soyeux et brusques,Semble un éclat volant‖ de quelque amphore étrusque.Sur les murs villageois,‖ le vert abricotierS'écartèle, danseur‖ de feuillage habillé.Les parfums des jardins‖ font au dessus du sableUne zone qui semble‖ au cœur infranchissable.L'air fraîchit. On dirait‖ que de secrets jets d'eauSous les noirs châtaigniers‖ suspendent leurs arceaux.L'hirondelle, toujours‖ par une autre suivie,Tourne, et semble obéir‖ à des milliers d'aimants :L'espace est sillonné‖ par ces rapprochements…— Et parfois, à côté‖ de cette immense vieOn voit, protégé par‖ un mur maussade et bas,Le cimetière où sont,‖ sans regard et sans pas,Ceux pour qui ne luit plus‖ l'étincelante fête,Qui fait d'un jour d'été‖ une heureuse tempête !Hélas ! dans le profond‖ et noir pays du sol,Malgré les cris du geai,‖ le chant du rossignol,Ils dorment. Une enfant,‖ sans frayeur, près des tombes,Traîne un jouet brisé‖ qui ricoche et retombe.Ils sont là, épandus‖ dans les lis nés sur eux,Ces doux indifférents,‖ ces grands silencieux ;Et la route qui longe‖ et contourne leur pierre,Éclate, rebondit‖ d'un torrent de poussièreQue soulève, en passant,‖ le véhément parcoursDes êtres que la mort‖ prête encor à l'amour…— Et moi qui vous avais‖ délaissée, humble terre,Pour contempler la nue‖ où l'âme est solitaire,Je sais bien qu'en dépit‖ d'un rêve habituel,Nul ne saurait quitter‖ vos chemins maternels.En vain, l'intelligence,‖ agile et sans limite,Avide d'infini,‖ vous repousse et vous quitte ;En vain, dans les cieux clairs,‖ de beaux oiseaux pensantsPeuplent l'azur soumis‖ d'héroïques passants,Ils seront ramenés‖ et liés à vos rives,Par le poids du désir,‖ par les moissons actives,Par l'odeur des étés,‖ par la chaleur des mains…
— Vaste Amour, conducteur‖ des éternels demains,Je reconnais en vous‖ l'inlassable merveille,L'inexpugnable vie,‖ innombrable et pareille :O croissance des blés !‖ ô baisers des humains !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 18[aa] 1[abba] 1[aabba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a travaille / semailles féminine, non classiqueb colons / vallon masculine, non classiquec brusques / étrusque féminine, non classiqued abricotier / habillé masculine, non classiquee sable / infranchissable féminine, classiquef d'eau / arceaux masculine, non classiqueg suivie / vie féminine, classiqueh d'aimants / rapprochements masculine, classiquei bas / pas masculine, classiquej fête / tempête féminine, classiquek sol / rossignol masculine, classiquel tombes / retombe féminine, non classiquem eux / silencieux masculine, classiquen pierre / poussière féminine, classiqueo parcours / l'amour masculine, non classiquep terre / solitaire féminine, classiqueq habituel / maternels masculine, non classiquer limite / quitte féminine, classiques pensants / passants masculine, classiquet rives / actives féminine, classiqueu mains / demains / humains masculine, classiqueb merveille / pareille féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 1.7
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources