Poèmes de l’Amour, 1924
XLVI. « Ce n’est peut-être pas le tribut que réclame »
Ce n’est peut-être pas‖ le tribut que réclameUn cœur profond et délicat,Cet amour allongé‖ qui vient comme une lameFrapper la rive avec fracas.
Ne pouvant pas comprendre‖ et juger ce qu’on aime,On ne fait que doubler son cœur ;On est comme on voudrait‖ que l’on fût pour soi-même ;Mais l’abondance a ses erreurs !
— Ne livrons pas à ceux‖ qu’un faible élan contenteL’univers que nous possédons ;Transmettre, en exultant,‖ l’espace qui nous hanteEst un fardeau autant qu’un don.
La passion contient‖ l’amour avec la hargne,Et son orage est maladroit ;Peut-être faudrait-il‖ que parfois l’on épargneLes cœurs étonnés d’être étroits !
Déguisons la fierté‖ de nous sentir prodigues ;— Que pèse notre orgueil du feuDevant la pauvreté‖ de notre être qui brigueLa faveur d’obtenir un peu !
Devenons attentifs‖ à ces âmes choisiesQue l’on goûte à travers leurs corps ;Contraignons, en souffrant,‖ l’altière fantaisie,— Aimer moins est si fort encor !
Il n’est pas, pour nouer‖ une divine attache,Que ces excès mal assainis.— Mais vraiment, se peut-il‖ qu’auparavant l’on sacheQue l’on blesse par l’infini ?
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abab)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (14 de 8, 14 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a réclame / lame féminine, classiqueb délicat / fracas masculine, non classiquea aime / soi-même féminine, classiqueb cœur / erreurs masculine, non classiquea contente / hante féminine, classiqueb possédons / don masculine, non classiquea hargne / épargne féminine, classiqueb maladroit / étroits masculine, non classiquea prodigues / brigue féminine, non classiqueb feu / peu masculine, classiquea choisies / fantaisie féminine, non classiqueb corps / encor masculine, non classiquea attache / sache féminine, classiqueb assainis / l’infini masculine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 2.9
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes de l’Amour, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1924· numérisation wikisource.org· Sources