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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vivants et les Morts, 1913· IV Les tombeaux

Le souvenir des morts

Anna de Noailles· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Des nuages, du froid,‖ de la pluie et du ventLe printemps est sorti‖ sur toute la nature ;Les arbres ont repris‖ leur verdoyante enflure,Et semblent protéger‖ les rapides vivants.

Ils vont, ces affranchis,‖ à qui la DestinéeAccorde encor un jour‖ de délice ou de paix,Et leur aveuglement‖ candide se repaîtDe ce sursis de vie,‖ humble et momentanée.

Ainsi vont les humains‖ tolérés par le Temps !— Tel un chaînon léger‖ à la chaîne des âges,Il tinte clair et frais,‖ le vaniteux printemps,Et comme un vif grelot‖ excite leur courage !

Mais je ne louerai pas‖ le hardi renouveau :Le printemps vient des morts,‖ et je le leur dédie.Tout est vaine, bruyante‖ ou morne comédie,Puisque tout est détresse‖ accédant au repos.

— Multitude endormie‖ en la cité des pierresIls ont l'éternité‖ que nous n'obtenons pas,L'espace est concentré‖ sous leur faible paupière,L'obsédant mouvement‖ s'arrête sous leurs pas.

Alignés côte à côte,‖ austère compagnie,Ils sont des étrangers,‖ que seul dérangeraLe convive nouveau,‖ en funèbre apparat,Qu'on descend au séjour‖ de la monotonie.

En vain les yeux vivants,‖ penchés sur leur néant,Tentent de réveiller‖ ces puissantes paresses,Et d'absorber les corps‖ à force de caressesAinsi que le soleil‖ aspire l'océan !

Anéantis, fermés‖ et froids comme les astres,Ils restent. Ni les voix,‖ ni le chant des clairons,Ni le sublime amour‖ flamboyant n'interromptLe silence infini‖ de leur calme désastre.

Ah ! les rires, l'espoir,‖ les projets, les étésSont d'incertains signaux‖ à qui mon cœur résiste ;La vie est sans aspects‖ puisque la mort existe.Je vous salue, ô Morts !‖ Constance, Fixité !

— On bâtit : des maçons‖ debout sur les tranchéesFont vibrer dans l'azur‖ le bruit vaillant du fer,Mais mes yeux vont, emplis‖ d'un songe âpre et désert,De nos maisons debout‖ à vos maisons couchées.

Je laisse les oiseaux,‖ dans le laiteux azur,Acclamer la saison‖ insinuante et tendre ;Je pense aux froids jardins‖ enfermés dans les mursOù les morts patients‖ rêvent à nous attendre.

Je m'éloigne de tout‖ ce qui vit et qui sert ;Je pense à vous : mon but,‖ mes frères, mon exemple.La Mort vous a groupés‖ dans son grave concert,Et sa sombre unité,‖ nous la chantons ensemble !…

Versification

Forme
12 quatrains (strophes variées)
Rimes
8(abba) 4(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a vent / vivants masculine, non classiqueb nature / enflure féminine, classiquea Destinée / momentanée féminine, classiqueb paix / repaît masculine, non classiquea Temps / printemps masculine, classiqueb âges / courage féminine, non classiquea renouveau / repos masculine, non classiqueb dédie / comédie féminine, classiquea pierres / paupière féminine, non classiqueb pas masculine, classiquea compagnie / monotonie féminine, classiqueb dérangera / apparat masculine, non classiquea néant / l'océan masculine, non classiqueb paresses / caresses féminine, classiquea astres / désastre féminine, non classiqueb clairons / n'interrompt masculine, non classiquea étés / Fixité masculine, non classiqueb résiste / existe féminine, classiquea tranchées / couchées féminine, classiqueb fer / désert masculine, non classiquea azur / murs masculine, non classiqueb tendre / attendre féminine, classiquea sert / concert masculine, classiqueb exemple / ensemble féminine, assonante
Richesse
extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 3.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources